Kering : Comment la purge financière de Luca de Meo redonne de l'air et du temps au groupe de luxe

3,3 milliards d'euros. En un mot comme en un chiffre, la trajectoire financière de Kering serait-elle (enfin) en train de changer ? En allégeant sa dette de 4,7 milliards d'euros en seulement six mois, le numéro deux mondial du luxe s'est offert ce qui lui manquait le plus : du temps et du capital pour mener à bien son redressement.

Présentés ce 28 juillet 2026, les résultats semestriels affichent un chiffre d’affaires de 7,22 milliards d’euros (+1 % en comparable). Mais au-delà du chiffre d'affaires global, l'analyse séquentielle révèle un changement de rythme tangible : le deuxième trimestre (+2 % en comparable) confirme les premiers effets d'une stratégie de recentrage drastique menée par son Directeur général, Luca de Meo. Cessions ciblées, rationalisation du réseau retail et montée en puissance des pépites Joaillerie et Eyewear ; Kering ne subit plus la conjoncture, il restructure son modèle.

Une dynamique séquentielle qui valide le plan de redressement

L'analyse comparée du premier semestre (S1) et du deuxième trimestre (T2) met en lumière l'accélération de la trajectoire du groupe, tirée par la performance exceptionnelle des pôles hors-mode.

Pris isolément, ces chiffres pourraient sembler relativement modestes. Mais leur lecture révèle une inflexion bien plus significative. Car derrière une croissance comparable limitée à 1 % au premier semestre se cache une véritable redistribution des moteurs de performance du groupe.

Les activités historiquement dominantes continuent de peser sur les comptes, tandis que les métiers développés au cours des dernières années commencent à prendre le relais. Un basculement qui met en lumière la logique des arbitrages opérés depuis plusieurs mois par la nouvelle direction.

Division / Maison CA T2 2026 (M€) Var. Comp. T2 CA S1 2026 (M€) Var. Comp. S1
Kering Mode & Maroquinerie 2 948 +0 % 5 800 -1 %
dont Gucci 1 410 -2 % 2 757 -5 %
Kering Jewelry 252 +18 % 521 +20 %
Kering Eyewear 476 +8 % 965 +8 %
TOTAL KERING 3 652 +2 % 7 220 +1 %

La division Mode se rationalise, Gucci amorce son virage

Si le pôle Kering Mode & Maroquinerie recule de 1 % sur le semestre (à 5,80 milliards d'euros), sa stabilité au deuxième trimestre (+0 % en comparable) indique que le point bas a probablement été touché.

Cette performance s'inscrit dans une cure d'assainissement volontaire du réseau retail. Le groupe a fermé 84 boutiques en propre sur le premier semestre (après 75 fermetures en 2025), soit une réduction de 5 % de son empreinte physique globale.

Chez Gucci, l'enfant prodige mais malmené du groupe, l'embellie séquentielle semble effective. Le chiffre d'affaires ressort à 1,41 milliard d'euros au T2 (-2 % en comparable), marquant un gain de +7 points dans son réseau en propre par rapport au premier trimestre. La discipline budgétaire permet d'élever la marge opérationnelle courante de la maison à 17,0 % (+1,0 pt).

La signature anticipée de la licence beauté de 50 ans avec L’Oréal pour Gucci Beauty (et le rachat des droits de Coty) sécurise la valeur de marque à très long terme.

L'exécution clinique des cessions de périmètre

La baisse de l'endettement financier (passé de 8,0 à 3,3 milliards d'euros) est à saluer, et porte l'empreinte directe des arbitrages industriels menés par Luca de Meo, Directeur Général de Kering.

« Ces résultats du premier semestre démontrent l’impact positif des mesures décisives que nous avons mises en œuvre pour renforcer la singularité de nos marques, simplifier notre organisation et accroître l’efficacité de l’ensemble du Groupe. », a affirmé Luca de Meo.

Et en effet, la déclaration se traduit dans les faits par des arbitrages radicaux et une exécution sans concession :

  • Reconstitution du trésor de guerre : La finalisation de la vente de Kering Beauté à L’Oréal le 31 mars 2026 a rapporté 4,0 milliards d’euros de trésorerie nette.

  • Monétisation d'actifs non stratégiques : La vente partielle de l'immeuble du 8 via Monte Napoleone à Milan avec Al Mirqab Group a généré un apport immédiat de 729 millions d’euros (plus 432 millions d'euros attendus sous 5 ans).

  • Restructurations assumées : Le groupe a passé 223 millions d'euros de charges non courantes au S1, assument le coût des fermetures de magasins et des réorganisations internes pour faire baisser durablement son point de mort financier.

Joaillerie et Eyewear : Des relais de croissance hautement rentables

Pendant que la mode opère son recentrage, les divisions diversifiées s'imposent comme de puissants moteurs de profitabilité.

  • Kering Jewelry (+20 % en comparable au S1) : Avec 521 millions d'euros de chiffre d'affaires et une marge opérationnelle qui s'envole de +2,7 points (à 6,2 %), le pôle récolte les fruits de sa restructuration. Boucheron continue de battre des records en Asie-Pacifique, tandis que le réseau de boutiques en propre du pôle s'envole de +28 %.

  • Kering Eyewear (+8 % en comparable au S1) : La division franchit la barre des 965 millions d'euros et affiche une marge opérationnelle d'exception à 23,0 % (+2,9 pts). Porté par le lancement des lunettes Valentino et la relance de Maui Jim, le pôle s'affirme comme l'une des pépites les plus rentables du groupe.

Un profil financier assaini pour aborder le prochain cycle

Avec un cash-flow libre opérationnel de 2,6 milliards d’euros sur le semestre et un matelas de 8,5 milliards d’euros de trésorerie, Kering aborde la seconde partie de l'année avec un bilan restauré.

Entre la nomination de nouveaux dirigeants aux commandes de ses maisons (Romain Spitzer chez Bottega Veneta, Gianfranco D’Attis chez Alexander McQueen) et le lancement de la Kering Accademia, le groupe réaffirme ses ambitions. Surtout, sa prise de participation minoritaire dans ICCF (propriétaire d'ICICLE) s'inscrit dans un parti pris que l'on observe au sein des conglomérats du secteur, à savoir d'investir dans des « pépites » premium à forte identité, fondées sur le quiet luxury, l'éco-conception et un savoir-faire d'exception.

En pariant sur ces nouveaux acteurs de la mode et en opérant une purge financière bienvenue, Kering consolide une organisation plus agile, diversifiée et financièrement armée pour aborder le prochain cycle du luxe.


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