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La mode, raciste ?

11 sept. 2013

Le sujet revient souvent. Parfois avec la rapidité d’un coup de vent, d’autre fois avec le fracas d’ un coup de tonnerre. Quel sujet ? Le racisme dans la mode. Depuis la mésaventure arrivée en Suisse en juillet dernier à Oprah Winfrey,

 en Suisse, les langues se délient. Petit résumé pour ceux qui ont loupé l’affaire pour cause de vacances, la célèbre animatrice américaine de talkshows, dont la fortune a récemment été estimée à 2,8 milliards de dollars, avait déclaré le 5 aout dernier, au cours de l'émission de Larry King sur CBS, avoir été victime de racisme dans une boutique de luxe en Suisse. La star s'était rendue à Zurich pour assister au mariage de Tina Turner et en avait profité pour s’offrir une séance de shopping.

«J'ai dit à
cette femme: Je voudrais voir ce sac à main sur l'étagère, et elle m'a répondu: Non celui-ci est trop cher», explique l’animatrice afro-américaine. Trudie Götz, la propriétaire de la chaine suisse de boutique de luxe Trois Pommes où s’était déroulée cette scène avait aussitôt parlé de malentendus : «Ma vendeuse a voulu être trop gentille. Elle lui a expliqué qu'il s'agissait d'un sac à 35 000 francs suisses et qu'elle pouvait lui montrer des versions moins chères en autruche, en pur cuir et en velours». De son coté, Suisse Tourisme, l'organisme de promotion du tourisme en Suisse, a présenté ses excuses sur Twitter: «Cette vendeuse a eu un comportement déplacé. Nous sommes désolés».

Il n’empêche que le mal était fait et que le débat faisait le tour du globe : pour beaucoup, Oprah Winfrey en faisait trop avec une insolence toute américaine à propos d’un simple malentendu, tandis que pour d’autres, il s’agissait évidemment d’un cas de racisme ordinaire qui touche quoi qu’on en dise à tous les étages, l’industrie du luxe et de la mode. Ces derniers vont pouvoir ajouter de l’eau à leur moulin avec la sortie récente de la Diversity Coalition, une association fondée par Bethann Hardison, qui est une ancienne directrice d’une agence de mannequinat connue pour son militantisme anti-raciste. C’est une association importante qui peut compter sur des portes paroles de premier plan comme Iman et Naomi Campbel.


« Il y avait plus de mannequins noirs dans les années 70 qu’aujourd’hui »

Dans une lettre envoyée aux quatre fédérations organisatrices des fashion week les plus importantes de la planète : New York, Londres, Milan et Paris, la Diversity Coalifition a dressé, pour chacune de ses quatre villes, la liste des créateurs ne faisant défiler aucun mannequin de couleur pendant ses shows. Inutile de dire que la liste est importante. Pour enfoncer le clou, Iman a déclaré au cours de l’émission Good Mornig América où elle était invitée avec Naomi Campbell et Bethann Hardison, que qu’il y avait plus de mannequins noirs quand elle a commencé sa carrière dans les années 70 qu’aujourd’hui.

Parmi les quatre fédérations auxquelles la missive a été envoyée, deux ont déjà répondu. Le British Fashion Council tout d’abord, qui organise la fashion week de Londres. Le BFC a déclaré au Vogue Britannique que même si son rôle n’était pas d’organiser des castings de mannequin, néammoins, en tant qu’institution gouvernante il affirmait avec fermeté que tous les créateurs participants devraient reconnaître que Londres était une des villes les plus cosmopolites du monde et devraient penser à refléter cette donnée sur leurs défilés. Stephen Kolb, le directeur executif du Council of Fashion Designers of America (CFDA) qui organise la fashion week de New York a pris également la parole dans le WWD pour expliquer qu’il avait envoyé deux mails aux membres du CFDA encourageant la diversité.

Et du coté de Paris et de Milan ? Disons que les réponses n’annoncent pas une claire volonté de relayer l’appel de la Diversity Coalition. Didier Grumbach, le président de la fédération française de la couture juge cet appel peu raisonnable et rappelle que sur les quarante défilés qui auront lieu à Paris dans quelques jours, l’imaginaire de créateurs de 22 nationalités différentes sera déployé. Mario Boselli, le président de la Camera Nazionale della Moda Italiana, se contente quant à lui d’indiquer que les participants du programme milanais sont complétement libres de choisir qui ils veulent pour leurs défilés : « Camera Nazionale della Moda a déjà pris des mesures par le passé pour lutter contre les modèles qui sont trop jeunes ou trop minces sur les défilés, en pénalisant les entreprises qui ont commis une faute, mais il n'a jamais [délibéré] sur la couleur de peau."