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Le Slip Français publie son premier bilan d’entreprise à mission

By Odile Mopin

27 mai 2022

Business

Léa Marie et Guillaume Gibault

C’était à La Caserne, le nouveau lieu parisien de l’Économie Solidaire et Social (ESS) que Guillaume Gibault, le fondateur du Slip Français, a organisé avec son équipe sa première Master Class « Rêvons ensemble de l’avenir de la fabrication française ».

L’occasion de détailler son premier rapport de mission, puisque l’entreprise a rallié ce statut, né de la loi PACTE de mai 2019, depuis 18 mois. L’opportunité était aussi de parler des enjeux du Made in France, du chemin parcouru et des nouveaux enjeux, de l’industrie textile locale.

Être entreprise à mission « engage et oblige »

Et pour cause : être entreprise à mission « oblige », à des devoirs. L’un de ses objectifs majeurs est de « repenser la place de l’entreprise dans la société ». Ce statut permet aux sociétés de se fixer officiellement des objectifs sociétaux et environnementaux en plus de leurs objectifs économiques, et de les intégrer dans leurs stratégies… et dans leur rapport d’activité. En bref, d’allier responsabilité et mission sociale. Les PME à mission sont d’ailleurs encore très peu nombreuses en France, environ 150. Dans le textile, outre Le Slip Français, l’une des plus connues est Faguo.

Le premier rapport de la marque, qui coïncide avec ses dix ans, revient sur ses engagements, des plus anciens au plus récents. Rappelons que Guillaume Gibault a coordonné puis présidé le réseau « Façon de Faire », qui a d’abord monté sur le territoire un réseau de façonniers pour fabriquer des masques en plein en pénurie avant de mutualiser les savoir-faire de industriels participants.

« Il s’agit, a rappelé Guillaume Gibault en préambule, « dans un contexte du monde d’après crise sanitaire, de mettre l’entreprise au service du bien commun et pas seulement de l’Ebitda ». « Le Made in France était perçu comme une utopie voici 10 ans, aujourd’hui, ce n’est plus du tout le cas. Les coûts à l’import augmentent, les approvisionnements sont compliqués, il devenu « raisonnable » et cohérent de fabriquer en mode proximité », a fait observer le fondateur du Slip Français.

Un comité de mission sur-mesure

L’entreprise a monté son comité de mission pour l’occasion : une équipe de 8 personnes représentant l’ensemble de ses parties prenantes : une cliente représentative de la communauté du Slip, son actionnaire, le fonds 360 Capital, Brune Poirson, ancienne secrétaire d’État à la transition écologique et solidaire et aujourd’hui « Chief Sustainability Officer chez Accor, Solène Naeye, cheffe de produit RSE au Slip ou encore des entrepreneurs textiles engagés comme Thomas Huriez, des jeans 1083 et Martin Breuvart, le président de Lemahieu.  C’est lors de réunions régulières avec ce comité qu’ont été fixé les objectifs et les indicateurs correspondants.

L’un des grands piliers des engagements fixés dans le cadre de l’évolution du statut a été de continuer à valoriser la fabrication locale. Aujourd’hui, Le Slip a réuni un réseau de trente ateliers partenaires partout en France, en innovant dans les filières matières, avec la revalorisation des filières de lin et de laine française, soit 300 emplois. L’entreprise a par ailleurs ouvert l’an dernier en partenariat, sa première usine, la Manufacture de Pantoufles, en investissant dans la recherche et le développement, dans la formation et les savoir-faire. Objectif, comme l’a expliqué Léa Marie, la directrice de production, « tisser des liens en relocalisant les productions, en développant des matières locales et éco-conçues. « Nous avons changé nos méthodes, réévalué nos prix, pratiqué les achats groupés pour contourner l’obstacle de l’augmentation du coût de l’énergie, etc. ».

Des objectifs mesurables et opérationnels

Dans ce cadre, la griffe s’est fixée quatre grands objectifs : retracer le cycle de vie de ses produits, proposer un vestiaire de vêtements permanents de qualité, agir pour un sourcing plus responsable, mettre au point des fibres du futur, éco-conçues et recyclables. Dans le droit fil de cette démarche, le Slip vient d’ailleurs de sortir son premier boxer en lin, dont la France est le premier producteur mondial. Un « challenge » rendu possible grâce à la récente relocalisation de la filature du lin, un savoir-faire que l’Hexagone avait perdu depuis une vingtaine d’année.

Autre pilier des engagements du Slip Français, promouvoir une mode éthique et responsable pour chercher à minimiser son impact, tant sur le plan sociétal qu’environnemental, via trois leviers d'action : la mesure des émissions carbone, l’optimisation de la gestion des stocks, la sensibilisation du public aux coûts d’un produit textile. La marque a enfin récemment obtenu une certification très exigeante, Bcorp (Benefit Corporation), un label né aux États-Unis en 2006 et qui engage les marques labelisées sur un chemin de transformation et de progrès, puisque le label est rééxaminé tous les trois ans. Le chemin est conçu pour contribuer aux Objectifs du Développement Durable fixés par l'ONU. Bcorp a une vision RSE à 360 degrés et fixe la barre très haut : il faut atteindre 80 points sur 200 pour entrer dans le cercle très fermé des entreprises certifiées, s’auto-évaluer grâce aux outils mis à disposition et progresser pour être recertifié, a précisé Elizabeth Laville, fondatrice du cabinet de conseil en développement durable Utopies.

Last but not least, une nouvelle identité est venue entériner ses changements, moins de « potache », qui faisait partie de l’ADN du Slip, avec ses campagnes décalées, les noms de baptême de ses premiers slips plein d’humour (on se souvient de l’impérissable « Insubmersible » et plus de « panache » pour réinventer le textile français. Un nouveau logo (adieu la cocarde) a été créé pour figurer toute cela : le rouge et le bleu ont été conservé, mais un vert « durable » leur ont été adjoint.

Le Slip a encore bien des axes d’amélioration devant lui, comme le souligne lui-même Guillaume Gibault. Parmi les pistes, s’ouvrir à un actionnariat plus « sustainable » qu’un pur financier, ou encore monter des mini-usines de proximité sur le territoire… La route du slip est encore pleine de surprise.