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Richemont juge le candidat de Bluebell « inapproprié » en raison de sa proximité avec LVMH

By Herve Dewintre

16 août 2022

Business

Crédit photo : Richemont

Le propriétaire de Cartier a de nouveau recommandé ce lundi 15 août à ses actionnaires de ne pas élire le candidat de Bluebell, qualifié d’ « inapproprié » en raison de sa proximité de longue date avec son concurrent direct, le groupe de luxe LVMH.

Ne vous fiez pas à la torpeur du mois d'août : les coulisses des grands groupes de luxe abritent des batailles titanesques. Ainsi, ce lundi 15 août, le groupe de luxe suisse Richemont, propriétaire de Cartier, Van Cleef & Arpels, Chloé ou encore Alaia, a une fois encore renouvelé son opposition totale aux exigences de Bluebell Capital Partners en recommandant à ses actionnaires de ne pas élire le représentant du fonds activiste londonien lors de son assemblée générale du 7 septembre prochain.

Pour rappel, en juillet dernier, Bluebell avait créé la surprise en demandant au conseil d’administration de Richemont de nommer Francesco Trapani, arrière-petit-fils du fondateur de la maison romaine Bulgari (propriété de LVMH depuis 2011) et par ailleurs co-fondateur de Bluebell, au poste d’administrateur du groupe suisse. Dans une rare interview accordée au journal Finanz und Wirtschaft et reproduite en intégralité sur le site de Richemont, Johan Rupert, chairman du groupe indique clairement sa position : « A ma connaissance, Bluebell Capital avait déjà investi dans l'entreprise et a ensuite gagné de l'argent en vendant les actions à un prix plus élevé. Maintenant, ils sont de retour. Oui, ils ont acheté environ un million d'actions pour pouvoir mettre des points à l'ordre du jour de l'assemblée générale annuelle. Mais à mon avis, ils essaient de gagner en visibilité en se contentant d’investir une petite somme d'argent. Il ne s'agit pas de gouvernance d’entreprise, ni de performance. »

Les arguments de Bluebell sont les suivants. Il faut changer la composition du conseil d’administration pour élire un membre représentant les détenteurs d’actions de type « A ». Ces derniers ne sont pas représentés par un membre spécifique actuellement. Or, le capital-actions de Richemont comprend 522 millions d'actions nominatives de type « A » d'une valeur de 1 francs suisses et autant de type "B" valant 10 centimes chacune. Ces dernières sont détenues par la holding familiale du président de l'entreprise Johann Rupert, qui possède ainsi 10 pour cent de l'ensemble du capital-actions. Ces 10 pour cent du capital-actions lui confèrent 50 pour cent des voix avec un droit de vote de 1:1.

« Chaque actionnaire est traité exactement de la même manière »

Une exigence que balaie clairement Johan Rupert, sans nier le fait que chaque catégorie d’actionnaires ait le droit d’être représentée : « Ce droit était destiné aux entreprises privées avec un actionnaire minoritaire afin de le protéger. Au début, nous avions désigné des personnes. Puis, feu Maître Jean-Paul Aeschimann, qui a été vice-président de Richemont pendant 22 ans, a déclaré : "Non : je ne veux pas de deux catégories d'administrateurs. Nous sommes tous responsables de tout." Les délibérations de nos conseils d'administration tiennent toujours compte des intérêts de tous les actionnaires, qu'ils détiennent des actions A cotées ou des actions B non cotées. Nous avons toujours le sentiment que les actionnaires sont représentés par tous nos administrateurs indépendants. » indique le chairman qui précise : « Je ne changerai pas notre structure de capital. Je n'ai aucune raison légale de le faire et, plus important encore, je n'ai aucune raison morale de le faire parce que je n'ai pas retiré un sou de l'entreprise. Depuis 1988, la Compagnie Financière Rupert, qui est une société en commandite suisse, n'a jamais reçu un sou, pas un, sauf des dividendes pari passu avec tous les autres actionnaires. Nous n'avons jamais eu de frais ni de redevances et nous ne possédons pas de biens immobiliers que nous louons à l'entreprise publique. Je n'ai jamais conclu d'accord avec l'entreprise. Chaque actionnaire est traité exactement de la même manière. »

« Nous avons quelque 35 000 collaborateurs qui comptent sur la stabilité »

Pour le chairman, toutes les entreprises de luxe qui réussissent ont des structures familiales. L’autonomie doit être une obsession. Elle seule permet d’anticiper ou de rester conservateur et prudent. « C'est un conseil égalitaire, collégial et ouvert. Selon la loi suisse, il est accepté tel quel. Pourquoi devrions-nous le changer ? Il n'est pas nécessaire de le changer ni légalement ni moralement. Notre conseil peut être plus lent et plus conservateur que d'autres conseils. Mais son ouverture et sa collégialité sont justement ses atouts. Je ne céderai pas à la coercition. Nous avons quelque 35 000 collaborateurs qui comptent sur la stabilité. De plus, nous avons des partenaires commerciaux qui ne veulent pas de changement. J'ai soigné mes collègues, j'ai soigné mes actionnaires, c'est mon rôle. Mon rôle n’est pas de soigner des mecs qui rentrent et partent dans 3 mois. »

Ce 15 août, le parcours de Francesco Trapani, aussi exemplaire soit-il, est également l’objet de commentaires. M. Trapani est qualifié de candidat "inapproprié" pour une élection au conseil, en raison de sa proximité de longue date avec le groupe LVMH, l'un des principaux concurrents de Richemont, et de ses actionnaires. M. Trapani était en effet directeur général de Bulgari lors de son rachat par LVMH en 2011. Il a occupé différentes fonctions au sein du groupe de luxe français ainsi que chez Tiffany & Co. jusqu’au rachat du joaillier américain par LVMH. Johan Rupert propose donc son candidat. Toujours dans Finanz und Wirtschaft, il indique : « Le conseil voit davantage d’intérêt à ce que ce rôle soit joué par une administratrice non exécutive indépendante existante, Mme Wendy Luhabe, qui a rejoint le conseil en septembre 2020.

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