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« Il y a une vraie demande pour l’apprentissage d’une mode durable », Christina Dean

By Céline Vautard

28 mars 2017

Mode |INTERVIEW

La fondatrice et présidente du comité de Redress (ONG environnementale basée à Hong Kong) s’est donnée comme mission de réduire l'impact du textile sur l'environnement. De passage à Paris, Christina Dean s'est confiée à Fashionunited.fr.

Quel est votre parcours, comment est née Redress ?

J'ai été élevée en Afrique du Sud puis j’ai grandi au Royaume-Uni où j’ai eu mon diplôme de chirurgie dentaire. J'ai pour ainsi dire suivi les traces familiales. Mais j’ai été rattrapée par ma passion du journalisme ! J’ai alors déménagé à Hong Kong (c’était il y a 11 ans) où est né mon deuxième enfant. Sur place, j’ai travaillé pour différentes revues sur des sujets environnementaux et de santé. Mais ce sont mes recherches sur la pollution qui ont changé ma vie. J’ai été horrifiée par le niveau de pollution de la Chine et surtout celle qu’engendrait l’industrie de la mode. Et comme la Chine est le principal producteur de vêtements et de textile dans le monde, cela s’est imposé à moi. J’ai voulu sensibiliser un maximum et j’ai choisi de lancer l’association Redress. Hong Kong est l’endroit idéal, c’est ma maison mais aussi une base de fortune où sont basées de nombreuses entreprises et groupes qui détiennent des compagnies et usines de mode. Mais Hong Kong c’est aussi plein d’influences positives qui prouvent que nous pouvons aussi influencer la Chine dans le bon sens !

Redress a 10 ans, comment a évolué son action ?

Je suis très positive car des changements s’opèrent. Les consommateurs demandent des comptes aux marques et posent de plus en plus de questions, la législation sur la pollution et les droits de la personne s'améliorent et les marques regardent de plus près leurs chaînes d'approvisionnement. Mais je pense qu’il faut encore accélérer le mouvement ! Chez Redress, notre travail vise à éduquer les chaînes d'approvisionnement de la mode. Nous les conseillons, leur disons comment évoluer, mais nous incitons également les consommateurs à participer activement à la solution.

Qu’en est-il du concours EcoChic Design Award ?

C’est aujourd’hui le plus grand concours de mode éducatif dédié à la conception durable ! Lancé en 2011, il compte maintenant plus de 80 universités de la mode comme partenaires. Nous avons de plus en plus de dossiers de candidatures. Il y a une vraie demande pour l’apprentissage d’une mode durable. Les créateurs doivent pouvoir accéder à ces informations. Pour répondre à cette demande, nous avons développé des packs de formation pédagogique. Le trafic de notre plate-forme éducative est en hausse constante et est lue par plus de 5000 créateurs principalement en Chine et en Inde. L’up-cycling est un vrai marché. Pour preuve, nous travaillons avec de nombreuses marques comme Esprit ou Shanghai Tang. Notre travail convainc de plus en plus de monde, cela me conforte et me touche et montre que le changement est à portée de main. La sélection de la 7ème édition est en cours, elle est ouverte aux créateurs vivants en Asie, en Europe et, pour la première fois, aux États-Unis.

Il y a un énorme vide dans l'éducation fournie aux étudiants de mode

Que pensez-vous des écoles de mode, quelle est leur place dans cette industrie ?

Les écoles de mode ont un rôle essentiel à jouer car elles forment l'avenir de l'industrie. Elles doivent apporter l'innovation pour faire face aux défis à venir. Donc, nous ne pouvons pas nous permettre de ne pas éduquer ces jeunes ! Quelques unes jouent bien leur rôle mais en grande majorité, il y a un énorme vide dans l'éducation fournie aux étudiants de mode. Ce que nous avons découvert au fil des années c’est que malgré leur volonté d’apprendre cette mode plus durable, les enseignants manquent de temps, d’accès aux ressources ou aux formations nécessaires pour être compétents. C’est d’ailleurs pour cela que nous avons créé nos packs de formation déjà téléchargés dans plus de 55 pays.

Concernant les collections dites « durables » des géants de la fast fashion, faut-il crier au greenwashing ?

Dans l'ensemble, il y a de plus en plus d'engagement de la part de toutes les marques de mode pour rendre leurs entreprises et leurs produits plus durables, du luxe jusqu'au mass market. Certains réalisent des collections capsule, qui, je pense, sont une façon d’apporter aux consommateurs des choix plus durables. Ils poussent ainsi le reste de l'industrie à changer tout en s'ouvrant à l'examen plus minutieux du reste de leur production. Pour autant, c’est évident qu’il y a un énorme désaccord entre le concept de mode durable et l’industrie qui favorise une mode toujours plus rapide et jetable. Certains parlent de greenwashing, moi, je vois plutôt cela comme un progrès et je continue à travailler pour éduquer les consommateurs afin qu’ils puissent justement identifier le greenwashing quand ils le croisent !

Parlez-nous de 365 Challenge de quoi s’agit-il ?

C’est un défi d'un an, qui s’est déroulé de janvier à décembre 2013, durant lequel je n'ai porté que des vêtements usés ou donnés. J’ai voulu montrer une mode positive et le potentiel environnemental que cela représente de garder les vêtements hors des décharges et à l’intérieur de la boucle de la mode. J’ai eu accès à un entrepôt géant de recyclage de vêtements à Hong Kong et chaque jour j’y choisissais une tenue différente. Chaque mois, je me suis habillée avec un thème différent. J’ai sorti de cette expérience 12 astuces et techniques (réparation, DIY, entretien des textiles) que chacun peut faire pour prolonger la durée de vie d’un vêtement.

Dernier projet en date, vous sortez le livre « Dress [With] Sense » (traduit par S’habiller avec éthique), que raconte t-il ?

L’idée était de créer un guide facile à lire donnant des astuces de mode et des conseils pratiques pour faire revivre son placard, le rendre plus durable. Il donne des idées inspirantes de gens du monde entier (mannequins, blogueurs, mais aussi militants) qui défendent l'éthique et l'esthétique d’une nouvelle garde-robe durable. Le guide est présenté en quatre chapitres. ACHETER mieux et faire des choix plus responsables en boutiques, PORTER ses vêtements de manière plus créative et sauver les trésors cachés au fond des garde-robes, ENTRETENIR les vêtements en apprenant des façons plus respectueuses pour l'environnement de les laver et de les stocker, DISPOSER en échangeant, donnant ou en recyclant, bref tout sauf de les jeter à la poubelle ! J’espère vraiment que cela puisse inspirer même les plus grandes dingues de shopping afin qu’elles consomment la mode de façon plus positive.

Photos : Portrait de Christina Dean

Christina Dean
EcoChic Design Award
REDRESS