Se disant victime des "gilets jaunes", Vivarte fait défaut sur sa dette

Le groupe d'habillement Vivarte (La Halle, Caroll), en grande difficulté malgré une récente restructuration, ne pourra pas honorer son échéance de remboursement d'octobre et devrait donc passer aux mains de ses créanciers.

Si pour son PDG, Patrick Puy, la nouvelle est "très positive" et n'aura aucune conséquence sur le plan social, les syndicats évoquent une "vraie catastrophe" pour ses milliers de salariés, qui pourrait conduire au démantèlement du groupe à court terme.

Dans un entretien aux Echos jeudi soir, M. Puy, à la tête de Vivarte depuis trois ans, a annoncé être en défaut sur sa dette et vouloir activer le mécanisme de fiducie (transfert de propriété, NDLR) à ses créanciers.

Selon lui, la "crise des "gilets jaunes" a fait perdre au groupe "30 millions d'euros de chiffre d'affaires et 15 millions d'euros de marges". Par ailleurs, le groupe n'a pas réussi à vendre son enseigne de chaussures Minelli, faute d'offre satisfaisante, comme c'était prévu.

"Bien sûr que les faits générateurs (de cette situation, NDLR) ne sont pas brillants puisqu'on n'a pas réussi à vendre Minelli et que les résultats ne se sont pas améliorés autant qu'on aurait dû, mais la conséquence sera très positive: on se retrouvera en septembre avec zéro dette et plein de cash", a expliqué vendredi matin M. Puy à l'AFP.

"La fiducie, c'est la fin"

Le groupe de distribution, au terme d'un plan de restructuration de trois ans qui l'a vu se séparer de la plupart de ses enseignes (Chevignon, André, Naf Naf, Kookaï, Pataugas...), avait annoncé en décembre dernier avoir réduit ses pertes de 305 à 122 millions d'euros au terme de l'exercice 2017-2018 clos au 31 août, au cours duquel il a réalisé un chiffre d'affaires de 1,4 milliard d'euros.

Selon le calendrier prévisionnel donné par le dirigeant à l'AFP, le mécanisme de fiducie devrait être adopté à la fin de l'été: "l'entreprise n'aura (alors) plus de dette, ce qui est formidable", a souligné M. Puy.

Un enthousiasme que ne partagent pas les syndicats du groupe, loin de là.

"C'est une vraie catastrophe pour les salariés", a réagi auprès de l'AFP Karim Cheboub, représentant CGT au comité de groupe, pour qui désormais "l'avenir est très sombre".

"Une fiducie n'est pas annonciatrice de bonnes nouvelles: le transfert est généralement soumis à des conditions de cession", estime le syndicaliste. Son collègue de la CFDT, Jean-Louis Alfred, est du même avis: "la fiducie, c'est la fin, la mainmise des créanciers" sur l'entreprise.

"Vivarte est un fleuron qu'on a laissé mourir sans que personne n'intervienne: à lui tout seul, M. Puy a supprimé près de 4.000 postes", a-t-il ajouté, précisant que le groupe était passé "de 22.000 postes à 7.500 aujourd'hui". Sur son site, Vivarte dit pourtant compter 10.000 collaborateurs.

"Investir et se développer"

"On sait qu'il est là pour démanteler le groupe, Vivarte ne survivra pas à 2021, voire avant", prévient M. Cheboub.

Une affirmation que conteste le dirigeant, qui se veut rassurant et espère dès janvier pouvoir "refaire un budget de croissance et de développement".

"Nos nouveaux actionnaires seront nos créanciers donc on les connaît bien", a-t-il affirmé à l'AFP, avant d'ajouter que "bien sûr, dès lors qu'on change d'actionnaires, on se conformera à leurs souhaits".

"Mais ce qu'on peut deviner, c'est qu'ils voudront valoriser l'entreprise, soit pour la vendre, soit pour la garder. Or, pour valoriser nos actifs, il nous faut un peu investir et se développer", a-t-il estimé.

Il a ainsi expliqué vouloir investir dans les outils logistiques et informatiques de La Halle, afin "d'accélérer la rénovation" et la fusion des magasins des deux enseignes (Halle aux vêtements et Halle aux chaussures).

Quant à Caroll et Minelli - qui n'est donc plus à vendre -, le dirigeant pense à des développements à l'international, "et je ne vois pas en quoi l'actionnaire ne serait pas heureux que l'on fasse ça".(AFP)

Crédit photo : Naf Naf Facebook

 

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