Daniel Wertel : « le système actuel n’est pas autre chose que de l’obsolescence programmée »

Le 6 janvier, à 8 heures, les soldes d’hiver vont débuter. Elles dureront six semaines. Dans certains départements, ces dates seront plus ou moins fluctuantes afin de tenir compte d'une forte saisonnalité des ventes, ou d'opérations commerciales menées dans des régions frontalières. Par exemple en Meurthe et Moselle, ou dans les Vosges, les soldes commenceront à partir du 2 janvier.

Pour la première fois, les 15 jours de soldes flottants supplémentaires que pouvaient poser les commerces ont été supprimés. Largement contestées, ces soldes flottants, avaient fait perdre aux clients la notion du juste prix. Aujourd’hui encore, en dehors des périodes de solde, les commerces peuvent proposer des opérations promotionnelles de "déstockage" sur les marchandises pour lesquelles ils ne reconstituent pas de stocks et ne pratiquent pas de vente à perte.

Cette année, les soldes retrouvent donc leur justification initiale : celle d’être une période permettant aux commerçants de liquider les stocks invendus liés à une saison bien précise. Cette définition et ce tempo sont-ils encore pertinents aujourd’hui, à l’heure où les enseignes multiplient les collections, (qui en quelques années sont passées de deux à six par an, voir plus comme dans le cas de la fast fashion qui changent ses racks tous les quinze jours). Une multiplication des collections qui rend chaque année le distinguo un peu plus flou entre l’hiver et l’été, entre pré-collection, collection principale 1, collection principale 2, collection croisière et collection capsule.

« Il fut un temps, la mode avait rendez-vous avec les saisons »

Par ses réseaux, par les projets qu’elle initie, par les services et les formations qu’elle propose, les salons qu’elle organise, la Fédération Française du Prêt à Porter féminin, n’a jamais autant pousser les entreprises françaises de mode dont elle est le représentant et le partenaire business, à aller vers toujours plus de compétitivité. Depuis sa nomination en juillet 2013, son président Daniel Wertel a su prouver la pertinence de sa vision du marché et a clairement dressé, dès son arrivée les grands enjeux de l’industrie du prêt à porter féminin pour les années à venir, que ce soit dans le secteur du luxe, du moyen et haut de gamme. Des enjeux d’autant plus déterminants que près de 11 milliards d’euros annuels sont consacrés par les françaises pour leurs achats de prêt à porter.

Déjà l’année dernière, il a mis tout son point dans la discussion publique pour insister sur le fait que la multiplication des promotions, des ventes privées, des pré-soldes et autres journées de braderies étaient contreproductives. « Cela induit un effet dissuasif, une défiance et en même temps une désinhibition par rapport au marchandage » avait-il déclaré avec force. Dans son nouvel édito sur le site de la fédération pretaporter.com, Daniel Wertel a une fois tenu à mettre en perspective les us et coutumes de la profession au moment même où la Cop 21 bat son plein. « Il fut un temps, la mode avait rendez-vous avec les saisons » rappelle tout d’abord le président de la fédération française du prêt à porter féminin avant de constater que « la date des soldes reste une sorte d’écueil sur lequel viennent se fracasser des collections encore vivantes ». D’autant plus vivantes que l’hiver s’est installé, réchauffement climatique oblique, dans une version édulcorée.

« Nous savons que les soldes arrivent au moment ou la consommation saisonnière se met à frémir ». Des soldes d’hiver le 6 janvier, ce n’est pas ou plus pertinent ? Non, pour Daniel Wertel qui donne un avis tranché sur ce calendrier qui prive les commerçants de marge à cause du régulation à contretemps : « en pleine réflexion sur le développement durable, le système actuel n’est pas autre chose que de l’obsolescence programmée ». Et dans l’ordre des urgences : « il est temps de trouver un remède à un système de promotions et fausses aubaines systématisées qui dérègle la perception du consommateur et le pousse à l’abstention dans ce contexte de dérèglement climatique ». Pour cela il convient aussi de retrouver l’essence des soldes qui ne doivent plus être considéré comme une attraction commerciale parmi d’autres mais comme une pratique permettant l’élimination des invendus de la saison.

 

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