Tranoï : focus sur trois marques qui font de l’économie de ressources un moteur de créativité
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Philip Karto, Subwae, RAGattack : ces trois marques, repérées à l’occasion du salon Tranoï qui s’est déroulé pendant la Fashion Week Paris octobre 2026, partagent la même volonté de transformer l’existant plutôt que de produire à partir de matières neuves.
10 % de croissance versus octobre 2025 en termes de visiteurs et acheteurs, + 8 % versus mars 2026 visiteurs et 19 % acheteurs, 65 % de visiteurs étrangers, voici les premiers résultats communiqués par l’équipe organisatrice du salon Tranoï (GL events).
Lors de son reportage, FashionUnited s’est penché sur trois marques – Philip Karto, Subwae, RAGattack – dont le modèle économique repose sur le réemploi de matières existantes. Mais pas que : à cela ils ont ajouté la désirabilité qui manque parfois à ce genre d’entreprises.
Philip Karto : à la croisée de l'upcycling, du street art et du luxe de collection
Philip Karto a travaillé avec Kulte, Christian Audigier ou Faith Connexion avant de lancer, en 2018, un modèle économique basé sur le rachat, la réparation/rénovation et la customisation d’anciens sacs Hermès ou Louis Vuitton, en toile monogramme, parce que plus résistante que la matière cuir.
Après les avoir chinés et authentifiés, l’atelier Philip Karto les démonte, nettoie, répare, reconstruit. Jusque-là, il fait écho à cette nouvelle dynamique autour de l’art de refaire, illustrée par notre sujet « Maroquinerie : Et si la réparation devenait un nouveau moteur de croissance pour la mode ? ».
Mais là où il va plus loin, c’est dans la proposition artistique. Les dessins sont réalisés à la main, directement sur la surface des sacs vintage. Inspiré par le pop art, il écrit LOVE, ART, dessine, fait des dégradés de couleurs, s’amuse avec le monogramme, etc.
Là où la tendance printemps-été 2027 va vers des produits iconiques et colorés, Philip Karto mixe mode durable avec fantaisie créatrice.
Subwae : de la fripe à l’essor de la création contemporaine africaine
La marque ghanéenne Subwae était présente au rez-de-chaussée du Palais Brongniart où se déroule Tranoï. Elle était venue accompagnée par CANEX (Creative Africa Nexus), une initiative portée par Afreximbank, la banque africaine d’import-export, qui booste le développement des industries créatives africaines.
Canex est connue pour toujours apporter des griffes qui conjuguent artisanat local et développement international. Mais là où Subwae trace sa propre route, c’est qu’en plus de privilégier les dead stocks, il se fournit dans les monceaux de vêtements de seconde main du marché de Kantamanto, à Accra, capitale du Ghana.
Des articles que les pays riches exportent vers l’Afrique, qui ne trouvent pas toujours preneur et dont l’afflux freine le développement de la création locale.
Il découd les vêtements, puis réassemble les morceaux de tissus pour en faire, par exemple, des chemises patchworks.
Et là où il va encore plus loin, c’est qu’il prend à contre-pied les images auxquelles on associe trop souvent le Ghana (les montagnes de vêtements usagés, les plages polluées) pour offrir une nouvelle esthétique à son pays : celle de la créativité.
RAGattack : des accessoires fabriqués à partir de rideaux des années 70
Pour Rikke Sofie Hilbert, originaire de Copenhague et ancienne responsable d’une boutique vintage, pas question d’utiliser des tissus neufs. Elle a conservé des rideaux typiques de ces années-là : imprimés géométriques, couleurs vives et contrastées (dominantes orange, marron, jaune moutarde, vert gazon) ou fleurs psychédéliques.
Et les a découpés pour en faire des bobs, des képis, des casquettes, mais aussi des étuis à lunettes, des sacs ou des pochettes dont la solarité s’inscrit pleinement dans cet espace du salon dédié aux collections summer vibes, comprenez resort.
Elle n'envisage pas de faire reproduire les tissus. Lorsque ses réserves seront épuisées, elle préfère trouver d'autres ressources économiques plutôt que d’épuiser celles de la planète.
« De nos créations les plus importantes aux plus petits accessoires, comme les cotons démaquillants réutilisables fabriqués à partir de chutes de tissus, chaque pièce participe à notre ambition de rendre la mode plus réfléchie grâce à l’upcycling », tel est le mindset de RAGattack pour ne rien gaspiller et faire de chaque morceau de tissu une ressource créative.