Amazon dépasse les 3 000 milliards de dollars : et si Wall Street venait de répondre aux sceptiques de l'IA ?
Depuis près de deux ans, une même interrogation revient avec insistance sur les marchés financiers. Les multinationales américaines dépensent des milliards de dollars pour développer l'intelligence artificielle, mais quand ces investissements produiront-ils réellement des bénéfices ?
Les résultats publiés par Amazon la semaine dernière pourraient apporter un premier élément de réponse. Et Wall Street n'a pas tardé à trancher.
Lundi, le leader américain a franchi pour la première fois le seuil symbolique des 3 000 milliards de dollars de capitalisation boursière, rejoignant le cercle très fermé des cinq entreprises les plus valorisées au monde, derrière Nvidia, Apple, Microsoft et Alphabet. Depuis la publication de ses résultats trimestriels jeudi, son action s'est envolée de plus de 20 %, soit près de 500 milliards de dollars de capitalisation supplémentaire, précise l'AFP.
Cette envolée traduit un changement de perception des investisseurs sur la capacité des entreprises technologiques à transformer leurs investissements dans l'intelligence artificielle en croissance rentable.
Le véritable moteur s'appelle AWS
À première vue, les résultats d'Amazon paraissent solides. Mais c'est surtout un chiffre qui retient l'attention des marchés.
Au deuxième trimestre, Amazon Web Services (AWS), la division cloud du groupe, a enregistré une croissance de 37 % sur un an, contre 28 % au trimestre précédent. Il s'agit de son rythme de progression le plus élevé depuis près de cinq ans, selon les chiffres communiqués par le groupe.
Or AWS n'est plus seulement une activité d'hébergement informatique. C'est aujourd'hui la principale infrastructure sur laquelle les entreprises développent, entraînent et déploient leurs modèles d'intelligence artificielle. Autrement dit, les investissements consentis depuis plusieurs années commencent désormais à alimenter directement la croissance du groupe.
Ce qui rassure réellement Wall Street
Les investisseurs n'ont pourtant jamais contesté la pertinence de l'intelligence artificielle. Le véritable sujet concernait son coût.
Depuis deux ans, Amazon, Microsoft, Alphabet et Meta annoncent trimestre après trimestre des programmes d'investissements records pour construire de nouveaux centres de données, acheter des milliers de processeurs Nvidia et développer leurs propres infrastructures.
Ces dépenses, qui se chiffrent désormais en dizaines de milliards de dollars par an, alimentaient une inquiétude récurrente : les bénéfices seraient-ils durablement sacrifiés au profit d'une technologie dont les revenus restaient encore difficiles à mesurer ?
Amazon apporte une première démonstration du contraire. Malgré l'accélération de ses investissements dans l'IA, le groupe est parvenu à préserver ses marges, tout en accélérant la croissance de son activité cloud.
C'est précisément cette combinaison que les marchés attendaient. Comme le résume Giovanni Mazzariello, gérant de portefeuille chez UniCredit, les derniers résultats des grandes entreprises technologiques américaines « se sont révélés globalement rassurants ». Selon lui, Alphabet, Microsoft et Amazon ont non seulement confirmé leurs plans d'investissement dans l'IA, mais continuent également d'afficher une croissance soutenue de leurs activités cloud, une rentabilité en progression et un carnet de commandes en expansion, rapporte l'AFP.
Une réponse aux doutes, mais pas un blanc-seing
Ces résultats interviennent alors que plusieurs observateurs évoquent depuis plusieurs mois le risque d'une « bulle de l'IA ».
L'expression mérite toutefois d'être commentée. Contrairement à la bulle Internet des années 2000, les entreprises aujourd'hui au cœur de cette révolution ne reposent pas uniquement sur des promesses de croissance futures.
Amazon reste d'abord le leader mondial du commerce en ligne et l'un des premiers fournisseurs mondiaux de cloud. Microsoft tire toujours l'essentiel de ses profits de Windows, Office ou Azure. Alphabet continue de générer des dizaines de milliards de dollars grâce à son activité publicitaire. Quant à Meta, ses revenus proviennent toujours majoritairement de Facebook, Instagram et WhatsApp.
Autrement dit, les investissements consacrés à l'IA demeurent, pour la plupart, une extension de modèles économiques déjà extrêmement rentables. Les marchés ne sanctionnent évidemment pas l'IA en elle-même. Ils sanctionnent, comme bien souvent, l'absence de retour sur investissement lorsque celui-ci tarde à se matérialiser.
C'est ce qui explique d'ailleurs la réaction plus contrastée observée chez Meta. Malgré des résultats solides, le groupe de Mark Zuckerberg a été pénalisé par Wall Street, les investisseurs jugeant que la hausse des dépenses consacrées à l'IA pesait davantage sur sa rentabilité immédiate, rappelle l'AFP.
Une nouvelle lecture des valorisations technologiques
Au-delà du cas Amazon, ces résultats pourraient marquer un tournant plus large. Pendant plusieurs trimestres, les investisseurs réclamaient des preuves que les dépenses consacrées à l'intelligence artificielle produisaient autre chose qu'une promesse.
Les dernières publications commencent à fournir ces preuves. Le cloud accélère. Les carnets de commandes se remplissent. Les marges résistent. Et les groupes continuent d'investir.
Wall Street semble ainsi dire que ce ne sont plus les montants investis qui inquiètent, mais la capacité des entreprises à démontrer que ces investissements créent effectivement de la valeur. Et Amazon vient de montrer qu'il est possible de financer une course mondiale à l'intelligence artificielle sans sacrifier la rentabilité. Pour les marchés, qui redoutaient le trou noir financier de l'IA, c'est sans doute la démonstration la plus convaincante de cette saison de résultats.
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