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En Guinée, la mode se met au service de l’humanitaire avec le Runway Fashion Show

By Sharon Camara

20 janv. 2022

Mode |Interview

Maison Clémence Lama/ Runway Fashion Show/Pyspic photography

Conakry - Durant trois jours, la capitale guinéenne a accueilli un évènement mode réunissant des créateurs venus de toute la sous-région ouest africaine. Au-delà de la mode, la mission était aussi humanitaire.

C’est une grande première en Guinée, les 10,11 et 12 décembre 2021, le chapiteau du Palais du Peuple a accueilli onze créateurs venus de la sous région, à l’occasion de la première édition du Runway Fashion Show. Un événement qui ambitionne de positionner la Guinée au rang des destinations incontournables de la mode africaine, tout en offrant une visibilité au savoir-faire artistique et artisanal local.

Sur le podium, Kapsaïde, MT Création, Fatou Rouhe, Clémence Lama et Fétiche by Fifi de la Guinée; Ibrahim Fernandez, Yhebe Design et Maison Elie Kuame de la Côte d’Ivoire; Algueye Dakar et Keyfa du Sénégal, ont présenté leurs dernières collections devant plus de 500 personnes. « Initialement, ils devaient être quinze créateurs de neuf pays. Finalement, quatre d’entre eux ont été testé positif au Covid 19, notamment, Mariam Bocoum du Mali, explique à FashionUnited, Aïchatou Diallo, initiatrice du projet Runway Fashion Show. L’objectif était de mettre en avant l'excellence africaine. L’Afrique regorge de talents et certains ont su se démarquer par leur parcours et leur réseau. Nous avons voulu réunir ceux qui ont de l'influence, de l'expérience et une reconnaissance à l'international. »

Un projet né en 2019

À l’origine du Runway Fashion Show, il y a Aïchatou Diallo, ancien mannequin, entrepreneure et directrice nationale adjointe des services de communication du ministère de l’information et de la communication de Guinée. Elle défile entre 2008 et 2012 durant ses études au Sénégal puis devient modèle photo pour des campagnes publicitaires et des magazines. En 2019, elle reçoit le prix honorifique « Top Model réussite de la diaspora » à l’occasion de la 9ème édition des Awards du Mannequinat Africain. Une consécration qui fait l’effet d’un déclic : « j’ai directement compris qu’il fallait que j’utilise ce sacre pour aider les personnes qui, comme moi, sont atteintes de drépanocytose. Entre 2019 et 2021, l’idée mûrit. J’hésite à me lancer d'abord pour des raisons financières et aussi parce que je venais de rentrer en Guinée et que je ne maîtrisais pas forcément le terrain guinéen. Finalement en 2021, j'ai eu l'appui d'une personne qui travaille à LVMH, qui m’a permis d’avoir un accompagnement ». En 2021, Aïchatou se rend au siège de LVMH, en France. Elle y rencontre le président régional de la distribution Moët & Hennessy en Afrique, en Asie et au Moyen Orient qui décide de les accompagner dans la création du fonds d'appui aux drépanocytaires.

Engagé dans les causes solidaires en Afrique, LVMH apporte un soutien logistique avec des dons de goodies, de PLV et de bouteilles de champagne pour pour la soirée caritative. Le soutien est aussi financier avec le fonds pour l'achat, en France, de vaccins qui seront ensuite acheminés vers la Guinée.

Le combat contre la drépanocytose

La drépanocytose est reconnue comme quatrième priorité de santé publique par l’ONU. En Guinée, elle touche quatre pour cent des enfants et un adulte sur cinq, soit un taux global de 20 pour cent de la population. « Notre objectif est de collecter des fonds à travers le Runway Fashion Show et notre exposition de vente, détaille l’initiatrice du projet. La première mission est d’acheter des vaccins prioritaires pour les enfants drépanocytaires de zéro à dix ans. Ces patients sont choisis sur la base de leurs conditions sociales : ce sont des patients démunis, dont les parents sont en difficulté, en instance de séparation ou alors qui sont orphelins. Nous prévoyons aussi d’acheter 800 vaccins pour une campagne de vaccination gratuite. La seconde initiative du Runway Fashion Show est “Mako pour la vie” qui vise à accompagner cent adultes démunis et de les prendre en charge notamment au niveau de la distribution des médicaments ».

La Guinée, capitale de la mode ?

Sur les 1000 places prévues pour l'événement, la moitié, soit 500 places ont été vendues à 500 000 Francs Guinéens (50 euros), le ticket. Pour Aïchatou Diallo, deux facteurs expliquent ce résultat : Conakry accueillait « La Nuit du Conte », un grand événement culturel qui a fait guichet fermé plusieurs jours avant sa tenue. La situation politique en Guinée est aussi un facteur selon l’initiatrice. Le pays est actuellement dirigé par un gouvernement militaire de transition suite au coup d'État du 5 septembre 2021. « Nous avons un évènement international qui intervient deux mois après un changement de régime. Ça a été difficile de rassurer les designers et la presse internationale qui arrivait. Au niveau local, c'était difficile de faire adhérer les sponsors. Les gens étaient réticents en terme d'accompagnement financier », analyse-t-elle.

Ibrahim Fernandez/ Runway Fashion Show/Pyspic photography

L’ancien mannequin a quand même été surprise de découvrir l’intérêt des guinéens pour la mode : « Beaucoup de personnes nous ont félicité pour l’initiative. Nous avons eu des retours positifs sur les réseaux sociaux, de manière spontanée. Il y a même eu des personnes qui nous ont suggéré de faire un évènement cent pour cent mode. Nous étions convaincus que les guinéens n’assisteraient jamais à un évènement entièrement dédié à la mode donc nous avons ajouté des prestations artistiques ».

Elle estime toutefois que le milieu de la mode a encore besoin d’être structuré et de plus de professionnalisme pour espérer rivaliser avec les pays voisins : « Le problème vient de l'absence d'école de modélisme, d'incubateur, d'école de photographie, etc. La mode est un domaine qui englobe plusieurs métiers parmi lesquels, le design, le modélisme, le mannequinat, la maroquinerie, la joaillerie. Malheureusement aujourd'hui, nous n’avons pas les bases pour la création de compétences chez nous. Je me dis qu’il faut du travail, mais c’est tout à fait possible. Le Sénégal a réussi à le faire avec la Dakar Fashion Week, le Nigéria avec la Lagos Fashion Week, il y a aussi l’Afrique du Sud et le Ghana ».

En route vers la seconde édition

À peine la première édition terminée qu’Aïchatou Diallo réfléchit déjà à la seconde. Celle-ci devrait se tenir en novembre 2022. Des nouveautés sont annoncées avec notamment l’implication de plus de structures guinéennes, des séances de coaching pour les créateurs internationaux et nationaux, des tables rondes et des formations pour les mannequins.

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