Amer Sports : Salomon et Arc’teryx tirent désormais toute la croissance du groupe
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Le propriétaire de Salomon, Arc’teryx et Wilson signe un deuxième trimestre largement supérieur aux attentes et relève une nouvelle fois ses objectifs pour 2026. Derrière les 32 % de croissance du chiffre d’affaires, le groupe bénéficie surtout d’un changement de mix, d’une forte progression du direct-to-consumer et d’un développement spectaculaire en Asie.
Il y a quelques années encore, Amer Sports était surtout connu comme le propriétaire d'un portefeuille de marques sportives allant de Salomon à Wilson, en passant par Atomic et Peak Performance. Le groupe finlandais avait toutefois une faiblesse assez classique pour un équipementier de cette taille, celle d'un portefeuille où les marques n'affichaient pas toutes le même rythme de croissance ni le même niveau de rentabilité.
Les résultats du deuxième trimestre 2026 racontent une histoire différente. Amer Sports vient de publier 1,63 milliard de dollars de chiffre d'affaires trimestriel, en hausse de 32 % sur un an et de 30 % à taux de change constants. Les trois divisions ont progressé à deux chiffres, avec un avantage très net pour l'outdoor et l'habillement technique. Le groupe a par ailleurs relevé une nouvelle fois ses objectifs annuels, visant désormais environ 24 % de croissance du chiffre d'affaires en 2026.
Le marché avait anticipé environ 1,54 milliard de dollars de chiffre d'affaires et 0,10 dollar de bénéfice ajusté par action. Amer Sports a finalement publié 0,22 dollar de BPA ajusté, soit plus du double de l'estimation disponible avant publication.
Le plus intéressant n'est pourtant pas seulement l'écart entre les prévisions et les résultats. C'est ce que ces chiffres disent de la nouvelle économie du groupe.
Arc’teryx et Salomon restructurent le profil d’Amer Sports
La première lecture des résultats confirme la place prise par deux marques dans la trajectoire d'Amer Sports. Dans le segment Technical Apparel, qui comprend notamment Arc’teryx, le chiffre d'affaires atteint 674 millions de dollars, en progression de 32 %. La croissance comparable des magasins et du e-commerce atteint 17 %. La marge opérationnelle ajustée monte à 18,8 %, contre 14,1 % un an plus tôt.
La performance est particulièrement intéressante parce qu'elle ne repose pas uniquement sur l'ouverture de magasins. Amer Sports indique une croissance de 34 % du direct-to-consumer dans cette division et de 27 % du wholesale. Huit magasins Arc’teryx supplémentaires ont été ouverts au cours du trimestre.
Le groupe insiste également sur la progression du segment féminin, qui constitue désormais l'un des principaux relais de développement d'Arc’teryx. Les ventes femmes ont progressé plus rapidement que les autres catégories au deuxième trimestre, avec un élargissement des gammes et un travail sur le fit, les couleurs et les produits dédiés.
Arc’teryx conserve son ancrage technique tout en élargissant progressivement son marché potentiel. La marque semble ainsi chercher à sortir d'une clientèle de pratiquants experts sans renoncer au positionnement premium qui fait une partie de sa valeur. C'est aussi ce qui permet à Amer Sports d'augmenter à la fois ses volumes et la valeur de chaque relation client.
Le même changement d'échelle se retrouve chez Salomon. Le segment Outdoor Performance a réalisé 569 millions de dollars de ventes au deuxième trimestre, soit 37 % de croissance. La progression atteint 35 % à taux de change constants. La marge opérationnelle ajustée atteint 14,6 %, contre 6,6 % un an auparavant.
La dynamique est principalement portée par les produits Salomon, et notamment par les chaussures et les softgoods. Le direct-to-consumer progresse de 52 %, tandis que le wholesale gagne 25 %.
C'est un point essentiel pour comprendre la trajectoire d'Amer Sports. Salomon ne gagne plus seulement du terrain dans la course et l'outdoor. La marque élargit son territoire commercial, notamment dans le footwear lifestyle, avec une distribution progressivement étendue à des enseignes comme Foot Locker, JD Sports ou Nordstrom aux États-Unis.
Le groupe reste cependant volontairement sélectif. Son objectif n'est pas de multiplier les points de vente indistinctement, mais de développer des magasins dans des « epicenters » comme New York, Los Angeles, Miami, San Francisco, Paris ou Londres. En Chine, Salomon comptait 315 portes à la fin du trimestre et Amer Sports estime pouvoir porter ce réseau à terme à 400 à 500 points de vente.
Amer Sports est en train d'élargir les parts de marché de ses deux marques les plus dynamiques, sans leur appliquer pour autant les recettes classiques d'une expansion tous azimuts. Arc’teryx ouvre davantage de magasins, Salomon élargit sa distribution et toutes deux renforcent leur relation directe avec le consommateur. Mais le groupe continue de contrôler les circuits dans lesquels ses marques sont présentes et la manière dont elles y sont exposées.
Le résultat se lit aussi dans les marges. Chez Arc’teryx, la croissance de 32 % des ventes s'accompagne d'une marge opérationnelle ajustée portée à 18,8 %. Chez Outdoor Performance, elle passe de 6,6 % à 14,6 %. La croissance ne se traduit donc pas seulement par davantage de chiffre d'affaires. Elle commence aussi à produire davantage de résultat.
C'est sans doute ce qui rend ces deux marques particulièrement importantes pour la suite. Amer Sports dispose avec Arc’teryx et Salomon de deux enseignes capables de changer d'échelle tout en restant positionnées sur des segments où la technicité justifie encore des prix élevés.
Le troisième moteur est plus discret, mais il change le profil du groupe
Wilson apporte, quant à lui, une autre histoire. Le segment Ball & Racquet progresse de 24 % à 390 millions de dollars. La croissance est portée par le tennis, à la fois dans les raquettes et dans les vêtements. La division bénéficie notamment du lancement de la Blade v10 et du développement de l'offre Tennis 360. Le padel entre également dans les cinq principales sources de revenus du segment.
La marge opérationnelle ajustée atteint 17,2 %. Mais ce chiffre doit être lu avec prudence. Il bénéficie fortement des remboursements de droits de douane, qui représentent 970 points de base sur la marge du trimestre. Hors cet effet, l'amélioration reste réelle, mais beaucoup moins spectaculaire.
Wilson est donc moins flamboyant que Salomon ou Arc’teryx en termes de récit de marque. Mais sa croissance montre que le modèle d'Amer Sports ne dépend pas entièrement de l'engouement pour l'outdoor.
Le véritable changement se lit dans les canaux de distribution
Il existe un autre chiffre qui mérite presque autant d'attention que les 32 % de croissance du groupe. C’est celui du direct-to-consumer, qui a progressé de 40 % au deuxième trimestre et qui représente désormais environ 55 % du chiffre d'affaires d'Amer Sports, un record pour le groupe. Le wholesale progresse lui aussi fortement, à +24 %.
L’impact de ce changement est notable pour deux raisons. Tout d'abord parce qu'il donne à Amer Sports davantage de contrôle sur ses marques, ses prix et son expérience client. Ensuite parce que le DTC est mécaniquement plus intéressant lorsqu'une marque premium possède suffisamment de désirabilité pour générer du trafic sans devoir passer par une politique de promotions agressive.
Le modèle était déjà engagé avant 2026. Dans son rapport annuel, Amer Sports indiquait que le DTC représentait 49 % de son chiffre d'affaires en 2025, contre 30 % en 2022. Le groupe avait alors identifié le passage progressif du wholesale vers le DTC comme l'un des principaux leviers d'amélioration de sa rentabilité. Le deuxième trimestre montre que cette stratégie ne ralentit pas, au contraire, elle s'accélère.
L'Asie devient un moteur de croissance à part entière
La géographie est tout aussi révélatrice. Les ventes d'Amer Sports ont progressé de 60 % en Asie-Pacifique au deuxième trimestre et de 36 % en Chine. Les Amériques ont accéléré à +26 %, tandis que l'Europe, le Moyen-Orient et l'Afrique progressent de 20 %. L'Asie est devenue l'un des terrains privilégiés d'expansion des marques du groupe, et particulièrement de Salomon.
La Chine concentre notamment une partie importante des ouvertures de magasins Salomon et Wilson. Le groupe prévoit encore 45 ouvertures nettes Salomon en Chine sur l'ensemble de 2026, tout en cherchant à augmenter la taille et la productivité de ses magasins existants.
L’objectif d’Amer Sports semble alors être de vendre davantage de produits dans une région où la demande progresse rapidement, mais aussi de construire des réseaux de distribution capables de soutenir durablement la valeur de ses marques.
Les marges racontent une histoire plus intéressante que le chiffre d'affaires
Le chiffre d'affaires est conséquent, mais la marge mérite davantage d'attention. La marge brute ajustée atteint 65,8 %, contre 58,7 % un an auparavant. Une partie importante de cette amélioration vient toutefois d'un élément exceptionnel, les remboursements de droits de douane, qui ont apporté 390 points de base.
Amer Sports estime néanmoins que l'amélioration sous-jacente dépasse 300 points de base. Elle provient notamment du pricing, du mix produits, du mix géographique et de la progression du DTC, mais aussi de coûts de transport et de droits de douane plus favorables.
C'est là que le modèle devient particulièrement intéressant financièrement. Une marque comme Arc’teryx ou Salomon peut vendre davantage sans nécessairement augmenter ses coûts fixes au même rythme. Lorsque le volume augmente dans les magasins existants et que le mix se déplace vers le DTC, une partie supplémentaire du chiffre d'affaires tombe plus directement dans la marge.
Le résultat est visible dans le bénéfice opérationnel ajusté, qui atteint 208 millions de dollars, en hausse de 209 %. La marge opérationnelle ajustée passe de 5,5 % à 12,8 %. Même en neutralisant l'effet des remboursements tarifaires, Amer Sports estime que la marge s'est améliorée de plus de trois points.
Le groupe est donc en train de faire quelque chose de plus difficile qu'accroître ses ventes. Il commence à transformer sa croissance en rentabilité.
Amer Sports relève encore ses objectifs
C'est logiquement sur les perspectives que le marché regardera désormais le groupe. Amer Sports table pour 2026 sur une croissance du chiffre d'affaires d'environ 24 %, contre une précédente fourchette de 20 à 22 %. La croissance attendue est désormais de 25 à 26 % pour Technical Apparel, de 27 à 28 % pour Outdoor Performance et d'environ 14 % pour Ball & Racquet.
Le groupe relève également sa prévision de marge opérationnelle ajustée à 14,2-14,5 %, contre 13,4-13,7 % précédemment, et son objectif de BPA ajusté à 1,27-1,30 dollar, contre 1,18-1,23 dollar.
La comparaison entre les divisions est particulièrement instructive. Amer Sports vise désormais une marge opérationnelle d'environ 22,5 % pour Technical Apparel, 16-16,5 % pour Outdoor Performance et 6,7-7,2 % pour Ball & Racquet.
Cette différence explique aussi pourquoi le mix du groupe est en train de changer sa valeur économique. Plus Arc’teryx et Salomon prennent du poids, plus Amer Sports se rapproche d'un portefeuille de marques premium à forte croissance et à forte capacité de pricing, plutôt que d'un équipementier sportif généraliste.
Le groupe n'est toutefois pas encore à l'abri
Il serait néanmoins trop facile de lire ces résultats comme une croissance sans contrepartie. Le premier sujet est celui des droits de douane. Le deuxième trimestre a bénéficié de 50,1 millions de dollars de bénéfice net lié aux remboursements tarifaires. Amer Sports précise que la majorité de ses demandes de remboursement a déjà été reçue.
La société construit désormais ses prévisions 2026 en supposant que les taux de droits de douane relevant de la Section 301 resteront en vigueur jusqu'à la fin de l'année.
Le deuxième point concerne les dépenses. Les frais généraux et administratifs ajustés ont augmenté de 33 % au trimestre, notamment sous l'effet des investissements dans Wilson Tennis 360 et des dépenses corporate. Amer Sports prévoit désormais 240 millions de dollars de dépenses corporate sur l'année, contre 220 millions auparavant, principalement en raison des investissements informatiques et de la rémunération différée. Enfin, les stocks progressent encore de 19 % sur un an, à 1,9 milliard de dollars. Mais cette hausse est nettement inférieure à celle des ventes, qui progressent de 32 %. La direction considère donc que la normalisation des stocks intervient plus rapidement que prévu.
C'est plutôt rassurant pour un groupe qui accélère aussi rapidement. La croissance n'est pas, à ce stade, achetée au prix d'une accumulation disproportionnée de marchandises.
Le pari Amer Sports dépasse désormais celui de l’outdoor
Ce trimestre permet finalement de mieux comprendre ce qu'Amer Sports essaie de construire. Arc’teryx apporte le premium et la puissance dans l'habillement technique. Salomon ajoute une dimension particulièrement intéressante, puisqu'elle permet de faire passer une marque historiquement associée au trail et à la montagne vers la chaussure, le lifestyle et les grandes métropoles. Wilson fournit une troisième jambe, autour du tennis, des sports de raquette et désormais du softgoods.
Le groupe avait réalisé 6,6 milliards de dollars de chiffre d'affaires en 2025. À la lumière de cette nouvelle trajectoire, Amer Sports ne ressemble plus vraiment à un portefeuille de marques sportives en phase de redressement. Il devient progressivement un groupe construit autour de plusieurs marques premium capables de gagner à la fois en distribution, en prix et en désirabilité.
Amer Sports cumule aujourd’hui trois leviers que les marchés valorisent particulièrement : une croissance supérieure à 20 %, l’expansion des marges et un bilan qui se renforce. L’enjeu, désormais, sera de préserver cette dynamique à mesure que Salomon et Arc’teryx prennent du poids dans le groupe.
À fin juin, le groupe affichait 573 millions de dollars de trésorerie nette, contre 539 millions trois mois plus tôt, et prévoit environ 400 millions de dollars de dépenses d'investissement sur l'année, principalement pour accompagner son expansion retail et ses infrastructures informatiques.
Quant à la suite, Amer Sports organisera son Investor Day le 17 septembre à Annecy. C'est probablement à cette occasion que le groupe devra donner davantage de visibilité sur la taille qu'il imagine désormais pour Arc’teryx et Salomon, et sur la manière dont il compte financer cette nouvelle phase de développement.
A propos des données utilisées
Les données financières et opérationnelles de cet article proviennent principalement des résultats du deuxième trimestre 2026, de la présentation investisseurs et du script de conférence d'Amer Sports publiés ce mardi 18 août 2026, complétés par les données de consensus disponibles avant publication et le rapport annuel 2025.