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Didier Grumbach quitte la Fédération française de la Couture

2 juil. 2014

Fashion

C’est une grande page de la mode parisienne qui se tourne. Dans un sobre communiqué, la Fédération française de la Couture, du Prêt-à-Porter des Couturiers et des Créateurs de Mode a annoncé la décision de Didier Grumbach de ne pas solliciter le renouvellement de son mandat de Président de la Fédération.



Didier Grumbach présidait depuis 1998 la « fédé », c’est-à-dire la Fédération française de la couture, du prêt-à-porter des couturiers et des créateurs de mode : une institution dont le prestige est immense et dont l’autorité est crainte par tous les professionnels de la mode.

La « fédé » établit le calendrier des défilés parisiens de prêt à porter féminin et masculin, en précise les dates, accrédite les journalistes, et accueille en son sein les « maisons » qui auront l’honneur de faire partie du sérail. L'influence de la fédération est mondiale et Didier Grumbach y a contribué pour une large part.

Cerf Mendès-France, le grand père de Didier Grumbach, était confectionneur à Paris. C’était aussi un homme d’affaires avisé et sa société, fondée en 1902, et simplement baptisée de son nom, s’enorgueillit d’une longue prospérité. Sa renommée s’est d’ailleurs prolongée jusqu’à nos jours.Cette importante société de confection, Didier Grumbach en prit les rênes en 1961 et y gagna au passage, une connaissance profonde de la profession. Tandis que les industriels et les artistes se lançaient leurs mépris mutuel à la figure, il comprit – et il fut peut être le premier – les enjeux commerciaux, les nécessités économiques et en contrepoint les impératifs singuliers en matière de création artistique qu’exigerait bientôt cette autre invention toute fraiche : le prêt à porter.

Dans un premier temps, la société de confection C Mendes se spécialisa dans le prêt-à-porter de la haute couture et géra les licences au niveau mondial de Lanvin, Philippe Venet, Jean Patou, Guy Laroche, Emanuel Ungaro. Mais Didier Grumbach ne voulut pas s’en contenter et devint en 1966 co-fondateur associé et co-gérant, à parts égales avec Yves Saint Laurent et Pierre Bergé de Saint-Laurent Rive Gauche.

Il repéra ensuite une jeune femme de 33 ans qui s’illustrait alors au sein de l’agence de style Mafia. Il l’engagea afin de créer une nouvelle société : Créateurs et Industriels. Cette jeune femme, c’était Andrée Putman, fille de banquier du Vie arrondissement parisien, et qui préféra à la vie d’ascèse que lui promettait sa frémissante carrière de pianiste virtuose, le tumulte de la presse féminine en devenant coursier pour la revue Femina, puis styliste photo (ce métier prestigieux s’appelait à l’époque : styliste de plateaux) avant de prendre la direction artistique de monoprix. Avec cette agence, Didier Grumbach et Andrée Putman inventèrent une nouvelle expression et un nouveau métier: « le créateur de mode » qui ne sera plus le couturier du temps jadis mais le styliste tel que nous le connaissons aujourd’hui.

« Créateurs et Industriels » fut en réalité le premier concept-store ; il se dressa fièrement dans un immeuble de 800m2 rue de rennes pendant 5 années avant d’être vendu. 5 années, c’est une courte vie, même dans le commerce, mais ces 5 années furent denses et fécondes puisque de merveilleux créateurs, tels que Issey Miyake, Jean-Charles de Castelbajac, Michel Klein, Thierry Mugler ou encore – parmi beaucoup d’autres – Jean Paul Gaultier, y présentèrent leurs premières collections. Après cette vente, Didier Grumbach ne resta pas sans projet puisqu’il céda ses participations dans C. Mendès, devint président et associé de Thierry Mugler, développa aux USA les collections de Yves Saint Laurent Rive-Gauche, de Valentino Boutique, de Chanel Boutique et fut également président de Yves Saint Laurent, Inc

Si ces hauts faits d’armes ne suffisaient pas à éclairer le professionnel, nous pourrions également indiquer que Didier Grumbach inaugura deux usines de prêt à porter : la première à Chalonnes-sur-Loire, en 1967, et la deuxième en 1968, à Angers : cette deuxième usine existe toujours : elle appartient à Gucci Group et se consacre encore aujourd’hui à Yves Saint Laurent. Ajoutons pour clôturer cette esquisse de portrait que Didier Grumbach est issu d’une famille de grand bourgeois – son oncle maternel fut l’illustre Pierre Mendes France – et qu’il est un parfait gentleman. Il cède volontiers sa place sur les défilés à la malheureuse rédactrice qui arrive en retard et vous salue très courtoisement si son regard a déjà croisé le vôtre au moins une fois. Dans l’épineux conflit qui opposa Paris et New York sur la question sensible des dates de fashion week, Didier Grumbach ne parla pas de deal informel mais de « gentlemen’s agreement » ce qui vous pose une conversation.

Ralph Toledano nommé President de la Fédération Française de la Couture

L’Assemblée Générale de la Fédération s’est réuni ce 1er juillet pour prendre acte de cette démission. Elle a rendu un hommage unanime à la personnalité et à l’action de Didier Grumbach, s’est félicitée du bilan de la politique qu’il a menée durant 16 ans à la tête de la Fédération et a décidé de le nommer Président d’Honneur.

Le communiqué détaille les stratégies que Didier Grumbach développât au cours de ses mandats successifs : tout d’abord l’internationalisation du calendriers des collections qui a incontestablement renforçé le rôle de Paris comme capitale de l’industrie de la mode, mais aussi le renforcement de l’appellation Haute Couture ainsi que son ouverture aux marques nouvelles (chaque saison, la semaine des défilés Haute Couture acceuille des maisons invitées comme par exemple en juillet prochain, Fred Sathal, Stéphanie Coudert, On Aura Tout Vu, Bouchra Jarrar ou encore Dice Kayek). Le communiqué souligne aussi le développement d’actions et d’outils d’aide et de soutien aux marques émergentes (il faut par exemple citer l’opération Designers Appartement qui a permis à des designers comme Christine Phung de rencontrer des acheteurs de premier rang) et enfin la prise en compte de la formation au travers de l’école de la Chambre Syndicale de la Couture Parisienne et de l’IFM comme axe fondamental de la politique professionnelle.

L’Assemblée a élu à la Présidence de la Fédération Ralph Toledano, Président de la Division Mode du groupe Puig. M. Toledano était membre du comité exécutif de la Fédération. L’assemblé a également décidé de créer un poste de Président Exécutif qui sera confié à Stéphane Wargnier. L’Assemblée a également procédé au renouvellement de son Conseil de Direction qui est désormais composé de : Bruno Pavlovsky (Chanel), Daniel Tribouillard (Léonard), Etienne Bourgois (Agnès b.), Geoffroy le Bourdonnaye (Chloé), Giovanni Pungetti (Maison Martin Margiela), Guillaume de Seynes (Hermès), Isabel Ribeiro (Paul Smith), Isabelle Guichot (Balenciaga), Jean-Marc Loubier (Sonia Rykiel), Martin Mabile (Alexis Mabille), Michèle Huiban (Lanvin), Pierre-Yves Roussel (Kenzo), Ralph Toledano (Président de la Division Mode du groupe Puig), Sophie Duruflé (Isabel Marant), Tempe Brickhill (Issey Miyake), Vincent Vantomme (Dries Van Noten).

Photo: Didier Grumbach (à droite) en compagnie de Michelle Montagne et de Philippe Fort. Photo Hervé Dewintre.