Concurrence, recyclage, centres-villes : les priorités 2026 de l’Alliance du Commerce
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Mardi 3 février, l’Alliance du Commerce a réuni la profession pour présenter ses perspectives 2026. Face à la stagnation du marché de la mode, l’organisation* fixe trois priorités : réguler l’ultra fast fashion, réorganiser le recyclage textile et, à l’approche des municipales, faire de la reconquête des centres-villes un enjeu du débat électoral.
Le constat général est que le secteur n’est plus en croissance, mais fonctionne en mode survie : l’activité se maintient à peine (chiffre d’affaires en baisse de -0,02 %), plus de fermetures que d’ouvertures de commerces, des soldes et des outlets en perte d’efficacité, des centres commerciaux en difficulté, des centres-villes en déclin structurel (la vacance a été multipliée par deux en quinze ans) et une pression massive sur les prix (c’est le mass market qui tire la croissance).
Pour les enseignes, la pression vient aussi de l’intérieur : charges d’exploitation élevées, dette héritée des crises successives, trésoreries fragilisées, augmentation des procédures judiciaires (redressements, liquidations).
Traduction : le modèle historique du retail mode milieu de gamme est structurellement mis à mal. Ce n’est pas conjoncturel. C’est une érosion lente qui s’installe. Dans ce contexte, quels sont les combats que va mener l’Alliance du Commerce en 2026 pour remédier au plus urgent.
Combat numéro un : endiguer la concurrence déloyale de l’ultra fast fashion
Pour les enseignes françaises, la priorité est claire : freiner l’essor des plateformes d’ultra fast fashion comme Shein et Temu, accusées de contourner les règles fiscales via l’envoi massif de petits colis, et de commercialiser des produits souvent non conformes aux standards européens.
Les contrôles menés par les autorités révèlent régulièrement des manquements, tandis que les sanctions actuelles sont jugées trop lentes et peu dissuasives.
L’Alliance du Commerce réclame une application rapide des mesures européennes, avec davantage de contrôles, de pénalités financières et la possibilité de déréférencer les acteurs fautifs.
Cependant, si ces garde-fous peuvent rééquilibrer les règles du jeu, ils laissent néanmoins ouverte la question de l’adéquation de l’offre des enseignes traditionnelles à un marché désormais tiré par l’ultra low cost.
Combat numéro deux : refonder la filière de recyclage textile
Bien que l’éco-contribution ait été multipliée par trois depuis 2019, la filière REP textile (Responsabilité Élargie du Producteur) peine à gagner en efficacité : la collecte progresse peu, tandis que les capacités de tri et de recyclage restent insuffisantes pour traiter les volumes existants. Les centres débordent, la seconde main s’accumule et les débouchés traditionnels à l’export se réduisent (notamment en Afrique qui préfère désormais consommer des articles neufs du made in China).
Faute d’infrastructures adaptées pour transformer localement ces textiles, le système s’essouffle. L’Alliance du Commerce plaide pour la construction d’une véritable industrie du recyclage de proximité, économiquement soutenable pour les acteurs. Ce, sans alourdir davantage les coûts d’exploitation.
Là aussi, la solution proposée par l’Alliance du Commerce relève du secteur public : la refonte de la filière implique des choix réglementaires et des investissements structurants qui dépassent les capacités des seules enseignes.
Combat numéro trois : restaurer l’attractivité commerciale des centres-villes
Baisse de la fréquentation, progression de la vacance commerciale, recul de l’activité commerciale, concurrence de l’e-commerce et des zones commerciales périphériques plus accessibles en voiture, les centres-villes perdent progressivement leurs flux de clients. Cette situation fragilise l’équilibre économique de nombreux commerces. Les enseignes estiment ne pas pouvoir agir seules. À l’approche des municipales (mars 2026), l’Alliance du Commerce appelle les élus locaux à construire des politiques urbaines plus favorables au commerce de détail, en travaillant sur l’accessibilité, le stationnement, la sécurité et la qualité de l’espace public.
Ces préoccupations sont présentées comme des conditions essentielles pour ramener des flux et préserver la vitalité économique des centres-villes. Là encore, le pouvoir des politiques est questionné.
- L’Alliance du Commerce réunit l’Union du grand commerce de centre-ville (UCV), la Fédération des enseignes de l’habillement (FEH)et la Fédération des enseignes de la chaussure (FEC). Elle représente 16 000 magasins, soit 150 000 salariés.