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Relocalisations industrielles dans les Hauts-de-France, "palliatifs" ou nouvelle stratégie?

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Crédit : Groupe Chantelle, Usine Epernay
By AFP

17 juin 2021

Lille - Prochainement dans les Hauts-de-France : une filature de lin, des jeans “made in France”, des usines de batteries électriques… Mais derrière ces exemples de relocalisations, aides publiques et volonté politique peinent à enrayer une “tendance lourde” de désindustrialisation.

“Dire que Fourmies va redevenir la capitale mondiale de la laine tissée”, comme au XIXe siècle, “non, mais des mouvements (de relocalisation, ndlr) vont demeurer”, prédit l’ancien ministre Philippe Vasseur, président de la mission régionale “troisième révolution industrielle” Rev3, qui soutient les projet d’industrie “verte”.

A chaque fois : des promesses d’emplois, de quelques dizaines à des centaines, saluées par les élus, comme pour l’industriel du lin Safilin, qui avait tout délocalisé en 2005, à la levée des quotas limitant les importations textiles dans l’UE, et reviendra à Béthune en 2024. Et presque toujours à la clé : des aides publiques - remboursables ou non - pour compléter l’investissement privé.

Ralentissement de la baisse

Dans le cadre de l’appel à projets de “soutien à l’investissement industriel dans les territoires”, l’État va ainsi verser 31,165 millions d’euros d’aides, pour “conforter 7 809 emplois et qui pourront générer près de 2.467 emplois” dans la région. Toutefois, selon l’Insee, l’heure est toujours à une “tendance lourde” de désindustrialisation : “pour l’instant, on a des effets d’annonces, concrètement dans les statistiques, on ne voit rien”.

En 1989, dans l’actuelle région Hauts-de-France, 521 100 emplois relevaient de l’industrie (26 pour cent du total), contre 295 000 en 2019 (13 pour cent). Si l’exploitation du charbon avait déjà disparu, le textile a perdu depuis 86 pour cent des effectifs, les industries du papier 61 pour cent, et la fabrication de machines et équipements 57 pour cent.

Whirlpool, Cargill, Tim, Maxam Tan, Stora Enso, sous-traitants aéronautiques de la Somme… La liste non exhaustive des usines qui ont licencié, délocalisé ou fermé ces dernières années s’est allongée avec la disparition de Bridgestone, engloutissant 850 emplois, dans une région aux taux de pauvreté à 18 pour cent et de chômage à 9,3 pour cent.

Fin 2020, l’industrie employait 280 500 personnes, niveau historiquement bas, malgré un ralentissement conjoncturel de la baisse (-2 pour cent en 2016, -1 pour cent en 2017, -07 pour cent en 2018 et 2019, et -2,1 pour cent en 2020). Mais des filières résistent, comme celui de la dentelle, et deux secteurs embauchent : les énergies, gestion des déchets et dépollution (+26 pour cent depuis 1989 avec 28.000 salariés,) et la pharmacie (+20 pour cent à 6.000).

Palliatifs ou nouvelle stratégie ?

Selon Business France, la région a attiré 126 projets d’investissements directs étrangers (IDE) pour 4 746 emplois créés ou sauvegardés en 2020, en forte hausse dans la logistique, en baisse dans l’industrie.

“On n’a pas attendu le Covid (…) On se bat pour chacun des projets, pour les maintenir dans la région et pour les créer. On a réussi à fortement ralentir la baisse des emplois créés”, insiste-t-on au cabinet du président sortant de la Région Xavier Bertrand (ex-LR), candidat à sa réélection et en piste pour la présidentielle, qui a fait de “l’emploi” son leitmotiv.

Parmi les “outils” déployés figurent des contrats d’implantation “Nord France Invest”, signés avec des entreprises qui veulent se développer, comme avec le constructeur chinois de véhicules électriques BYD arrivé dans l’Oise en 2017. Avec d’un côté des aides et assouplissement des délais administratifs, et de l’autre des promesses d’emplois - sans engagement de durée, ce que critique certains adversaires politiques.

“Si le Nord retourne à une vraie industrie, ce serait une vraie mutation par rapport aux politiques menées depuis trente ans, car il y a eu la tentation de dire que l’industrie contribuait à stigmatiser l’image de la région et qu’elle devait effectuer sa mutation”, rappelle l’historienne spécialiste des mouvements ouvriers Marion Fontaine, qui souligne que “la réorientation vers les services, la culture, le patrimoine, n’a pas forcément donné des effets en terme d’emplois et de croissance attendus”.

“Les relocalisations sont-elles simplement des espèces de palliatifs ou s’ancrent-elles vraiment dans une nouvelle stratégie régionale, il est trop tôt pour le dire, parce qu’on n’enraye pas une dynamique de mondialisation comme ça”, rappelle la codirectrice du Centre de recherche Norbert-Elias. (AFP)