Balibaris en redressement judiciaire : les questions restées sans réponse du « nouveau chapitre »
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L’annonce tranche avec le discours tenu quelques mois plus tôt. En juillet 2025, Balibaris, marque française de prêt-à-porter masculin fondée en 2010, annonçait l’entrée d’un family office français à son capital. L’opération était alors présentée comme l’ouverture d’un « nouveau chapitre », symbole d’un projet consolidé, prêt à accélérer son développement en France et à l’international.
Moins de six mois plus tard, le Tribunal des activités économiques de Paris ouvre une procédure de redressement judiciaire à l’encontre de la société, avec une cessation des paiements fixée au 24 décembre 2025.
Comment expliquer, en un laps de temps aussi court, le passage d’un renforcement capitalistique à une procédure collective ? La réponse se trouve moins dans un retournement brutal que dans une lecture attentive de la chronologie, des mouvements de gouvernance et des interrogations entourant l’opération de l’été 2025.
L'illusion de l'expansion : une stabilisation tardive plutôt qu'un rebond
Les publications légales permettent de reconstituer les grandes étapes. En juillet 2025, Balibaris procède à plusieurs modifications de son comité stratégique. À cette date, le capital social s’élève à environ 365 000 euros. Aucun élément public ne permet alors de mesurer l’ampleur financière de l’entrée annoncée du family office, ni les engagements pris par les différentes parties.
La bascule intervient en août 2025. Une augmentation de capital est enregistrée, portant le capital social à 1,28 million d’euros. Dans le même temps, un changement majeur de gouvernance est acté : Paul Szczerba quitte la présidence de Balibaris, remplacé par BL Capital. Plusieurs membres du comité stratégique sortent également de l’organigramme.
Quatre mois plus tard, la cessation des paiements est constatée. Cette séquence rapide suggère moins une dynamique d’expansion qu’une tentative de stabilisation tardive dans un contexte financier déjà dégradé.
Un renforcement capitalistique aux modalités confidentielles
Si l’augmentation de capital d’août 2025 est formellement établie, ses modalités restent largement opaques. Les annonces légales ne permettent pas de savoir quels actionnaires ont souscrit à l’opération, si les associés historiques ont suivi ou été dilués, qui détient aujourd’hui la majorité du capital, ni si un pacte d’associés encadre la gouvernance et les engagements financiers.
De même, l’identité du family office présenté comme nouvel actionnaire n’a jamais été rendue publique. Si la société est parfaitement en droit de ne pas divulguer ses accords privés, aucun document accessible ne précise dès lors le rôle exact de cet investisseur, la durée de son engagement ou les conditions de son entrée au capital. Ces informations restées confidentielles limitent la visibilité sur la solidité réelle du soutien financier dont Balibaris disposait à l’été 2025.
BL Capital : un véhicule personnel du fondateur
Un élément éclaire toutefois la reconfiguration de la gouvernance. BL Capital, nommé président de Balibaris en août 2025, n’est pas un investisseur institutionnel ni un holding de reprise classique. Il s’agit d’une société à responsabilité limitée créée en avril 2025 et dirigée par Paul Szczerba lui-même.
BL Capital ne compte aucun salarié et exerce une activité déclarée dans la fabrication de vêtements de dessus. Le changement de présidence ne correspond donc pas à une prise de contrôle externe, mais à une réorganisation interne via un véhicule juridique distinct, permettant au fondateur de conserver la main sur la gouvernance tout en modifiant la structure formelle de direction.
Cette configuration soulève une question : le renforcement annoncé du capital s’est-il accompagné d’un véritable transfert de contrôle, ou s’est-il limité à une recomposition interne dans un contexte de tension croissante ?
Le redressement judiciaire comme outil de restructuration
L’ouverture du redressement judiciaire apparaît dès lors moins comme une rupture que comme la poursuite logique d’un processus engagé en amont. La procédure offre à Balibaris un cadre pour geler son passif, renégocier avec ses créanciers et adapter sa structure de coûts, tout en poursuivant son activité pendant la période d’observation fixée jusqu’à juillet 2026.
Dans un secteur du prêt-à-porter fragilisé par le ralentissement de la consommation, la hausse des coûts et le poids des réseaux physiques, le redressement judiciaire est devenu un outil de gestion fréquent, y compris pour des marques disposant d’une notoriété solide et d’une clientèle fidèle.
Une équation encore ouverte
Balibaris conserve des atouts commerciaux indéniables, qu'il s'agisse de son image de marque installée, de son réseau de boutiques dense ou de sa maîtrise reconnue de l'omnicanalité. Cependant, la procédure en cours met en lumière une interrogation plus structurelle et nous invite à nous demander si l'alignement entre ambition, gouvernance et moyens financiers était réellement assuré.
Faute d’informations publiques sur le pacte d’associés, la répartition actuelle du capital et le rôle exact du family office évoqué à l’été 2025, il reste difficile d’évaluer la profondeur réelle du soutien actionnarial dont bénéficie l’entreprise.
Le redressement judiciaire ouvre désormais une phase de clarification. Il dira si cette restructuration permettra de refonder un équilibre durable ou si elle ne fait que repousser une décision plus radicale. À ce stade, une chose est sûre : le « nouveau chapitre » annoncé en juillet dernier demeure, pour l’essentiel, encore à écrire.