Le gouvernement français veut faire de la mode circulaire un levier de réindustrialisation et d'emploi
À l'occasion du Circular Fashion Day, organisé par la Fédération de la mode circulaire, le ministre délégué chargé de la Transition écologique, Mathieu Lefèvre, a détaillé les orientations du gouvernement pour accélérer le développement de la filière textile circulaire.
La réforme de la REP (Responsabilité Élargie du Producteur) textile, le soutien à l'industrialisation du recyclage, la préservation de l'emploi et l'avenir de la loi anti-fast fashion figuraient parmi les principaux sujets abordés.
Une dimension internationale
Jeudi 4 juin 2026 : le Circular Fashion Day s’est tenu dans l’amphithéâtre Émile Boutmy, à Sciences Po Paris. La quatrième édition de cet événement avait, pour la première fois, une dimension internationale.
De nombreux interlocuteurs étaient invités à s’exprimer sur la mode circulaire. Ainsi, KMPG, cabinet d’audit et de conseil, a-t-il présenté la deuxième édition de l’étude « European Circular Fashion Market Study », qui estime le marché européen à cent milliards d'euros d'ici 2030.
Le temps fort de la journée fut la présence du ministre délégué chargé de la Transition écologique, Mathieu Lefèvre. Ce dernier a affirmé que la mode circulaire n'est plus une niche mais une véritable filière économique et que le gouvernement entend soutenir son industrialisation et son développement sur le territoire français.
« La mode circulaire est à la fois une bonne chose pour la transition écologique, pour le porte-monnaie des Français et pour le développement d'une filière industrielle, économique, pleine et entière », a déclaré le ministre délégué.
Ainsi, au niveau national et selon ses estimations, la mode circulaire pourrait générer plus de 30 milliards d'euros de chiffre d'affaires supplémentaires d'ici 2030 et représenter plus de 88 000 emplois.
Le gouvernement français souhaite soutenir l'émergence de filières industrielles de recyclage textile
Les annonces du ministre sur l'orientation des éco-contributions vers l'industrialisation du recyclage textile s'inscrivent dans le cadre de la révision du cahier des charges de la REP textile, actuellement en consultation.
Cette révision devrait être examinée le 8 juillet 2026 pour être définitivement adoptée en septembre 2026 et opérationnelle au 1ᵉʳ janvier 2027.
« L'objectif est de remettre de la rationalité économique dans la filière REP textile, a indiqué le ministre délégué. Aujourd'hui on a une hausse continue des éco-contributions qui ne s'accompagne pas d'une meilleure performance environnementale. »
La diminution des débouchés pour les vêtements usagés exportés justifie, selon lui, la réorientation d'une partie du budget collecté par Refashion – 1,2 milliard d'euros sur la période 2023/2028 – vers l'industrialisation du recyclage textile en France.
L'État souhaite favoriser davantage le tri réalisé en France et les activités présentant une plus-value environnementale élevée. Le futur cahier des charges comprendra un bonus pour le recyclage en boucle fermée (le textile usagé redevient un textile) et un autre en boucle ouverte (recyclage dans une autre industrie).
« Cela permettra de réduire le différentiel de compétitivité existant entre des textiles importés et des textiles qui seraient recyclés sur le territoire national, a précisé Mathieu Lefèvre. In fine, cela participera à une baisse de prix qui fera que les vêtements qui seront recyclés seront moins chers ou, si ce n'est au même prix, que ceux qui pourraient être importés. »
Par ailleurs, le ministère a signé un arrêté de soutien rétroactif aux acteurs de l’Économie Sociale et Solidaire pour les années 2025 et 2026.
Le gouvernement place la préservation de l'emploi au cœur de la transition écologique
En parallèle, le gouvernement français prévoit de réunir prochainement une commission mixte paritaire afin d'aboutir à une version définitive de la proposition de loi anti-fast fashion portée par Anne-Cécile Violland.
Pour mémoire, la proposition de loi de la députée Anne-Cécile Violland (dite « loi anti fast-fashion »), déposée en janvier 2024 et adoptée à l'unanimité par l'Assemblée puis par le Sénat dans des versions différentes, vise à freiner la fast fashion via un système de bonus-malus environnemental et des restrictions publicitaires.
Le ministre délégué a exclu une approche fondée sur la culpabilisation des consommateurs, estimant que l'évolution des comportements doit passer par l'innovation, les incitations économiques et les bonus-malus environnementaux.
« Ma ligne rouge, c'est l'emploi français et l'activité économique sur le territoire national, a conclu Mathieu Lefèvre. Les malus ne doivent ni être au détriment de l'emploi ni au détriment du réseau de distribution français. »
Les mesures contre l'ultra-fast fashion devront être conçues de façon à ne pas fragiliser les entreprises et distributeurs implantés en France. La mode circulaire est envisagée comme une source de création d'emplois industriels, avec le chiffre de 88 000 emplois potentiels cité lors de l’élocution.
Deux awards ont été décernés à l’occasion du Circular Fashion Day juin 2026
Le prix du jury a été remporté par Crushon x Carrefour. En intégrant la mode de seconde main structurée au sein des hypermarchés Carrefour, ce partenariat rend la mode circulaire accessible aux consommateurs du quotidien.
Le prix du public, remis par Anne-Cecile Violland, a été remporté par LeLabPlus x Nike. Cette collaboration permet de transformer les stocks dormants et les vêtements en fin de vie en collections premium grâce à l’upcycling industriel, à l’IA et aux technologies 3D.
- Le gouvernement français, par la voix de Mathieu Lefèvre, ministre délégué à la Transition écologique, a réaffirmé son engagement à soutenir et industrialiser la mode circulaire, la considérant comme une filière économique majeure capable de générer plus de 30 milliards d'euros de chiffre d'affaires et 88 000 emplois d'ici 2030.
- La réforme de la REP textile vise à réorienter les éco-contributions vers l'industrialisation du recyclage en France, avec un nouveau cahier des charges incluant des bonus pour le recyclage en boucle fermée et ouverte, afin de réduire le différentiel de compétitivité avec les textiles importés.
- Le gouvernement s'engage à préserver l'emploi français dans la transition écologique, en travaillant sur une loi anti-fast fashion qui évitera la culpabilisation des consommateurs et soutiendra l'innovation et les incitations économiques, tout en protégeant les entreprises et distributeurs nationaux.
OU CONNECTE-TOI AVEC