Qui est M.Guo, le nouveau propriétaire de Lanvin ?

Les employés de la griffe française peuvent respirer. La maison vénérable va sortir du trou noir dans lequel elle s’enfonçait depuis l’éviction d’Alber Elbaz. C’est du moins de ce que laisse espérer l’annonce d’un accord signé vendredi soir entre la société Lanvin, propriété actuelle de la chinoise Shaw-Lan Wang, magnat des médias basée à Taïwan, et le groups Fosun International qui va investir plus de 100 millions dans l’entreprise. Madame Wang cessera alors d’être l’actionnaire majoritaire.

Cet accord vient à point nommé. La plus ancienne maison de couture parisienne encore en activité souffrait d’un terrible problème de trésorerie suite à la chute spectaculaire des ventes, du chiffre d’affaire et du bénéfice. On évoquait une perte nette de 18,3 millions en 2016 et de 27 millions en 2017. L’automne dernier, le commissaire aux comptes avait alerté le tribunal de Paris sur la situation financière périlleuse de la griffe. Le défilé de février avait d’ores et déjà été annulé, remplacé par une simple présentation. Le niveau de stress était tel qu’on se demandait rue du faubourg Saint Honoré si les salaires seraient payés en mars. Une recapitalisation de la marque devenait urgente.

Ce n’était pas un secret, Madame Wang était en pourparlers avec plusieurs groupes. LVMH et Kering s’était désengagé des discussions. Deux groupes étaient en lice : la société qatarienne Mayhoola et le groupe chinois Fosun International. Les observateurs penchaient tous pour la solution qatarienne. En effet Mayhoola courtisait Lanvin depuis plusieurs années. Ce fonds d’investissement qatari, spécialisé dans les investissements liés à l'industrie du luxe et entièrement contrôlé par la famille royale du Qatar avait fait ses preuves avec le rachat de Valentino en 2012, pour une somme d’environ 756 millions d’euros, et celui plus récent de Balmain, en 2016, pour environ 500 millions d’euros. C’était le candidat idéal.

Fosun international, nouvel actionnaire majoritaire de Lanvin

Pourtant, contre toutes attentes, Fosun International vient de remporter la mise. L’annonce devrait être faite au personnel de Lanvin cette semaine. C’est un groupe contrôlé par le milliardaire chinois Guo Guangchang. Contrairement à Mayhoola, le groupe asiatique fondé en 1992 n’est pas un spécialiste du luxe. Neammoins le parcours de Guo Guangchang, s’il comporte de nombreuses zones d’ombres (il a disparu mystérieusement en décembre 2015) est assurément romanesque et force l’attention. C’est un fils de paysans de la province de Zhejiang, près de Shanhaï qui a suivi des étudiants d’économies à l’université Fudan. Il crée Fosun avec deux proches, un diplômé en génétique et sa première femme. On compare volontiers cet homme d’affaire à Warren Buffet pour son fair, son entregent et son sens des bonnes opportunités. S’il n’est pas un familier du luxe, il connait bien les entreprises françaises puisqu’il a lancé une OPA sur le Club Med en 2013. Après un an et demi de bataille, Fosun obtenait l’essentiel des parts du club de loisirs.

Aujourd’hui, Fosun se présente comme le premier conglomérat privé de Chine. Proche de l’ancien président Jiang Zemin, les relations de Guo Guangchang ne seraient pas au beau fixe avec l’actuel président Xi Jinping ce qui expliquerait la disparition de l’homme d’affaire il y a deux ans. Fosun détient une participation minoritaire dans les agences de voyages Thomas Cook, le groupe est également actionnaire du Cirque du Soleil, de la tour One Chase, de la marque Folli Follie. Selon le magazine Forbes, M. Guo est la 34 ème fortune de Chine avec l’équivalent de 6,3 milliards d’euros. Rien n’indique dans cette biographie les méthodes et les visions que l’homme d’affaires, plutôt habitué au commerce du tourisme, pourraient déployer chez Lanvin. On sait simplement à l’heure actuelle que Fosun s’est engagé à ce qu’une part significative du montant apporté par l’entreprise sera dédié aux projets de développement. Ces investissements seront-ils suffisants ?

Crédit photo : www.fosun.com, dr