Lucie Greene : Alors que le luxe se questionne, « le segment moyen-haut de gamme devient le créneau porteur du moment »
Pour analyser le marché du luxe en pleine zone de turbulences, FashionUnited s’est entretenu avec Lucie Greene, fondatrice du cabinet Light Years. La prévisionniste revient sur les failles stratégiques du secteur et décrypte ses attentes pour la saison printemps-été 2027.
Le luxe en pleine mutation et le segment moyen et haut de gamme comme « point d'équilibre idéal »
Sur le segment du haut de gamme, Lucie Greene perçoit les premiers signes d'un renouveau des grandes maisons de luxe, bien que sous une forme très différente de celle des dernières années.
« Le luxe a été un peu dans la tourmente », déclare l'analyste de tendances britannique et fondatrice de Light Years, décrivant une période définie par l'instabilité plutôt que par la clarté créative. Un facteur clé a été le renouvellement constant des directeurs de la création, ce qui a perturbé la vision à long terme et dilué l'identité des marques.
Selon Lucie Greene, le luxe a été affaibli par ce qu'elle appelle une « inflation démesurée », due à une concentration sur les marchés émergents et les consommateurs très fortunés. Une stratégie qui a exclu une catégorie intermédiaire de consommateurs aisés, y compris les fameux HENRYs (High Earners, Not Rich Yet). « Les marques de luxe sont tout simplement trop chères », affirme-t-elle.
Ce décalage a ouvert des opportunités ailleurs. Lucie Greene souligne une nette montée en gamme sur le segment du prêt-à-porter et contemporain, citant des marques comme COS, Arket et Zara, ainsi que des griffes comme Aligne, Rixo, ME+EM et Rise & Fall, qui se positionnent de plus en plus comme des alternatives premium mais accessibles. C’est précisément dans cet interstice, entre mass-market et luxe, que se situe le nouveau relais de croissance. Pour Lucie Greene, le « moyen-haut est devenu le créneau porteur du moment. »
Parallèlement, Lucie Greene voit les premières opportunités réapparaître dans le luxe lui-même. Le secteur entre dans une période de réajustement. « Ce que je vois maintenant, c'est un véritable retour à la créativité », explique-t-elle, alors que les marques commencent à s'éloigner du statut, des logos et du prix comme seuls arguments.
Les consommateurs délaissent les tendances pour s'identifier aux marques
Plus largement, Lucie Greene estime que la manière dont les consommateurs choisissent la mode a fondamentalement changé. « On observe un véritable abandon des tendances », dit-elle. Plutôt que d'adopter des silhouettes saisonnières ou des esthétiques éphémères, les consommateurs s'identifient de plus en plus à des marques qui ont une intégrité, une philosophie claire et un produit de base solide. Les tendances, ajoute Lucie Greene, sont devenues synonymes d'accélération et d'excès, tandis que les marques qui « excellent dans un domaine précis » semblent plus pertinentes dans un climat de consommation plus critique.
Ce changement est particulièrement visible chez les millennials aisés, qui constituent désormais l'un des principaux groupes de consommateurs de la mode. Moins soucieux du statut traditionnel des marques, ils privilégient l'intégrité perçue : des matières de qualité, un design réfléchi et des produits conçus pour durer. « Acheter moins, mais acheter mieux », résume Lucie Greene.
Il y a bien quelques articles phares de la saison, comme les foulards que l'on voit partout, note-t-elle. « Mais ils conservent une qualité intemporelle, plus proche d'un basique que des anciennes tendances “in/out”. »
La valeur des matières : l'innovation textile comme nouvelle mesure de la qualité
Bien que la durabilité reste un sujet de discussion, Lucie Greene soutient qu'elle n'est plus un moteur principal pour les consommateurs. « Les consommateurs se soucient du fait que les produits soient fabriqués de manière responsable », dit-elle, « mais l'attention s'est vraiment déplacée vers la valeur des matières. » L'accent est désormais mis sur l'innovation textile, la performance et la qualité, en particulier pour les essentiels bien conçus.
La demande croissante pour la maille, et en particulier le cachemire – et sa présence accrue tant chez les marques de milieu de gamme que de prêt-à-porter – souligne ce changement. Lucie Greene cite également des marques comme Patagonia, Sweaty Betty, Arcteryx, Acronym et Vollebak, où l'innovation textile est le fondement de la crédibilité. Ici, la performance fonctionne comme une valeur fondamentale plutôt qu'un argument marketing, l'innovation matérielle étant intégrée au produit lui-même plutôt que communiquée par des messages sur la durabilité.
Pour l'avenir, Lucie Greene voit les tissus high-tech et biotech jouer un rôle de plus en plus important, notamment avec l'intérêt croissant pour le bien-être, les modes de vie outdoor et la performance. « Je pense que l'innovation vient de l'influence croissante des activités outdoor et de la fusion avec le sport, mais aussi de la tentative de créer des vêtements d'apparence formelle qui offrent un confort et une extensibilité supplémentaires. »
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Quand le retail se dissocie du commerce
Fondamentalement, ces changements ont également modifié la fonction du magasin. « Je ne pense plus que les gens vont dans les magasins pour acheter un produit », déclare Lucie Greene. Les boutiques fonctionnent moins comme des points de transaction que comme des lieux où l'on fait l'expérience directe des marques. Le retail physique est devenu un espace de découverte, d'éducation et d'immersion.
Aujourd'hui, les marques se positionnent de plus en plus comme des créateurs culturels et de lifestyle. Lucie Greene cite Aimé Leon Dore comme un exemple révélateur : une marque de mode qui étend son univers à travers un café et même une station de radio en streaming. Ces concepts hybrides, explique-t-elle, reflètent une approche plus fluide et multidisciplinaire du retail, où la mode croise la culture, le lifestyle et des catégories comme la maison. Ce changement est de plus en plus visible dans les médias et le retail de la mode, Women's Wear Daily ayant récemment nommé un rédacteur dédié à la maison, souligne-t-elle.
Autres signaux qui façonnent le paysage du PE27 :
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La seconde main continue de croître, mais Lucie Greene note l'émergence d'une attitude plus critique de la part des consommateurs. Les questions concernant l'impact de l'expédition, les marges des plateformes et les bénéficiaires finaux rendent le marché de la seconde main plus mature et moins idéalisé.
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Dans le domaine du commerce social, l'observatrice de tendances constate un changement dans les lieux de découverte et d'achat, malgré les efforts croissants des consommateurs pour passer moins de temps sur leur téléphone. « TikTok et YouTube gagnent du terrain, tandis que l'enthousiasme des consommateurs pour les plateformes appartenant à Meta, y compris Instagram, semble diminuer. »
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Enfin, l'observatrice de tendances aborde l'évolution des codes vestimentaires. Lucie Greene confirme que l'ère de domination du streetwear est révolue. « Nous sommes toujours dans un moment post-pandémique », dit-elle, notant que les consommateurs s'orientent vers un style plus élégant et décontracté qui équilibre confort et raffinement, façonné par le télétravail et des modes de vie plus flexibles.
EN BREF : Le PE27 ne lance pas un nouveau cycle de tendances, mais une recalibration de la valeur. Selon l’analyste Lucie Greene, l'industrie opère une mue profonde : le luxe cherche à retrouver sa pertinence après une ère d'instabilité, tandis que le segment premium s'impose comme le nouvel eldorado. Pour le consommateur, l'identité de marque prime désormais sur l'éphémère, portée par un retail physique transformé en sanctuaire d'immersion et de découverte.
Sources :
- Interview avec Lucie Greene, 28 janvier 2026.
- Des outils d'IA ont été utilisés pour la transcription de l'interview et l'aide à la rédaction.
Cet article a été traduit à l'aide d'un outil d'intelligence artificielle, puis vérifié et édité par un journaliste de FashionUnited.
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