ECSCP : la parole est aux professeurs (III)

Alors que la prestigieuse Parsons School de New York vient d’ouvrir ses portes à Paris, la capitale compte plus que jamais d’écoles de mode. L’occasion de donner la parole à leurs professeurs qui sont pour la plupart des designers

et professionnels ayant une véritable activité au cœur de l’industrie de la mode. Cinq portraits originaux pour cinq établissements !

AprèsECSCP : la parole est aux professeurs (III) Esmod Paris et Mod’Art International, FashionUnited fait un arrêt obligé à l’Ecole de la Chambre Syndicale de la Couture Parisienne (ECSCP) créée en 1927. Ici ce sont les présidents et les directeurs des ressources humaines des maisons de luxe (Balenciaga, Céline, Chanel, Chloé, Hermès, Louis Vuitton…) rassemblées dans le « Cercle Saint-Roch », présidé par Sydney Toledano, qui ratifient les orientations de l’école. Le nec plus ultra en quelque sorte. Nous y avons retenu le cours de Gianfranco Scotti consacré au « moulage créatif ». Formé en Italie, c’est en 1996 qu’il décide de venir à Paris. Depuis, il y a installé son propre bureau d’étude, de création et de modélisme travaillant pour des maisons telles que Christian Dior, Carven ou Sonia Rykiel. En parallèle, il développe aussi sa marque éponyme vendue notamment aux Etats-Unis et en Chine. Rencontre !

FashionUnited : Comment êtes-vous arrivé à l’enseignement et quelle est votre fonction au sein de l’ECSCP ?
Gianfranco Scotti : C’est Céline Toledano (directrice des études du programme de 4e année) qui m’a remarqué en 2010 et qui m’a proposé d’intégrer l’école. Depuis, je suis en charge des classes de Master en 4e année (deux classes en 2013-2014) où j’enseigne en binôme avec Isabelle Béchet qui est la partie « Création/Style ». Pour ma part je m’occupe du volet « Création/Technique ». Ici, tout au long du cycle d’études, le style et la technique sont étroitement imbriqués afin de créer un profil d’étudiant particulier, poussé. Le niveau est assez difficile.

Est-ce important de valoriser la technique dans l’enseignement de la mode ?
Complétement ! On parle beaucoup de style dans les écoles de mode et le côté technique en pâti. A l’ECSCP nous voulons développer cette partie trop souvent dévalorisée. Il faut faire évoluer cela. Aujourd’hui, le profil de modéliste change et on demande aussi d’être créatif. Faire du moulage créatif c’est savoir développer en 3D une proposition créative. C’est avoir cette capacité à travailler tout de suite en volume une partie du vêtement (taille, poignet, manche…). Ce n’est pas que jeter une toile en coton sur un Stockman, c’est aussi s’approprier une technique, créer ses propres outils personnels.

Ce profil technique est-il toujours d’actualité eu cœur de l’industrie de la mode ?
Plus que jamais ! Du prêt-à-porter entrée de gamme jusqu’au haut de gamme, toutes les entreprises, peu importe la branche, en ont besoin. Pour un étudiant, c’est une façon plus rapide d’affirmer une idée. La recherche iconographique est importante mais savoir travailler en 3D est un profil de plus en plus recherché. Pour un étudiant c’est une vraie valeur ajoutée car les changements au sein des métiers de la mode sont de plus en plus fréquents et rapides. Il m’importe donc d’aborder en cours toutes les facettes du métier, de les préparer à l’entreprise.

Justement, est-ce important d’être en lien avec l’industrie de la mode quand on enseigne ?
Oui, car enseigner c’est un vrai échange. Bien sûr, je représente l’autorité, un pilier, je suis là pour partager mon expérience, mon savoir-faire, la dureté du métier. Mais je le fais sans excès et avec humilité. De leur côté, ils ont un regard pertinent et pointu et j’apprends aussi beaucoup de leur vision des choses. Cet échange c’est aussi le reflet du travail dans une équipe au sein d’un studio de mode. Il faut savoir s’adapter pour travailler en équipe, il faut entendre et ne pas déranger les autres. C’est un équilibre qui fait aussi partie du travail d’enseignant.

Que pensez-vous des écoles de mode aujourd’hui, en avez-vous fait une ?
J’ai été formé en Italie à l’Ecole des Beaux Arts puis je suis allé dans une école réputée professionnellement mais pas du tout internationale. Mais celle-ci a marqué ma carrière. Aujourd’hui, la mode est à la mode et les écoles de mode sont à la mode. Il y en a donc quantité mais la qualité ne suit pas forcément. Il y a notamment tout une génération anglo-saxonne qui s’est concentrée sur une formation basée sur le design en oubliant le plus important : la technique. Or, sur le marché, c’est de plus en plus difficile de trouver de bons modélistes qui soient à la fois créatifs. Les écoles doivent prendre cela en considération. Il faut donner à l’étudiant plus que le côté glamour et le design et leur parler de la réalité, de se qui se passe aujourd’hui. La mode c’est un métier où l’on peut très vite se sentir perdu. Il faut faire découvrir à chaque étudiant son talent.

Céline Vautard

Photos : portrait de Gianfranco Scotti
Atelier et salle de classe à l’ ECSCP





 

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