Déconfinement : les enseignes de vêtements dans les starting-blocks

Paris - Un « protocole sanitaire » risquant de créer angoisse et frustration pour les vendeuses et les clientes, des stocks à écouler à tout prix pour renflouer la trésorerie, une reprise de la consommation aux contours encore flous : les magasins de vêtements qui vont rouvrir lundi font face à de gros enjeux.

« On a hâte mais également un peu d'appréhension, car tout est nouveau, sans le côté "détendu" de d'habitude et avec peut-être une queue dehors qui va engendrer de la frustration chez nos clientes », explique à l'AFP Caroline Baldy, de l'enseigne parisienne de prêt-à-porter féminin Mademoiselle Jeanne.

Elle a prévenu depuis quelques jours ses clientes sur Instagram des mesures sanitaires mises en place pour la réouverture : port du masque, accès limité aux deux boutiques du Marais et de Bastille, mise à disposition de gel hydroalcoolique, désinfection régulière des cabines et terminaux de paiement, mise en « quarantaine » des vêtements essayés pendant au moins trois heures...

« On a pioché ces préconisations un peu partout », détaille la jeune femme. L'une d'entre elles notamment, provenant de la Fédération nationale de l'habillement (FNH), « a été une surprise » : ainsi, « il vaut mieux encourager la cliente à essayer le produit en magasin plutôt qu'elle ne l'emmène chez elle et ne revienne en boutique car il ne lui convient pas, avec le risque qu'il soit infecté ».

Redémarrage « faible »

Autre mesure, trouvée auprès d'un pneumologue : « si les clientes se désinfectent les mains à l'entrée avec du gel hydroalcoolique, elles pourront toucher les produits car à 95 pour cent, ils ne seront pas souillés ensuite  », souligne Mme Baldy.

Sur la dizaine d'employés, un seul a émis des réserves pour revenir travailler lundi, ajoute-t-elle, se disant « très contente » de retrouver le « contact » avec sa clientèle. « Même si le "e-shop" a permis d'écouler quelques pièces, ça ne remplace par la vente en boutique. »

Avec des stocks estimés à 2,5 milliards d'euros par la FNH, le secteur, qui compte plus de 30.000 entreprises, 100.000 emplois directs et dégage 12 milliards de chiffre d'affaires annuel, a un besoin urgent de se refaire une trésorerie et de vendre robes, maillots et sandales, qui n'ont pas trouvé preneurs à cause du confinement. Or, « si l'on se fonde sur les études comportementales des consommateurs, le redémarrage se fera de manière faible (...) et graduelle », s'alarme Eric Mertz, le président de la FNH, cité dans un communiqué.

La Fédération estime avoir déjà perdu 40 pour cent de son chiffre d'affaires annuel de 2020 : « la bataille des promotions va inexorablement nous traîner vers l'abime et la faillite », estime encore M. Mertz, pour qui le report des soldes d'été est plus que nécessaire.

« accidents de parcours »

Si « tout le monde » se prépare théoriquement à rouvrir le 11 mai, un autre sujet se pose en terme d'organisation selon les « profils » des commerçants, explique à l'AFP Emmanuel Le Roch, délégué général de la Fédération du commerce spécialisée Procos, qui représente plus de 300 enseignes.

Il y a ceux « qui ont anticipé en envoyant sur place des équipes pour réapprovisionner le magasin, et ceux qui sont dans une optique plus prudente et qui vont réaménager le magasin plutôt à partir du 11 mai, et donc n'ouvrir véritablement que dans les jours qui suivent ».

Quant aux centres commerciaux de plus de 40.000 mètres carrés, dont la réouverture était incertaine, le gouvernement a annoncé jeudi après-midi qu'ils "pourraient rouvrir" le 11 mai « en accord avec les préfets, sauf en Ile-de-France » en raison de risques sanitaires persistants.

Dans la foulée, le comité Champs Elysées a annoncé que plus de la moitié des commerces de la prestigieuse avenue parisienne ouvriraient lundi, « dans le respect des mesures sanitaires ».

Enfin selon M. Roch, il persiste « une vraie inconnue très très forte, c'est la disponibilité des salariés » ayant des enfants scolarisés, qui est conditionnée par la parution de la carte des départements rouges et verts faite jeudi après-midi. D'où la probable nécessité pendant les deux à trois premières semaines de « réduire les plages horaires d'ouverture », avec des « accidents de parcours » possibles, comme des fermetures plus tôt « car il n'y aura pas les effectifs pour tenir toute la journée ».(AFP)

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Crédit : Kookai

 

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