Distributeurs français : vers un sourcing plus responsable ?

Première Vision n’est pas seulement le leader des salons de tissus européens. C’est aussi un lieu de réflexion et d’échanges sur le marché de la mode mondiale. En 2016, Première Vision et l’Institut Français de la Mode (Ifm) se sont associés pour créer une chaire de recherche sur l’économie de la mode et l’évolution conjoncturelle de son industrie.

C’est dans ce cadre que Gildas Minvielle, le responsable de l’Observatoire de l’Ifm, a livré au premier jour du salon, les résultats d’une enquête sur l’évolution du sourcing en France. Réalisée fin 2018 auprès de cent distributeurs français de mode de tous niveaux de gamme, cette enquête révèle une montée en puissance du paramètre « éthique » dans les stratégies d’approvisionnement. Tout en continuant à privilégier l’Asie et les pays à bas coûts, les distributeurs prennent aujourd’hui davantage en compte la Responsabilité sociale et environnementale (Rse) dans leurs choix de pays de confection.

Pour preuve, la bonne résistance du sourcing de proximité (Europe de l’Ouest, Pays de l’Est, zone Euromed, Turquie en tête) : 15 pour cent des importations françaises de mode proviennent des pays méditerranéens, 17 pour cent de l’Europe de l’Ouest et 4 pour cent de l’Europe de l’Est. Or, « sourcer en zone proche est une composante importante du développement durable. Cela induit moins de transport, de pollution, d’émissions de gaz à effet de serre », souligne Gildas Minvielle.

Bonne résistance du sourcing de proximité

Mieux encore du point de vue du développement durable, lorsque l'on demande aux distributeurs quels seront leurs arbitrages en 2019, 32 pour cent d’entre eux indiquent vouloir faire baisser leurs approvisionnements en provenance de Chine, tandis qu’ils sont 26 pour cent à vouloir freiner les arrivages du Bangladesh. A contrario, ils sont 52 pour cent à souhaiter renforcer leurs achats de mode en Turquie, 35 pour cent au Maroc et 34 pour cent en Tunisie.

En Europe, le Portugal est un pays de confection qui a le vent en poupe. Plus des deux tiers du panel interrogé sourcent déjà dans ce pays et 43 pour cent veulent y augmenter leurs achats de mode. Quant à la French Touch, elle fait des émules : 26 pour cent des distributeurs ont déclaré à l’Ifm avoir relocalisé une partie de leur production en France, et 15 pour cent indiquent y songer…

Autre facteur positif, le court terme, soit les commandes en cours de saison, qui représentent aujourd’hui un petit quart des achats. Cette proportion devrait augmenter en 2019. Qui dit court terme, dit fast fashion, dit zone de proximité. « Dans le court terme, les donneurs d’ordres ont par ailleurs le plus souvent le contrôle de la matière première, du tissu, qu’ils achètent en direct. Cela garantit une meilleure traçabilité, et limite au passage le risque lié aux invendus », fait observer Gildas Minvielle.

Les commandes de court terme représentent un quart des approvisionnements

Enfin, l’Ifm a demandé aux distributeurs de mode dans quels domaines ils avaient modifié leur stratégie en 2018. Ils sont 21 pour cent à avoir progressé dans leur approche du développement durable. Ils ont notamment privilégié des sujets comme le choix des pays de confection respectant les droits de l’homme et du travail, l’environnement, le choix de tissus éco-responsables. « Les acteurs de la mode ont intégré cet enjeu, mais la route est encore longue car il y a beaucoup d’autres défis importants, à commencer par le digital, dans un contexte conjoncturel difficile » conclu l’analyste.

Photo: Première Vision

 

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