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Sortie de crise pour NotShy et Absolut Cashmere : le Groupe MCC mise sur un plan de dix ans

Dix-huit mois après son placement en redressement judiciaire, le Groupe MCC, maison mère des marques NotShy et Absolut Cashmere, voit son plan homologué par le Tribunal des Activités Économiques de Paris. La décision, rendue le 29 janvier 2026 et publiée au BODACC le 15 février, marque la fin d’une séquence délicate et ouvre une nouvelle phase pour cet acteur du cachemire premium.

Un redressement de taille face à la crise du secteur

Le 26 juin 2024, le Tribunal de commerce de Paris avait prononcé l’ouverture d’une procédure de redressement judiciaire à l’encontre de la société MCC (RCS 420 972 622), spécialisée dans le commerce de gros et de détail de prêt-à-porter et d’accessoires. La date de cessation des paiements avait été fixée au 14 mai 2024. Comme de nombreux acteurs de la mode, le groupe subissait alors un environnement particulièrement tendu, caractérisé par un ralentissement de la consommation, une pression persistante sur les marges et un désengagement progressif de certains partenaires bancaires.

Plutôt qu’une cession subie ou une liquidation, MCC a choisi la voie du redressement judiciaire afin de se placer sous la protection du tribunal et d’organiser la restructuration de son passif tout en maintenant son activité. Cette démarche, assumée dans la communication du groupe, s’inscrit dans une évolution plus large du secteur, où la procédure collective est de plus en plus envisagée comme un outil de réorganisation plutôt que comme le symptôme d’un effondrement.

Un plan de sortie sur dix ans pour stabiliser la trésorerie

Le 29 janvier 2026, le tribunal a homologué le plan de redressement, prévoyant une durée de dix ans. La décision n’allait pas de soi. Le dossier avait été examiné quelques jours plus tôt et aurait pu faire l’objet d’un report, tant sa configuration apparaissait « complexe », selon les termes de Jean-Charles Demortier, mandataire judiciaire associé impliqué dans la procédure. Contacté par la rédaction, ce dernier souligne que ces décalages tendent à devenir « de plus en plus fréquents » dans ce type d’affaires, reflet d’une complexification croissante des restructurations dans le secteur textile. Entre dépendance aux financements bancaires, tension sur les marges et volatilité des marchés internationaux, les plans de redressement exigent désormais des arbitrages plus fins et des projections financières particulièrement prudentes.

Les études AJRS, représentée par Me Catherine Poli, et Ascagne AJ, représentée par Me Julie Lavoir, ont été désignées commissaires à l’exécution du plan. Si les modalités détaillées du rééchelonnement de la dette ne sont pas encore publiées, ce qui reste courant quelques semaines après une décision de cette nature, la durée du plan laisse entrevoir un étalement significatif des engagements financiers. Celui-ci doit permettre à l’entreprise de préserver sa trésorerie et de consolider progressivement sa rentabilité tout en honorant ses obligations.

Durant la période d’observation, le groupe s’est appuyé sur la fidélité de son réseau wholesale, la continuité des relations fournisseurs et la mobilisation de ses équipes. Cette stabilité relationnelle a été déterminante pour éviter les ruptures d’approvisionnement et maintenir la crédibilité commerciale des deux marques. Dans un secteur où la confiance des détaillants constitue un actif essentiel, la capacité à poursuivre les livraisons et à présenter des collections cohérentes a joué un rôle central.

Rationalisation et différenciation : les leviers de NotShy et Absolut Cashmere

La séquence judiciaire a également été mise à profit pour clarifier le positionnement des marques. NotShy a resserré son offre autour de ses fondamentaux, en privilégiant les matières nobles, les silhouettes identitaires et une élégance décontractée assumée. Cette rationalisation répond à une nécessité structurelle dans le segment du cachemire, où la multiplication des références et la gestion imparfaite des stocks peuvent rapidement peser sur la rentabilité.

Absolut Cashmere, de son côté, a renforcé son identité plus expressive et colorée, en cultivant une proximité accrue avec sa communauté. La marque mise sur la cohérence de son univers et sur l’attachement émotionnel de ses clientes plutôt que sur une expansion rapide et dispersée. Cette différenciation interne permet au groupe d’éviter toute concurrence frontale entre ses deux enseignes tout en couvrant des sensibilités distinctes sur le marché du cachemire premium accessible.

Investissements offensifs et visibilité médiatique

Fait notable, la sortie de procédure s’accompagne d’une montée en puissance des investissements en visibilité. Dès la rentrée 2025, les deux marques ont intensifié leur présence médiatique à travers des campagnes d’influence, des activations digitales et une présence accrue en presse et en affichage. NotShy a également diffusé une campagne de sponsoring télévisuel autour de l’émission « C’est à Vous » pendant les fêtes de fin d’année, un dispositif encore rare dans l’univers du cachemire. Ce choix traduit une volonté de restaurer la désirabilité et d’envoyer un signal de solidité au marché, alors même que l’entreprise était encore sous procédure.

Vers un modèle de croissance maîtrisé

La période qui s’ouvre reste néanmoins décisive. Un plan de redressement sur dix ans impose une discipline financière rigoureuse, un pilotage fin de la trésorerie et une attention constante à la rentabilité opérationnelle. Dans un environnement où les coûts de production demeurent élevés et la demande volatile, l’enjeu sera d’articuler ambition commerciale et prudence budgétaire.

Au-delà du cas particulier de MCC, cette trajectoire illustre les transformations en cours dans la mode premium. Les croissances soutenues par le crédit laissent place à des modèles plus maîtrisés, centrés sur l’identité de marque, la gestion des flux et la solidité financière.

L’homologation du plan ne signe pas seulement la fin d’une procédure ; elle ouvre une phase de reconstruction sous contrainte, où la performance devra être au rendez-vous sur la durée. Si MCC parvient à conjuguer désirabilité, discipline financière et cohérence de marque, son redressement pourrait apparaître rétrospectivement comme un point d’inflexion décisif plutôt qu’un simple épisode défensif.


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