Richemont se sépare de Lancel et rachète le britannique Watchfinder

Le groupe suisse Richemont, numéro deux mondial du luxe, s'est séparé de la marque française de maroquinerie Lancel, préférant se renforcer dans la vente de montres en ligne avec le rachat du britannique Watchfinder.co.uk

Le groupe genevois a annoncé coup sur coup le rachat vendredi de cette plateforme spécialisée sur la vente en ligne de montres d'occasion avant de dévoiler, lundi, la cession amplement attendue de cette marque française qu'il tentait en vain de redresser.

"Il y a seize ans, les fondateurs de Watchfinder avaient anticipé le besoin d'un marché en ligne pour les garde-temps d'occasion haut de gamme", a déclaré Johann Rupert, le président de Richemont, cité dans le communiqué annonçant son rachat.

Créée en 2002, cette plateforme permet de rechercher, acheter ou vendre des montres d'occasion qui sont au préalable inspectées avant de changer de mains. L'entreprise, qui emploie désormais 200 personnes, est en pleine expansion grâce à l'engouement grandissant des collectionneurs pour les montres dite "vintage". Elle dispose également, en plus de son portail Internet, d'un réseau de sept boutiques, dont deux dans le quartier chic de Mayfair à Londres.

"Nous pensons qu'il y a des opportunités substantielles pour aider l'entreprise à continuer de croître", a ajouté M. Rupert, pointant que cette acquisition marque "une autre étape dans la stratégie de Richemont".

Si les horlogers suisses ont longtemps hésité à vendre des montres en ligne, les investissements sur ce mode de distribution font désormais partie de leurs priorités stratégiques.

Richemont, qui réalise le plus gros de son chiffre d'affaires dans la joaillerie et l'horlogerie, a récemment bouclé son offre de rachat pour les parts qu'il ne détenait pas encore dans Yoox-Net à Porter, un des grands spécialistes de la vente de produits de luxe par Internet.

Il est également parti à l'assaut de la génération dite des millennials en lançant en mai une nouvelle marque, appelée Baume, qui propose des montres personnalisables vendues en ligne.

Marché à fort potentiel

Dans le même temps, le groupe, propriétaire entre autres des bijoux Cartier et des montres Piaget et IWC, a procédé par petites touches à un réaménagement de ses activités hors joaillerie et horlogerie, cédant tout d'abord sa marque de produits de luxe chinois Shanghai Tang l'an passé, et maintenant Lancel, qui faisait régulièrement l'objet de rumeurs, après plusieurs tentatives infructueuses pour relancer la marque.

A 13H31 GMT, l'action Richemont gagnait 0,96 pourcent à 92,14 francs suisses alors que l'indice SMI de la Bourse suisse grimpait de 0,32 pourcent.

Avec ces deux transactions, Richemont met dans son escarcelle une entreprise Internet "en très forte croissance" et se sépare de ce que beaucoup d'analystes avaient fini par considérer comme "l'enfant à problème" du groupe, a réagi Patrik Schwendimann, analyste à la Banque cantonale de Zurich, dans un commentaire boursier. Bien que Richemont n'ait pas fourni de détails, il évalue le prix d'achat de Watchfinder à environ 200 millions d'euros.

Dans le cas de Lancel, Richemont doit percevoir un pourcentage des bénéfices durant les dix prochaines années dont le montant total ne dépassera pas 35 millions d'euros, a pour sa part indiqué son repreneur, le maroquinier italien Piquadro.

"Nous considérons le marché des montres d'occasion certifiées comme un segment à très fort potentiel de croissance dans l'e-commerce", a pour sa part jugé Rene Weber, analyste chez Vontobel, dans une note, considérant que cette acquisition permet à Richemont de se "renforcer encore un peu plus" dans la ventes en ligne. (AFP)

Photo: Cartier/Facebook