À Paris, les salons Run, Man et Splash révèlent trois visions d'une mode plus responsable

Salons|Compte Rendu
Kentroy Yearwood, Run Credits: Kate Harrison
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Paris Fashion Week juin 2026 : c'est sous plus de quarante degrés que se sont déroulés les salons dédiés à la mode masculine, Run et Man, et au resort wear, Splash. L'occasion de s'intéresser à trois marques qui intègrent les enjeux environnementaux à leur processus de fabrication : Kentroy Yearwood, Vetra et Alicia Swim.

Run : Kentroy Yearwood ou le concept de « damage management »

Run, Kentroy Yearwood Credits: Kim Weber

Kentroy Yearwood estime que la nature survivra à l'humanité et que le véritable enjeu est de préserver notre civilisation. C’est pourquoi, selon lui, la mode doit chercher à réduire les dommages causés à l'environnement.

Il avoue ressentir une forme de culpabilité à travailler dans une industrie particulièrement polluante, ce qui l'a conduit à repenser entièrement son approche de la création.

Par principe, il considère les déchets comme une ressource et offre une nouvelle vie aux matériaux récupérés (laine, bois, silicone, etc.). Autant que possible, il limite la création de nouvelles matières (dead stocks) et réalise ses propres teintures à partir de pigments naturels (cochenille, camomille, charbon) dans son atelier, à Amsterdam.

Cependant, il reconnaît la limite du process. « Le recyclage est utile, mais il peut lui-même générer d'autres impacts environnementaux s'il n'est pas pensé dans une approche globale », indique Kentroy Yearwood à FashionUnited.

Vetra : la durabilité commence par la pérennité d'un outil industriel

Vetra, Man Credits: Vetra

À l’origine spécialisée dans le vêtement de travail (le nom est d'ailleurs la contraction de vêtement de travail), Vetra est aujourd’hui distribuée dans des concept stores et des boutiques recherchant des pièces fabriquées en France, inspirées du vestiaire ouvrier et porteuses d'une histoire industrielle.

L’Histoire (avec un grand H) commence en 1940, alors que l'usine fabrique pour les armées française et britannique. L’arrière-grand-père de cette entreprise familiale refuse de produire pour les nazis. Il sabote son usine avant de prendre la route de l'exode, n’emportant avec lui que deux machines onéreuses. La famille s'installe ensuite au Lude, près du Mans, où la marque est toujours implantée.

« Dans les années 2000, alors que tout le monde délocalisait, notre famille a décidé de rester en France, explique Richard Beerens, quatrième génération de l’entreprise française Vetra. Nous n'avons jamais cessé d'avoir notre atelier, nos ouvrières et notre savoir-faire en France. »

Family tree Vetra Credits: F. Julienne

Résultat : une trentaine de salariés, une fabrication intégrée autour de matières naturelles (coton biologique et lin sourcés en Asie « faute de volumes suffisants »), un tissage effectué à 40 % en France, 60 % en Europe, des teintures réalisées à proximité avec des procédés à base de matières naturelles (absence de produits chimiques de synthèse.). La coupe, confection, finitions et expéditions sont réalisées dans l'atelier. Le tout dans une logique de circuits de fournisseurs historiques.

Vetra ne produit quasiment pas pour des tiers et réserve sa capacité de production à sa propre marque, n'acceptant que de très rares collaborations. En 2027, l’entreprise fêtera ses cent ans.

Alicia Swim : supprimer le plastique, jusque dans les accessoires

Alicia Swim, Splash Credits: F. Julienne

À l’heure où le beachwear est particulièrement concerné par l’utilisation des matières synthétiques. Alicia Zanier, créatrice de la marque mauricienne Alicia Swim, explique à FashionUnited fabriquer son vestiaire en lin et ses maillots de bain à base d’Econyl, un nylon recyclé obtenu à partir de déchets tels que des filets de pêche, puis régénéré.

Les tissus sont produits et imprimés en Italie (teintures d'origine végétale) et les articles confectionnés à l'île Maurice. Par ailleurs, la marque cherche à supprimer le plastique des accessoires en utilisant du coco ou du maïs qui, contrairement au métal, ne brûlent pas la peau sous l’effet du soleil.

La créatrice a également développé une ligne de soins, distribuée dans les hôtels Zanier, à base d’ingrédients naturels.

Référencée au Bon Marché depuis 2026, la fondatrice indique que les ventes ont été suffisamment bonnes pour que le grand magasin lui propose un espace plus important l'année suivante.

Alicia Zanier pour Alicia Swim Credits: F. Julienne
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