Les ventes aux enchères en ligne de bijoux vintage ont pulvérisé les records pendant le confinement

Les maisons d’enchères ont résisté autant que possible durant le confinement en organisant des opérations on line ou à huis clos, sans exposition publique. Les conditions étaient très strictes : pas de public, paiement à distance, retrait des lots différé. Le conseil des ventes volontaires a recensé 175 ventes organisés durant le confinement, soit 80 pour cent de moins que d’habitude à la même période.

Il n’empêche que la demande est restée - et reste - forte comme le souligne l’autorité de régulation du secteur et comme le prouve les excellents chiffres enregistrés lors de la vente aux enchères, en ligne, de joaillerie vintage organisées par Sotheby’s en mars dernier. Ce qui avait conduit le Financial Post à écrire : « Les gens riches qui s’ennuient portent des diamants et achètent des bijoux très chers pour apporter un peu de joie à la maison en période de pandémie ». Catherine Becket, directrice du département bijou de Sotheby’s l’affirmait elle aussi : « les riches clients achètent des bijoux comme des remontants ».

Plus sérieusement, ce qui était surtout significatif, c’était la somme qu’étaient prêts à débourser les acheteurs – généralement plusieurs centaines de milliers d’euros - pour un bijou vendu en ligne, c’est à dire sans possibilité de le voir physiquement : 206 000 dollars pour un diamant jaune monté sur bague, une bague en diamant Cartier des années 30 est partie à plus de 200 000 dollars. Mais le triomphe de cette stratégie est venu d’un bracelet Tutti Frutti de Cartier des années 30 pour lequel un acquéreur a déboursé 1,3 million de dollars lors d’une autre vente Sotheby’s organisée entre le 24 et le 28 avril dernier. Le prix du bracelet était estimé entre 600 000 et 800 000 euros.

1,2 million d’euros pour un bracelet Tutti-Frutti de Cartier vendu en ligne

C’est la première fois qu’un bijou est vendu à plus d’un million d’euros lors d’une vente en ligne. Et ce ne sera pas la dernière : tous les signaux sont positifs : d’une part, le pourcentage très élevé de lots qui ont trouvé acquéreurs lors de ces ventes : 92 pour cent pour la vente de mars, 93 pour cent pour la vente d’avril, et d’autre part, la grande diversité de nationalités des acheteurs qui ont participé à la vente. 30 pour cent de ces acheteurs participaient à une vente en ligne pour la première fois.

Ces achats spectaculaires signifient ils que tout ce qui est illuminé de pierres précieuses trouvera forcement acquéreur ? Pas nécessairement, loin de là. Le Rapaport Diamond Report ( rapport qu’utilise tous les professionnels pour fixer le prix du diamant à l’unité) indique que le prix des diamants bruts a chuté de 15 à 25 pour cent. La demande pour les diamants bruts ou polis est gelée. Les exportations de produits polis en provenance d l'Inde ont chuté de 41 pour cent, les expéditions en provenance de Belgique ont chuté de 38 pour cent et celles d'Israël ont chuté de 73 pour cent.

En réalité, loin d’être une valeur refuge, la magie des pierres n’est exaltée que lorsqu’elles sont mises dans les mains d’artisans émérites et de créateurs visionnaires. C’est le cas pour les créations Tutti Frutti de Cartier qui sont unanimement considérées comme des chefs d’œuvres : les créations des années 30 notamment portent en elles le fameux gout, pétrie d’audace et de panache, de Jeanne Toussaint qui fut la grande directrice artistique de la maison durant plusieurs décennies. Un bijou de cette facture s’apparente davantage à une œuvre d’art marquée par le sceau du talent et de la vision qu’à un feu d’artifice de pierres précieuses dont le prix réside dans la valeur intrinsèque des gemmes. Le succès de ce bijou proclame donc que les acquéreurs achètent les pierres mais aussi et surtout le génie de la Maison qui les a illuminées.

Crédit photo : Sotheby’s

 

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