Sourcing mondial: rien ne sera plus comme avant

Oui la Chine est toujours le fournisseur du monde (c’est à dire de l’Europe et des USA), mais désormais, le Bangladesh, le Vietnam et le Cambodge tracent de nouveaux parcours pour l’approvisionnement dans le textile.

Le nouveau panorama du sourcing mondial : vaste sujet, toujours sensible, qui a visiblement passionné les professionnels venus en masse pour assister à la conférence organisée par Première Vision (dans le cadre de la chaire lancée conjointement avec l’IFM sur « l’économie des matières créatives pour la mode »), lors de la dernière édition de cette grand-messe incontournable du tissu, qui s’est déroulée du 16 au 18 février dernier au Parc des expositions de Villepinte.

Animée par Gildas Minvielle, Directeur de l’Observatoire économique de l’IFM, cette conférence très suivie proposait un état des lieux approfondi et une analyse détaillée de l’approvisionnement en textile à l’échelle du globe. Une cartographie mouvante dont l’évolution s’explique tout d’abord par cette donnée capitale : l’appréciation de 20 pour cent du dollar par rapport à l’euro. Cette appréciation pèse lourd : son impact joue sur toute la chaîne productive et pas seulement sur une de ses composantes. Les autres facteurs d’évolution sont, comme il fallait s’y attendre, l’oscillation du prix des matières premières – avec des fortes tensions sur le cours du coton et une baisse des fibres synthétiques suite à la chute du prix du pétrole – et la hausse des couts salariaux, multipliés par 3,5 en dix ans en Chine selon le cabinet Werner.

Sourcing mondial: rien ne sera plus comme avant

Le trio Bangladesh-Cambodge-Vietnam va encore progresser

Selon les résultats de l’enquête menée par l’IFM auprès d’une centaine de marques et d’enseignes. 49 pour cent des interrogés estiment que les approvisionnements en provenance de la Chine diminueront en 2016 en faveur du trio Bangladesh-Cambodge-Vietnam (ce dernier devenu le deuxième fournisseur des Etats-Unis). Les trois pays sont dotés d’usines très équipées et d’une main d’œuvre qualifiée, souvent issus d’investissements chinois.

Les importations d’habillements ont globalement progressé dans l’Union Européenne. Une progression conséquence : 10,2 pour cent (80,9 milliards d’euros). Les importations en provenance de Chine ont baissé en volume (-12,2 pour cent) même si elle restent positives en valeur ((-12,2 pour cent) alors que les importations en provenance du Bangladesh, du Cambodge et du Vietnam ont progressé à la fois en valeur (respectivement + 24, + 32,4, + 24,3 pour cent) et en volume (+3,6, +13,4, +2,4 pour cent).

Les couts salariaux « modérés » expliquent naturellement cette hausse des exportations vers l’UE : le salaire minimum par mois est de 68$ au Bangladesh, de 140 dollar au Cambodge , il est situé entre 105 et 156 dollar au Vietnam. A titre de comparaison le salaire mensuel est situé entre 155 à 321 dollar en Chine. De plus, certains pays, comme le Bangladesh, ont bénéficié de ce qu’on appelle le Système Généralisé́ de Préférences tarifaires (SPG) de l’UE qui propose des réductions de droits de douane (20 pour cent) ou un accès au marché communautaire en franchise de droits pour les exportations de 178 pays et territoires en développement. Ce schéma communautaire accorde des avantages spéciaux aux 49 pays les moins développés et aux pays mettant en œuvre certaines normes dans les domaines du travail ou de l’environnement. L’UE accorde ces préférences sans exiger de contrepartie des pays bénéficiaires.

A noter également, un outsider, le Myanmar, qui pointe son nez sur le marché dans la région. « Mais il faudra attendre encore cinq ou six ans - le temps de former la main d’œuvre et de créer les infrastructures - avant qu’il devienne véritablement opérationnel » précise Gildas Minvielle.

Quelle incidence sur les prix de vente?

L’étude est formelle: l’année 2016 devrait marquer une progression conséquente des approvisionnements en provenance de la Turquie (65 pour cent des interviewés en sont convaincus) et du Maroc. La Turquie, quant à elle, tandis que la Tunisie, déjà en phase de décrochage en 2015, (-5,4 pour cent en valeur et -6,5 pour cent en volumes) devrait encore reculer.

En hausse aussi les manufacturiers de l’Europe de l’Est : la Moldavie, la Macédoine, l’Albanie, la Serbie (cette dernière a gagné 176 places en 10 ans) - qui, de plus, possèdent l’atout de la proximité́ avec la Turquie, ce qui facilite l’acheminement des tissus. Tous ces pays se prêtent très bien à un sourcing de court et moyen terme. Aux USA, non concernés par les oscillations du taux de change, on constate une progression de 3,5 pour cent des importations et un recul des prix de 2,9 pour cent. Comme il n existe pas là bas d’équivalent au Système de Préférence Généralisée pour le textile, un plus grand nombre de pays sont sollicités. En Asie notamment, mais aussi en Afrique subsaharienne grâce aux avantages de l’African Growth and Opportunity Act. Les Caraïbes et l’Amérique Centrale ne sont pas oubliés non plus par les USA.

Quelle sera l’incidence de cette hausse des coûts de production sur les prix de vente? «Partielle », selon 54 pour cent des interrogés ; « elle n’aura pas lieu » selon 36 pour cent ; mais elle est totale pour 10 pour cent d’entre eux, bien qu’aucun ne veuille être le premier à prendre l’initiative d’une augmentation.

« On cherche plutôt à jouer sur l’extension des gammes, avec des prix plus hauts pour les segments plus qualitatifs et des prix compétitifs pour les entrées de gamme sans que leur moyenne reste inchangée » martèle le directeur de l’Observatoire économique de l’IFM avant d’énoncer quelques solutions de bon sens pour permettre aux entreprise de tenir de le coup : « réduire les périodes des soldes qui représentent des marges réduites; privilégier la valeur ».

 

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