Forum de la Mode : ce que les experts disent des nouveaux enjeux du secteur
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Samedi 12 septembre 2026 se sont tenues les Rencontres de Faverolles, le deuxième Forum de la Mode organisé, depuis 2025, par l’Association des diplômés de l’Institut Français de la Mode (IFM).
Perspectives professionnelles, success story d’Amiri, nouvelles frontières du luxe, responsabilité des donneurs d’ordre et valorisation des savoir-faire ont rythmé les échanges, le tout ponctué de cocktails et de temps de convivialité.
Les rencontres de Faverolles, qui se tiennent au Domaine des Oseraies (Eure-et-Loir), propriété de Didier et Sylvie Grumbach, sont un temps idéal de networking, the place to be, après les salons du sourcing et avant la fashion week parisienne. Cette année, elles ont réuni 400 personnes (200 de l’IFM et 200 issues de l’écosystème mode international).
L’IFM attentif aux perspectives d’emploi de ses diplômés
Donnant le coup d’envoi, Sylvie Ebel, directrice générale adjointe de l’IFM, a rappelé que l’école a accueilli, pour la rentrée 2026, 1 400 étudiants, soit plus de 70 nationalités, répartis autour de quinze programmes. Une attractivité qui permet à l’établissement de maintenir une sélection exigeante, mais qui contraste avec les perspectives du marché de l’emploi.
« Les prévisions sur 2027 ne sont pas excellentes, a reconnu Sylvie Ebel. La situation des jeunes diplômés constitue un sujet de préoccupation pour l’établissement, qui échange avec les DRH du secteur ». Dans ce contexte, elle a souligné l’importance du réseau des alumni pour accompagner l’insertion professionnelle.
Amiri, une success story à l’américaine
Pascal Morand, président exécutif de la FHCM, a ensuite interviewé le designer américano-iranien Mike Amiri, né à Los Angeles et fondateur de la marque de luxe Amiri.
Récemment installé à Paris, Mike Amiri a salué la dynamique de la capitale, le fait que « tout est proche, contrairement à Los Angeles » et a raconté qu’il est installé avenue Monceau, en face de l’hôtel où les fans de Céline Dion se réunissent tous les soirs pour la retrouver et chanter. Une anecdote qui n’a pas manqué de faire rire la salle comble.
Le créateur a délivré les clés de sa réussite : un parcours autodidacte, un univers nourri par la culture rock et sportive de Los Angeles, avec des créations portées par Axl Rose (Guns N’ Roses) et des joueurs de la NBA ; mais aussi la baisse des loyers pendant la crise Covid, qui lui a permis de signer des baux sur Rodeo Drive (Beverly Hills), à New York, Las Vegas et Miami et de réduire sa dépendance au wholesale.
Il a raconté sa rencontre avec Renzo Rosso, fondateur et président d’OTB, devenu actionnaire minoritaire de sa société : « Il est venu dans mon bureau sans commencer par parler d’argent ou de business, mais en s’intéressant à mes vêtements, aux tissus et au denim ».
Mike Amiri a également adressé un conseil aux alumni de l’IFM : « Votre seule variable est le temps. Plus tôt vous commencez, plus vous pouvez faire d’erreurs. Plus vite vous faites des erreurs, plus vous pouvez apprendre. Plus vous pouvez apprendre, plus vous pouvez vous accomplir ».
Du produit à l’expérience client, le luxe élargit ses frontières
La première table ronde a réuni plusieurs acteurs autour du thème de l’extension du domaine de la mode à d’autres secteurs d’activité comme le lifestyle, l’hôtellerie, la gastronomie ou encore le cinéma.
À ce sujet, Maxime Coupez (Nelly Rodi) a expliqué que, par le passé, la multiplication des catégories pouvait conduire une marque à devenir moins lisible. Une tendance qui s’inverse aujourd’hui, particulièrement dans le luxe français.
« Louis Vuitton, par exemple, vend des univers entiers. Des univers tellement forts qu’on a envie d’y vivre totalement, intégralement, éternellement, tout le temps », a commenté l’expert des tendances.
Cette extension suppose néanmoins de savoir où s’arrêtent les frontières d’une marque pour déterminer les territoires qu’elle peut investir, mais aussi ceux qui seraient contraires à son identité.
Maxime Coupez rattache cette évolution au développement du « luxe d’expérience », où l’extension ne passe plus nécessairement par un produit supplémentaire, mais par une expérience proposée au consommateur.
Faguo fait de son engagement environnemental un territoire de marque
À ce jeu, Nicolas Rohr, fondateur de Faguo, a choisi un chemin moins balisé en prolongeant une pratique déjà développée par sa griffe : la plantation d’arbres.
Après avoir créé une marque de baskets et de vêtements, son entreprise a planté des millions d'arbres en France. De cette activité est née une Faguo Forest House : une construction en forme de tipi, haute de neuf mètres, avec une façade entièrement vitrée donnant sur une forêt dans laquelle poussent 4 000 arbres.
« Le rituel pour tous ceux qui viennent dormir chez nous, c’est d’abord d’aller planter leur arbre, explique le dirigeant. Dès lors qu’on a planté et touché un arbre, on va commencer à respecter la nature. Et, par extension, faire attention à nos vêtements, à la manière dont on les choisit, dont on les porte et dont on va les faire durer pour essayer de diminuer notre empreinte. »
Les marques face à la responsabilité sociale de leurs fournisseurs
Après une masterclass entre Stéphane Wargnier et Fabrice Hyber, artiste plasticien français, la deuxième table ronde a porté sur le référentiel commun d’harmonisation ESG (Environmental, Social and Governance) destiné aux fournisseurs de la mode et du luxe. Un cadre acté par la Fédération de la Haute Couture et de la Mode et la Camera Nazionale della Moda Italiana.
Luca Sburlati, président de Confindustria Moda, a évoqué environ 500 000 emplois relevant de la convention collective italienne, contre 2 % d’emplois situés en dehors de cette convention, avec des contrats locaux permettant, selon lui, de moins bien rémunérer les salariés.
« Il faut maintenant que nous tous, donneurs d’ordre - et je parle aussi des marques françaises que je représente - arrêtions de faire appel à ces petites unités qui travaillent de manière pas du tout claire. Il n’y a aucune raison que l’on continue à faire appel à ces entreprises. »
Luca Sburlati a insisté sur le risque réputationnel que les affaires liées aux conditions de production font peser sur les filières italienne et française. Il a avancé deux chiffres sur les exportations de la mode italienne au premier semestre 2026 : – 25 % vers la Corée et – 10 % vers le Japon.
Pour peser sur la construction des réglementations européennes et éviter qu’elles ne soient défavorables au modèle industriel franco-italien, Pierre-François Le Louët, coprésident de l’UFIMH, a été formel : « Notre puissance franco-italienne est cruciale pour inventer, ensemble, un modèle de société et économique qui nous convienne et corresponde à nos valeurs ».
Sortir les fabricants de l'ombre de leurs donneurs d’ordre
Tristan de Witte, président du Réseau Excellence, l’Association nationale des Entreprises du Patrimoine Vivant (EPV), a souligné que, tant que les ateliers sont tenus de garder confidentiel le nom des maisons pour lesquelles ils travaillent, ils peuvent difficilement s’appuyer sur ces références pour faire valoir leur savoir-faire.
Luca Sburlati en a donné une illustration avec Berluti. À l’occasion des JO Paris 2024, son groupe a participé à la réalisation des tenues officielles de l’équipe de France pour la maison de LVMH. Le fabricant a produit 1 500 pièces sur mesure et a pu, pour la première fois, communiquer sur son implication. Des journalistes, notamment chinois, se sont alors rendus dans ses ateliers. En termes de visibilité, « tout le monde y a gagné », résume Luca Sburlati.
Tristan de Witte a insisté sur la nécessité de préserver les aides publiques aux savoir-faire et de mieux mesurer la valeur créée localement par une usine. Il a annoncé, pour l’année prochaine, une étude auprès des EPV afin de chiffrer leur impact économique sur les territoires.
Enfin, en marge de ces débats, le Domaine des Oseraies a inauguré sa première résidence mode, qui accueille les artistes Chloé Laplante et Matt Frenot. Ce, avec le soutien du ministère de la Culture.
- Les Rencontres de Faverolles 2026 ont réuni 400 professionnels de la mode pour discuter des perspectives d'emploi, des success stories comme celle d'Amiri, et des nouvelles frontières du luxe, soulignant l'importance du networking et du réseau des alumni de l'IFM.
- Mike Amiri, fondateur de la marque de luxe Amiri, a partagé les clés de son succès, notamment son parcours autodidacte, son univers inspiré de la culture rock de Los Angeles, et l'importance de prendre des risques et d'apprendre de ses erreurs pour les jeunes diplômés.
- Les discussions ont également porté sur l'élargissement des frontières du luxe vers l'expérience client, la responsabilité sociale des fournisseurs avec l'harmonisation ESG, et la valorisation des savoir-faire locaux, comme illustré par l'initiative de Faguo et la communication sur les fabricants des tenues des JO Paris 2024.