La broderie médiévale s'expose au musée Cluny à Paris

Paris - Il fut un temps où les aristocrates étaient incitées à broder pour lutter contre l'oisiveté et les artisans produisaient à la lueur de la bougie des chefs-d'oeuvre pour les rois et ecclésiastiques : la broderie médiévale, méconnue du fait de sa grande fragilité, sort des réserves à l'occasion d'une exposition à Paris.

L'« âge d'or » de la broderie est mis en lumière dans le cadre gothique du musée de Cluny, au moment où cette technique connaît un engouement, bien au-delà du cercle élitiste de la haute couture.

« Les collections de broderie sont extrêmement fragiles et ne peuvent pas être présentées en permanence. La broderie est éclipsée par la peinture et la sculpture alors qu'au Moyen-Âge c'était un art majeur », souligne Christine Descatoire, conservatrice du musée national du Moyen-Age et commissaire de l'exposition, qui retrace l'histoire de la broderie du XIIe au XVIe siècle en Europe occidentale.

Broderies germaniques aux motifs géométriques, productions anglaises extrêmement réputées et diffusées dans toute l'Europe, l'évolution de l'art en France et une section florentine : le musée a ressorti ses collections enrichies de quelques emprunts pour « revaloriser » cet art précieux.

A Florence notamment, les brodeurs s'inspiraient de la peinture en faisant eux-mêmes leurs patrons ou en passant par l'intermédiaire de dessinateurs. De grands peintres comme Botticelli leur ont dessiné des motifs.

A Paris, les brodeurs obtiennent leurs premiers statuts à la fin du XIIIe siècle. Ailleurs en France, ils sont souvent regroupés avec les peintres et les sculpteurs et parfois peuvent travailler librement comme à Chambéry. Les femmes exercent ce métier à part entière et les veuves dirigent même les ateliers après la mort de leur époux.

Retour à la mode

En France, on brode assis près de la fenêtre, à la lumière du jour, les premiers statuts publiés à Paris interdisant de travailler la nuit tombée sauf pour les commandes venant de la cour ou de l'Eglise. Celles-ci, urgentes, sont exécutées à la lueur des bougies.

Une des pièces fortes de l'exposition est une broderie aux léopards commandée par Edouard III, roi d'Angleterre, sur fond rouge avec de petites figures courtoises parsemées entre les rinceaux végétaux. Cette broderie figurait initialement sur un caparaçon de cheval qui a été ensuite transformé en chasuble.

Autre pièce majeure, une mitre de la Sainte-Chapelle qui a caché pendant plus de six siècles un secret. Ce n'est qu'en 2018, au cours d'une restauration, que des tissus ont été découverts sous la doublure de cette coiffe liturgique. Selon des analyses radiographiques, ce serait des « reliques de contact », c'est-à dire des pièces de tissu qui au contact de reliques acquièrent elles-mêmes un caractère sacré.

On peut aussi admirer des exemples de broderie domestique, « un passe-temps aristocratique » préconisé aux femmes comme un remède contre l'oisiveté. Ce dont témoigne une tapisserie représentant deux brodeuses qui ouvre l'exposition.

Difficile pourtant de trouver des échantillons de broderie profane qui « s'est moins bien conservée que la broderie religieuse », explique à l'AFP Mme Descatoire.

En contre-point de l'exposition le musée accueille des oeuvres des élèves spécialisés dans la broderie de l'Ecole supérieure des arts appliqués Duperré. « Il y a un engouement pour la broderie aujourd'hui et c'est formidable. Il y a ces écoles, des artistes qui travaillent avec la broderie, tout un mouvement du "do it yourself" » (fait maison, ndlr), souligne Christine Descatoire.

« Dans la haute couture cela n'a jamais cessé, mais depuis les années 2000, la broderie s'installe dans la mode pour tout un chacun et chez les artistes  », ajoute-t-elle.

Elle explique ce phénomène par le retour à la mode des arts manuels et « une revalorisation du textile » : « on commence à comprendre que c'est un art à part entière ». (AFP)

Photo : Unsplash

 

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