Vuitton accélère la cadence de production, reflet du succès du luxe français

Beaulieu-sur-Layon (France) - Avec une seizième maroquinerie dans l'Hexagone , la maison Louis Vuitton renforce ses capacités de production alors que les sacs de luxe français rencontrent toujours plus de succès, notamment à l'étranger, portant haut la filière du cuir hexagonale. C'est en pleine nature, dans une commune viticole du Maine-et-Loire, que la maison Vuitton a planté son dernier atelier : 6 000 mètres carrés tout en transparence, baignés de lumière naturelle pour favoriser le travail des artisans.

« Développer la polyvalence des gens »

Trois cents salariés travailleront à terme à Beaulieu-sur-Layon, dont une majorité de maroquiniers. Leur particularité : un sur deux n'a jamais travaillé auparavant dans la maroquinerie ou la couture.

« Il faut trois choses pour être recruté : la dextérité manuelle, la capacité de travailler en équipe car un sac se fabrique à plusieurs, et celle de la transmission », a résumé le PDG de la maison, Michael Burke, lors de l'inauguration du site jeudi, en présence de la ministre du Travail Muriel Pénicaud.

« On n'a pas de prérequis en termes d'expérience professionnelle. Et l'objectif est de développer la polyvalence des gens », souligne Valérie Dubois, directrice des ateliers France.

Les profils des nouvelles recrues - très majoritairement des femmes - sont très divers : vendeuse, commerciale, et même agricultrice, à l'instar de Sylviane, 54 ans, qui « avant produisait le cuir » avec son troupeau de vaches, et « maintenant le travaille en faisant des sacs ».

Tel le « Mylockme BB », un des quatre modèles fabriqués à Beaulieu-sur-Layon, vendu 1 690 euros dans sa version en cuir de veau couleur rubis. Le salaire des maroquiniers n'est pas communiqué, mais le groupe souligne qu'ils bénéficient d'un treizième mois ainsi que d'un intéressement aux résultats financiers de l'entreprise « qui peut être conséquent ».

Dans l'immense atelier sans cloison, tous les éléments - machines à coudre, tables de travail et étagères stockant morceaux de cuir, fermoirs et bandoulières - sont montés sur roulettes, et donc modulables et mobiles selon les besoins de production.

« Il n'y a plus de grandes lignes de production comme ça pouvait se faire avant, mais plutôt des petites unités mobiles de 6 ou 7 personnes qui bougent quasiment chaque jour en fonction de ce qui s'est vendu », décrit Michael Burke.

« Aucune machine ne peut remplacer la main »

Et surtout, « il n'y a plus de stock, c'est le grand changement de ces dernières années : nous produisons ce qui a déjà été vendu », met-il en avant. « Avant, on basait la production sur des projections, mais le marché devient de plus en plus imprévisible. Désormais nous planifions beaucoup moins, nous sommes plus dans la réactivité et l'agilité, en nous ajustant en temps réel aux changements et aux goûts du marché », indique le PDG franco-américain, né en Allemagne.

Mais une chose ne change pas au fil des ans, tient à souligner Michael Burke: « la main reste l'élément central, tout comme l’œil humain, que ce soit pour la coupe des peaux, la préparation du cuir, et puis surtout la couture. Tout est dans les doigts, dans la pression des doigts, et aucune machine n'est capable de faire ça ».

Avec un total de seize ateliers de maroquinerie sur le sol français, Louis Vuitton est à égalité avec un autre mastodonte du luxe, Hermès, « victime » lui aussi de son succès et qui a déjà entamé la construction de deux nouveaux sites de production dans l'Hexagone pour répondre à la demande. L'industrie française de la maroquinerie regroupe un total de 22 000 salariés, dont 16 000 sont ouvriers en atelier. Le secteur a réalisé en 2018 un chiffre d'affaires de 3,5 milliards d'euros.

Ces performances financières tout comme les effectifs sont en constante progression ces dernières années, « grâce aux bonnes performances des entreprises qui produisent des articles de luxe », résume le Conseil national du cuir, confédération des entreprises du secteur, dans son bilan annuel.

Et pour la première fois en 2018, la filière française du cuir dans son ensemble - de l'élevage des animaux au tannage des peaux, jusqu'à la vente des produits finis - a plus exporté qu'importé, en raison de l'engouement pour les produits de luxe hexagonaux.(AFP)

Photo : Louis Vuitton Facebook

 

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