Pourquoi les députés veulent-ils interdire les promotions du Black Friday ?

Né aux Etats Unis, le Black Friday prend de plus en plus de poids en France depuis 2013. Il a lieu chaque année, durant le dernier vendredi du mois de Novembre, à la suite de Thanksgiving, une fête typiquement américaine qui revêt autant d'importance affective aux yeux des américains que la célébration de Noël. C'est une journée très attendue durant laquelle des promotions conséquentes sont proposées, non seulement dans le textile mais aussi dans la plupart des produits de consommations. En France, le Black Friday ne s'insère dans aucune période de festivités mais attire néanmoins la curiosité des consommateurs en quête naturelle de promotions. 2019 s'annonce comme une édition record avec 5,9 milliards d'euros de dépenses attendues, un chiffre en hausse de 4 pour cent par rapport à 2018.

Or, le Black Friday, tel qu'il est pratiqué en France, est-il synonyme de bonnes affaires ? Rien n'est moins sur : une étude de comparaison de prix réalisée par l’UFC-Que choisir atteste en effet que la moyenne des réductions effectivement pratiquées est inférieure à 2 pour cent. Le Black Friday ne serait donc ni plus ni moins, si on se fonde sur les résultats de cette étude, qu’une opération de communication trompeuse laissant supposer aux éventuels consommateurs qu'ils vont bénéficier de réductions de prix considérables.

C’est en s’appuyant principalement sur cette étude que la députée non inscrite et ancienne ministre de l'écologie Delphine Batho a porté, devant le Parlement, une mesure qui vise à mettre fin au Black Friday. Cette mise a pris la forme d’un amendement au projet de loi anti gaspillage, proposant d'intégrer la publicité du Black Friday aux pratiques commerciales agressives. Cet amendement a été adopté à une large majorité en commission dans la nuit de lundi 25 à mardi 26 novembre. L’amendement sera examiné dans l'Hémicycle à partir du 9 décembre. Il concerne également le « Cyber Monday ».

Si cet amendement est mis en pratique, les commerçants communiquant sur le Black Friday, par le biais de publicités donnant l'impression « par des opérations de promotion coordonnées à l'échelle nationale, que le consommateur bénéficie d'une réduction de prix comparable à celle des soldes en dehors de leur période légale » seront passibles d'un emprisonnement de deux ans et d'une amende de 300 000 euros.

La guerre contre la surconsommation est en marche

Les députés ont fait du Black Friday un symbole à double tranchant. Il s‘agit d’une part, assez pragmatiquement, de lutter contre la publicité trompeuse et de protéger le consommateur contre des pratiques abusives, mais aussi - et c'est ce qu'indique clairement l'exposé des motifs exposés dans l'amendement – de lutter, d'un point de vue idéologique cette fois-ci, contre « la surconsommation ». Les députés pointent en effet du doigt « le bilan environnement désastreux du Black Friday qu'ils décrivent par ailleurs comme « une vaste opération à la gloire du consumérisme ». Sur son compte twitter, le député Matthieu Orphelin (ex La République en Marche) poste l'amendement et se félicite de son adoption: pour le député proche de Nicolas Hulot, le message porté par cette amendement doit être compris de la manière suivante: il s'agit ici de dire « Stop à la surconsommation ».

Cette affirmation s'inscrit dans un mouvement sociétal de plus en plus suivi. Lundi sur BFM, la ministre de la transition écologique Elisabeth Borne, a elle aussi mis en garde contre « la frénésie de consommation » lié au Black Friday et a critiqué son impact sur l'environnement. Plusieurs groupes de militants écologistes ont de leur côté, prévu de mener des actions un peu partout en France ce vendredi, certains promettant même une grosse action de désobéissance civile dans Paris. Un slogan semble même émerger pour dénoncer « la grande braderie de la planète ».

Sur les réseaux sociaux, l'enthousiasme n'est pas aussi unanime qu'à l'Assemblée et les avis sont très partagés. Certains internautes saluent chaleureusement la lutte contre la « surconsommation » qui s'inscrit d'après eux dans une louable mouvance écologiste, d'autres pointent du doigt l'hypocrisie des députés. « Où s'arrête et quand commence la surconsommation » demandent certains ? « On va me dire que je surconsomme parce que j’ai acheté trois chemises au lieu de deux et dans le même temps on laisse les multinationales se goinfrer sans limite et ne pas payer d'impôts ou très peu » précise un autre ; « Dois-je m'interdire de d’acheter à bas prix pour faire plaisir à des bobos déconnectés » demandent enfin la plupart des internautes visiblement très agacés par l’angle d’attaque - à très forte connotation idéologique et même morale - adopté par les députés contre cette guerre somme toute ambiguë contre le consumérisme.

Crédit photo : Pexels

 

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