ITW avec Hubert Barrère

"La mode a toujours fasciné les gens, c’est le miroir de notre société et en même temps celui des vanités, il ne faut pas être dupe," explique Hubert Barrère, créateur haute couture, styliste, corsetier, brodeur à Paris et co-auteur avec

Charles-Arthur Boyer du livre Le Corset (éditions Rouergue, 2011).

ITW avec Hubert Barrère Alors qu’il connaît aujourd’hui un nouvel apogée, le corset nous en dit long sur nos rapports au corps et à l’intime, ainsi que sur l’enjeu des apparences. À travers ses méandres de fils et de noeuds, de laçages, cette pièce intimement lié à l'univers magique de la haute couture se révèle riches de significations.
 
FashionUnited : Cette saison, on assiste au retour du corset sur les podiums haute couture  - vu cette semaine notamment chez Christophe Josse en version lingerie tout en dentelle et broderies de cristaux ou façon ossature qui reprend le squelette humain, lundi chez Iris Van Herpen ; à quoi peut-on attribuer cette renaissance et son côté indémodable ?
 
Hubert de Barrère : Pour moi n’y a pas de vrai retour du corset. On se pose souvent la question parce que le corset a l’air d’appartenir à d'autres époques mais finalement il est bien de notre époque, il n’est jamais sorti vraiment des podiums. Cependant, c’est vrai que cette saison, on voit Christophe Josse qui le met en scène, ou Armani, même Chanel a par moment étranglée la taille dans sa collection ; je dirais plutôt que c’est un retour à une féminité plus rayonnante.
 
FashionUnited : La couture a-t-elle évolué depuis la crise financière ? Est-ce qu'on peut parler d'une nouvelle dynamique ou de nouvelles exigences des consommatrices ou de l'industrie ?
 
HB : Oui, la crise financière a évidemment influé sur la mode et la couture en particulier cependant le volume d’affaire selon moi n’a pas vraiment changé dans les maisons qui affichent une véritable politique du luxe. Je m’explique : le luxe français selon moi, c’est une vraie qualité, une vraie créativité, un respect de l'excellence. Alors, est ce qu’on peut parler d’une nouvelle dynamique, de nouveaux besoins ? Les clientes abordent différemment aujourd’hui la haute couture ; Sans doute, par l’arrivée des nouvelles fortunes des pays dits émergents, Chine, Inde et Russie. Les chinoises et les indiennes par exemple sont très sensibles au savoir-faire qui est l’apanage de la haute-couture française.
 
FashionUnited : Le savoir-faire et l'artisanat revient sur le devant de la scène, et à juste titre. Quels fournisseurs ou façonniers français vous évoquent le plus grand respect ?

 
HB: Le savoir-faire et l’artisanat n’ont jamais quittés la scène, par contre on fait un focus dessus aujourd’hui parce qu’on s’aperçoit que – sans doute au regard de l'actualité mondiale –
les vraies valeurs sont à la mode. On est dans le vrai. Le savoir-faire ne s’invente pas, l’intelligence de la main est quelque chose de très important. Les brodeuses et les couturières sont celles qui m’évoquent le plus grand respect. C’est un travail qui peut ne jamais être fini, elles sont des Pénélope d’aujourd’hui.
 
FashionUnited : Quelle est votre position par rapport à l' " up cycling " et l'utilisation de fibres intelligentes, des matières plastiques ou celles qui sont issues des domaines en dehors de l'industrie textile ?
 

HB : L’utilisation de fibres intelligentes, de matières nouvelles, cela est formidable, voila une vraie dynamique. C'est bien là que l’innovation existe le plus dans la mode. Les nouveaux textiles influencent nos comportements, notre façon de paraître, de nous habiller. Nous allons sans doute devoir adapter certaines techniques pour coudre, assembler. Là il y a un vrai sujet en tout cas. C’est passionnant. On a un pied entre l’actualité et demain.C’est intéressant d’avoir un regard devant soi et non pas derrière.
 
Fashionunited : " Séduire son client" est-ce le premier objectif de la couture ou la voyez-vous plutôt comme de l'art, et donc loin de toute notion de créneau commercial ?
 

HB : Est-ce que cela voudrait dire que l’art ne se vend pas ? Je ne le pense pas. La couture, à la même enseigne, est orientée vers la pièce unique, le laboratoire d’idées, la création pure. Le « no limit » prime. Mais c’est quand même formidable quand ça se vend soit comme pièce d’art qu’on ne porte pas, soit comme vêtement à porter.
 
Fashionunited : Et enfin, pourquoi la Semaine de la Couture attire t-elle autant de monde ?
 
HB : C’est la fascination d’un univers qu’on peut éventuellement effleurer de l’œil en le regardant à la télévision ou dans les journaux. Cela flatte la beauté je l’espère, l'égo sans doute aussi. Au fond, ce qui est différent attire, se distingue; et la mode, et particulièrement la haute couture, a toujours affiché et revendiqué son droit à la différence.
 
Rédaction : Carly Jane Lock

Photos : Le Corset (éditions Rouergue), paru en avril dernier et un corset haute couture signé Hubert Barrère.
 

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