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L'exposition "Christian Dior, couturier du rêve", en cours au musée des Arts décoratifs à Paris, a déjà attiré 380.000 visiteurs depuis son ouverture le 5 juillet, un record pour ce musée, a indiqué mercredi à l'AFP son directeur Olivier Gabet.

Prévue jusqu'au 7 janvier 2018, cette rétrospective exceptionnelle, organisée avec le soutien de la maison Christian Dior à l'occasion des 70 ans de la griffe, rassemble sur 3.000 m2 quelque 300 robes de haute couture, un millier de documents et une centaine d'oeuvres d'art.

Avec 380.000 visiteurs en trois mois et demi, elle permet au musée des Arts décoratifs de battre ses records de fréquentation pour une exposition. "Pour nous c'est un cas absolument exceptionnel", a déclaré à l'AFP Olivier Gabet, co-commissaire de l'exposition avec l'historienne Florence Müller. Parmi les expositions récentes les plus fréquentées du musée, celle sur Barbie en 2016 avait attiré 240.000 visiteurs en six mois, a-t-il rappelé. En mode, celle sur Dries Van Noten en 2014 avait séduit 160.000 visiteurs sur une durée de huit mois.

"C'est une exposition de mode populaire. On intéresse les gens de 7 à 77 ans, issus de tous les profils sociaux et horizons culturels", a poursuivi le directeur du musée, se réjouissant du "buzz incroyable" autour de cette manifestation, "en France et à l'international". Il estime à plus de la moitié des visiteurs la part des touristes étrangers.

Un succès qu'il attribue à "la convergence entre une maison mythique, un personnage fantastique qui est Christian Dior et un contenu historique extraordinaire". Corollaire de cette affluence, il faut patienter en moyenne entre une heure et une heure et demie, pour accéder à l'exposition, selon le musée. Avec cette exposition, "je pense qu'on a montré qu'on peut traiter d'un grand personnage de mode et d'une maison de mode comme d'un grand sujet d'histoire de l'art", souligne Olivier Gabet.

Alors que deux musées consacrés à Yves Saint Laurent viennent d'ouvrir à Paris et à Marrakech, les expositions de mode connaissent une popularité accrue depuis quelques années. Celle sur Jean Paul Gaultier en 2015 au Grand Palais avait attiré en quatre mois 418.721 visiteurs, avec une moyenne de 3.800 visiteurs par jour.

L'exposition sur Alexander McQueen, "Savage Beauty", avait rassemblé 661.000 visiteurs en trois mois au Metropolitan Museum de New York en 2011, et 493.000 en cinq mois en 2015 au V&A à Londres. (AFP)

La FIAC inspire la mode

Le luxe en général, la mode en particulier, n’ont plus qu’un seul mot à la bouche: l’Art. Bien sur, l’art a toujours inspiré les créateurs de mode : les ballets Russes ont joué un rôle majeur dans les collections du début du XXeme siècle. En 2017, le paradigme est un peu diffèrent néanmoins. Non seulement l’art s’imprime sur les sacs, initie des conservations, irrigue les boutiques, inspire les créateurs. Mais il fait bien plus encore: il sert de caution morale à la création textile en lui insufflant un aura de prestige que la mode a un peu perdu ces dernières années, surtout depuis que les consommateurs ont décidé de s’intéresser d’un peu trop près à ses conditions de production et à son cout écologique.

Rien d’étonnant donc à ce que la FIAC fasse naitre cette année, un nombre important de dossiers de presse émanant de marques de mode. Celles ci communiquent sur la FIAC avec d’autant plus d’entrain que les plus grandes marques de luxe ont donné, en quelque sorte, le coup d’envoi en initiant depuis plusieurs années, et de maniere de plus en plus intensives, des collaborations avec la crème des artistes contemporains. On pense à Vuitton notamment qui a demandé dernierement à Jeff Koons de s’approprier les sacs et accessoires de la griffe. Le malletier qui est coutumier du fait (il s’était déjà largement engagé dans le monde de l’art en travaillant avec Stephen Sprouse, Takashi Murakami, Richard Prince, Yayoi Kusama, Cindy Sherman, James Turrell, Olafur Eliasson et Daniel Buren) renouvelle d’ailleurs la collaboration avec Koons ce mois ci : ainsi, le 27 octobre sera dévoilé la seconde collection de sacs et d’accessoires imaginé par la star de l’art contemporain. La maison de luxe a d’ores et déjà annoncé que Jeff Koons a choisi pour ce deuxième opus de reproduire Jeune fille se reposant de François Boucher, Terre délicieuse de Paul Gauguin, Déjeuner sur l’herbe d’Édouard Manet, Nymphéas de Claude Monet, Le triomphe de Pan de Nicolas Poussin (exclusivement disponible à la Maison Louis Vuitton Vendôme) et Ancienne Rome de J.m.W. Turner.

La FIAC inspire la mode

Diesel propose de transformer vos frusques en œuvre d’art

Relier par la puissance du geste créatif, le présent et le patrimoine culturel commun: voici la nouvelle guideline des marques de mode et de luxe. Etro par exemple “célèbrera la FIAC” au sein de sa boutique ce mardi avec une exposition “Los Ojos Vendados” en présence des artistes tandis que de son coté, le Comité Colbert présentera directement à la FIAC, au Grand Palais, trois jeunes artistes japonais qui se sont librement inspires de l’ouvrage Rêver 2074, une utopie du luxe français. Cette publication avait transposé en littérature le fruit de la réflexion prospective des 81 maisons du Comité Colbert et des 14 institutions culturelles associées. Les trois pièces présentées interprètent la vision d'un futur désirable exprimée par les maisons du luxe français. Elles ont été sélectionnées parmi les 50 œuvres de jeunes artistes, résultant du partenariat conclu entre le Comité Colbert et l'Université des arts de Tokyo, Geidai, et qui firent l'objet d'une exposition en juin au Japon. “"La recherche du dialogue entre cultures est le fondement de la démarche internationale du Comité Colbert dont les maisons incarnent elles-mêmes une part importante du patrimoine et de la créativité française" souligne à ce sujet Elisabeth Ponsolle des Portes, Déléguée générale du Comité Colbert.

La manufacture de Sèvres communique elle aussi aussi sur la FIAC en participant pour la première fois à cette grande Foire d’Art Contemporain. La manufacture présentera un ensemble des dernières créations contemporaines de Sèvres avec des œuvres de Johan Creten, Lionel Estève, Barthélémy Toguo et Lee Ufan. La Maison Cartier dévoile quant à elle, « à l’occasion de la FIAC », une installation artistique olfactive et immersive sur le parvis du Palais de Tokyo à Paris. « Nouveau terrain d’expressions de la Maison Cartier, ce programme d’événements reflète son esprit tourné vers la création, l’innovation, la science et l’émotion. Avec OSNI 1, Cartier met en scène, de manière inédite, l'odeur comme médium de création, affirmant ainsi sa vision esthétique et expérimentale de l'olfaction » indique le communiqué de presse. Cette installation inaugure d’ailleurs une série d’ « expériences multi-sensorielles » qui associeront l’ « art olfactif » à d’autres langages artistiques et scientifiques.

Autre tentative inédite de s’approprier l’aura du marché de l’Art Contemporain : la marque Diesel propose de transformer vos frusques en œuvre d’art. Depuis le 11 octobre et jusqu’à mardi 17 octobre, les clients de Diesel peuvent en effet déposer leurs vêtements de seconde main dans l'une des 5 boutiques parisiennes de la marque (Etienne Marcel, Mabillon, Le Marais, Victor Hugo, Opéra). La collecte sera transformée en œuvre d'art par l'artiste Derick Melander, le « nouveau César américain des piles de linge ». Le tout sera exposé du 19 au 22 Octobre dans les sous-sols du Carreau du Temple pour le Salon International d'Art Contemporain YIA (Young International Artists). « En parallèle de la FIAC » ne manque pas de souligner opportunément le dossier de presse. L'œuvre de Derick Melander, entièrement réalisée avec des affaires usagées, sera ensuite remise à l'association OTB (Only The Brave) qui est une Fondation caritative ( déjà à l'origine de 170 projets d'aides sociales et humanitaires dans le monde) puis vendue au plus offrant afin de récolter des fonds.

Crédit photo : Louis Vuitton, Diesel, dr

Le musée Yves Saint Laurent de Marrakech, mémoire de la couleur

C'est l'ébullition dans les salles fraîches du musée Yves Saint Laurent à Marrakech: après trois ans de travaux, tout le monde s'affaire avant l'inauguration samedi de ce lieu dédié au grand couturier français inspiré par les couleurs du Maroc.

"Marrakech était un lieu d'inspiration pour Yves Saint Laurent. Paris, c'était la maison de couture historique. Ce sont ses deux facettes, le classicisme et le baroque, la ligne et l'arabesque", explique Bjorn Dahlstrom, le directeur du musée, en arpentant la salle d'exposition.

La cour circulaire qui abrite le célèbre logo YSL enchâssé sur un carré de béton brut s'ouvrira au public le 19 octobre, à deux pas du Jardin Majorelle, oasis de verdure sauvée par le créateur français et son compagnon Pierre Bergé au début des années 80.

Marrakech, "c'est le lieu de notre rencontre, de notre amour, de notre travail en commun", disait Pierre Bergé qui a consacré les dernières années de sa vie à "transformer ses souvenirs en projets". Les deux hommes avaient découvert la cité ocre et les cimes enneigées de l'Atlas en 1966, "à une époque où les moeurs étaient libres et la sexualité plus débridée", selon les mots de Pierre Bergé. Ils ont vécu là leurs "belles années". Très affaibli par une myopathie, l'homme d'affaires s'est éteint début septembre à l'âge de 86 ans.

Mur de photographies

"La dernière fois qu'il est venu à Marrakech, c'était au mois de mai, le bâtiment était fini, on était en phase de tester toutes les installations, les collections n'étaient pas encore là, mais il a tout vu, il avait tout suivi depuis le début", explique Madison Cox, qui préside la Fondation Pierre Bergé-Yves Saint Laurent depuis le décès du mécène, son compagnon devenu son époux en mai dernier.

"C'était une première pour Pierre Bergé de construire quelque chose à partir de rien. Il a réhabilité des lieux, des bureaux, des résidences, mais ici, c'était autre chose, il n'y avait rien, juste un terrain vague à côté du jardin Majorelle", explique le paysagiste américain.

Mises en lumière comme des bijoux dans une salle d'un noir profond, 50 créations tirées des collections Yves Saint Laurent - les premiers smokings noirs, la cape Bougainvillier inspirée par le jardin Majorelle, les vestes brodées Van Gogh, la célébrissime robe Mondrian...- déclinent différents thèmes: le masculin-féminin, l'Afrique, les voyages imaginaires ou les jardins extraordinaires.

Un mur de photographies retrace la carrière du grand couturier, depuis la lettre de recommandation adressée par le directeur du magazine Vogue en 1954 - il avait 17 ans-, jusqu'à ses adieux à la haute couture en 2002, six ans avant sa mort.

La voix de Catherine Deneuve, une de ses plus fidèles égéries qui était présente pour l'inauguration du musée parisien Yves Saint Laurent le 3 octobre, accompagne les visiteurs. On retrouve le visage de l'actrice française dans une salle du musée de Marrakech, avec une série de portraits dans la désormais ultra-touristique médina, au début des années 90.

Lieu vivant

Le musée Saint-Laurent n'a pas été conçu comme un mausolée à la mémoire d'un géant défunt. Il se veut un "lieu vivant", avec un programme riche d'expositions temporaires, un auditorium, une bibliothèque, une librairie.

Aux peintures orientalistes de Jacques Majorelle succèderont des modèles de Nourredine Amir, un jeune créateur marocain, puis des sculptures de Simone Fattal avec une mise en scène de Robert Wilson.

Le musée espère attirer 300.000 visiteurs la première année. Le jardin Majorelle, un des sites les plus fréquentés de Marrakech, en accueille environ 800.000 par an. Le bâtiment de briques ocre rose que Pierre Bergé voulait "à la fois marocain et contemporain" avec ses lignes épurées et ses courbes élégantes, a coûté 15 millions d'euros, financés par les ventes aux enchères des oeuvres amassées par le couple.

Dans les prochains mois, la Fondation espère ouvrir au public la villa Oasis, la résidence privée du créateur et de son mentor, havre de paix où Saint Laurent dessinait les premiers croquis de ses collections.

A ses débuts, le grand couturier ne jurait que par le noir. C'est à Marrakech qu'il disait avoir "découvert la couleur", dans les rues, les habits traditionnels des femmes, les foulards, les sarouels et les djelabbas. (AFP)

Photo: Studio KO, Musee Yves Saint Laurent, Marrakesh

“The Perfect Parisienne”: douce ironie dans le nouveau film de Roger Vivier

“Le Fabergé de la chaussure”, écrit la marque sur son site web. Comme un travail d’orfèvrerie, où le tzar Alexandre III avait chargé à Peter Carl Fabergé de fabriquer un oeuf pour offrir à son épouse, la tzarine Marie, à Pâques en 1882, les chaussures de Roger Vivier ont fait le tour du monde. Vous souvenez-vous des mythiques souliers noirs que portait Catherine Deneuve dans « Belle de Jour », de Luis Buñuel, avec une boucle carrée placée au-dessus du pied?

Comble de la féminité, les créations de Roger Vivier sont, depuis le début du XXème siècle, de vrais bijoux. La princesse Soraya d’Iran, Elisabeth Taylor, Brigitte Bardot, Freida Pinto, Marion Cotillard, Penelope Cruz ou encore Katie Holmes, sont quelques-unes de ses muses et celebrities addictes à la marque française. Discrète et raffinée dans sa communication, la marque Roger Vivier suit la ligne du temps. Elle utilise un subtil procédé de vivification et cette année, elle présente son dernier fashion film, de la main du directeur espagnol, Victor Claramunt. Portrait d’une marque de luxe, à la fois exquise et intemporelle...

“The Perfect Parisienne”: douce ironie dans le nouveau film de Roger Vivier

Extraire l’essence de Roger Vivier

Roger Vivier (1907-1998) aimait le beau. Il s’est toujours inspiré des oeuvres d’art. En 1924, le créateur étudiait aux Beaux Arts à Paris et commençait comme apprentit chausseur deux ans plus tard. Fasciné par le théâtre et le music-hall, qu’il commençait à fréquenter, il rencontra Joséphine Baker et Mistinguett pour qui il fabrica ses premiers souliers sur mesure.

Le créateur parisien ouvrait sa première boutique rue Royale en 1937 et se distinguait des autres designers de l’époque par ses créations aux talons aiguilles. Parmi ses modèles best-seller on retrouve « Virgule », lancé en 1954. Fan d’élégance et d’un brin d’excentricité, ses chaussures sont de vraies oeuvres d’art qu’il sublime avec des éléments brodés dans les meilleures maisons de broderies françaises.

En 2004, Bruno Frissoni reprenait le flambeau. C’est lui qui se charge aujourd’hui de la direction artistique de la marque. « Roger Vivier me guide. Tous les jours, j’extrais l’essence de son travail pour l’interpréter selon ma vision. Je ne le copie pas, j’essaie plutôt de conserver son esprit et sa philosophie », indique le site. Après treize ans de service pour la maison de luxe, l’héritage de Roger Vivier est entre de bonnes mains, grâce à la sensibilité de son successeur mais aussi son sens de l’ironie, du glamour et de la sympathie, à part égales.

“The Perfect Parisienne”: douce ironie dans le nouveau film de Roger Vivier

“Le monde a besoin de plus de lumière et je la reflète dans mon oeuvre”, Victor Claramunt

Nous rencontrons à l’occasion du Fashion Film Festival de Barcelone (FFFB), un des meilleurs directeurs de fashion films, Victor Claramunt, qui a reçu de nombreux prix internationaux dans plusieurs festivals mondiaux comme La Jolla (Etats-Unis) ou lors du Berlin Fashion Film Festival et auteur des derniers court-métrages pour Andrés Sardá avec « Unique » ou Longchamp avec « City Blossom ».

Chic, humoristique et avec une touche de surréalisme presque normal. Le directeur originaire de Valence (Espagne) définit ainsi sa « patte ». « Roger Vivier m’a contacté il y a juste quelques mois et rapidement j’ai pu lui présenter le film « The Perfect Parisienne » pour sa collection Automne/Hiver 2017-18.

“Mon style est, avant-tout, poétique et mélancolique. Dans mes travaux, j’aime illuminer les scènes, avec de la lumière naturelle ou des spots ajoutés. Le monde a besoin d’être éclairé, dans tous ses aspects, et j’essaye de le refléter à l’écran, à mon échelle... La lumière aide à rajeunir et embellir ».

Avec Bertrand Bras, directeur artistique de l’agence de publicité Anaïs Paris, Victor Claramunt, a voulu recréer les clichés parisiens notamment avec une touche d’humour et beaucoup d’élégance. Pendant deux jours de tournage intensifs, les changements de plans très variés ont pu permettre d’apprécier tous ces éléments : le lieu, un hôtel parisien très chic, une mannequin à la flagrante ressemblance avec Carli Bruni, le beret qu’elle porte dans la scène de l’ascenseur ou encore les coûtumes (très clichés, certes), l’attitude modèle des jeunes filles parisiennes et leur façon de marcher « toujours droite ».

“The Perfect Parisienne”: douce ironie dans le nouveau film de Roger Vivier

“J’ai voulu transmettre un máximum de situations différentes avec tous ces plans. J’adore faire bouger la caméra! Je veux qu’elle soit vivante, comme un personnage! », a t-il expliqué.

Pour ce fan du cinema des années 80, époque à laquelle de nouveaux mondes ont été créés avec l’arrivée d’effets spéciaux, notamment dans ET ou Indiana Jones de Spielberg, avoir un maximum de liberté pour créer des fashion films est un facteur très positif. « Je suis conscient que le but de mon travail est commercial, mais je me suis vraiment bien amusé ! ».

Comme dans d’autres fabuleuses histoires de marques de mode, Claramunt travaille en tándem avec sa femme, Ingrid Gene, avec qui il imagine les scénarii. Dès la première semaine, le film enregistrait 1.200 visites (1.2k) sur Youtube.

Photos: courtoisie Roger Vivier et Victor Claramunt.

Le musée des Tissus de Lyon ne fermera pas: son propriétaire actuel, la Chambre de commerce, a annoncé lundi sa cession pour l'euro symbolique à la Région Auvergne-Rhône-Alpes, à charge pour elle d'assurer sa "renaissance".

Depuis trois ans, l'avenir de cette collection de grande valeur et de son voisin, le musée des Arts décoratifs, était incertain, la CCI ayant annoncé qu'elle n'avait plus les moyens d'assurer son fonctionnement.

De longues et difficiles négociations s'étaient engagées entre la CCI, la Ville de Lyon, la Région et l'Etat pour éviter la fermeture. Deux scénarios avaient finalement été mis sur la table, l'un par la Région au mois de mai, l'autre détaillé tout récemment par la Ville. Mais une ultime réunion du comité de pilotage avait échoué à mettre tout le monde d'accord vendredi et le président de la CCI, Emmanuel Imberton, avait indiqué qu'il prendrait une décision ce lundi.

Il a finalement opté pour le projet porté par la Région. Une décision "bien réfléchie", a-t-il déclaré devant la presse, soulignant que "sans Laurent Wauquiez (président du conseil régional, ndlr) et la Région, le musée aurait fermé". "La Région prend la tête du projet de renaissance du Musée des Tissus", s'est félicité l'élu LR à ses côtés.

La CCI prévoit de céder les deux hôtels particuliers abritant les musées à la Région, pour l'euro symbolique, alors que leur valeur est estimée à 16 millions d'euros. En échange, la collectivité s'engage à investir 10 millions dans des travaux de modernisation, estimés à environ 30 millions. Sont notamment envisagés une boutique, un restaurant et une refonte de la présentation muséographique. L'ambition est d'en faire "un grand lieu culturel de Lyon" et d'accueillir 100.000 visiteurs par an, contre 60.000 aujourd'hui.

Le budget de fonctionnement sera financé par la Région (1,3 million d'euros par an), la CCI (500.000 euros) et l'État qui s'était engagé à hauteur de 300.000 euros annuels, à partir de 2018 et sur trois ans - plus cinq millions d'euros maximum pour les travaux. La Région compte aussi trouver des mécènes privés.

La Métropole et la Ville ne participeront donc pas au financement et à la gouvernance du futur musée, selon M. Imberton, dont la main est cependant "toujours tendue". "Il est rarissime que la Région intervienne sans aucun engagement de la Ville", a déploré M. Wauquiez.

Le Musée des tissus de Lyon, capitale de la soie, retrace 4.500 ans d'histoire du textile, de la tunique en lin datant de 2.150 avant Jésus-Christ aux derniers tissus composites utilisés dans l'aéronautique. Il emploie 25 salariés. (AFP)

Carhartt WIP et Slam Jam ouvre un espace d'art à Milan

Les fondateurs de Carhartt WIP et Slam Jam ont unis leurs forces pour ouvrir un nouvel espace artistique à Milan. L’espace de 1 000 mètres carrés sera un centre d'événements artistiques, de design et de mode, à Spazio Maiocchi.

Carhartt WIP et Spazio Maiocchi de Slam Jam ouvriront leurs portes le 11 octobre, avec les premières expositions, qui se dérouleront jusqu'au 25 novembre.

Le lieu sera inauguré par une exposition de Kaleidoscope, un magazine d'art contemporain et d'un studio basé à Milan, en plus d'un projet par la marque de design et de meubles Plusdesign.

L'événement de Kaleidoscope mettra à l’honneur les œuvres de Darja Bajagić, créée à New York, et du peintre japonais Harumi Yamaguchi, tandis que Plusdesign va se lancer dans une nouvelle série de voyages, "Rug Trip", organisée en collaboration avec Misha Hollenbach de P.A.M.

Photo : Slam Jam

Manolo Blahnik : sa vie, son oeuvre

INTERACTIVELes femmes du monde entier connaissent l’impression que l’on ressent lorsqu’on enfile une paire de Manolo.

Manolo Blahnik, pour ceux qui connaissent moins le célèbre créateur de chaussures, a été salué comme le « Roi des chaussures », depuis plus de quarante ans. Tout le monde, de la rédactrice en chef du Vogue américain Anna Wintour au supermodel Naomi Campbell ou la chanteuse Rihanna ne jurent que par ses créations. « Je ne me souviens même pas de la dernière fois où j’ai porté autre chose que des chaussures de Manolo - je ne les regarde même pas », affirme Anna Wintour dans la bande-annonce du nouveau documentaire 'Manolo: The Boy who made Shoes for Lizards'.

Réalisé par le journaliste de mode britannique, artiste et ami de longue date Michael Roberts, le biopic est sorti le 15 septembre. Le film comprend des séquences d'archives, des entretiens intimes avec Manolo lui-même, ainsi que des entretiens avec des initiés de la mode tels que Anna Wintour, le photographe David Bailey et le designer John Galliano. Pour marquer le lancement du documentaire, FashionUnited partage certains des points forts de la vie et de la carrière de Manolo Blahnik.

Photo: Manolo Blahnik in Manolo: The Boy Who Made Shoes for Lizards. Courtesy of Music Box Films

Marinière, 501 et Panama, 111 pièces marquantes de la mode au MoMA

Jean 501, carré Hermès, marinière: le musée d'art moderne de New York, le MoMA, présente à partir de dimanche 111 pièces marquantes de la mode, interrogeant sa relation avec la société et son rapport à la modernité.

Ces vêtements, accessoires ou décorations --comme le tatouage-- sont tous des jalons très forts de la mode des 100 dernières années, durablement inscrits dans le patrimoine culturel de l'Occident et au-delà.

Outre des pièces devenues quasiment intemporelles et indémodables, comme la marinière ou le chapeau Panama, l'exposition --la première du MoMA sur la mode depuis 1944-- a puisé dans "un très vaste champ d'études", englobant aussi bien des éléments du quotidien que des créations d'exception et des signes d'appartenance religieuse comme la kippa ou le voile islamique, explique Michelle Millar Fisher, conservatrice assistante du musée.

"Is Fashion Modern?" ou "La mode est-elle moderne"? interroge ainsi le titre de l'exposition, visible jusqu'au 28 janvier. C'est l'occasion de rappeler à quel point certains vêtements ont incarné la modernité à leur époque. Même si l'exposition se veut centrée sur "les objets et non sur les designers", l'ombre d'Yves Saint Laurent plane sur le sixième étage du MoMA.

Son smoking pour femmes présenté en 1966 a cristallisé l'évolution du statut de la femme et de ses aspirations. Ses boots noires, sa Saharienne ou ses espadrilles figurent également parmi les 111 pièces sélectionnées par le musée new-yorkais.

La modernité, c'est aussi l'aspiration futuriste très "Sixties" d'un Paco Rabanne avec sa robe aluminium, ou celle de Pierre Cardin matérialisée par sa robe Cosmos. La mode est moderne aussi simplement parce qu'elle reflète l'air du temps. L'exposition évoque notamment sa relation avec la rue, qui ne cesse de l'inspirer.

La meilleure illustration reste la déferlante du sportswear, né loin des podiums et qui a désormais pénétré toutes les couches de la société. Des baskets Converse All Star au maillot sportif, en passant par le jogging ou le polo Lacoste --tous présents au MoMA--, ces pièces emblématiques figurent aujourd'hui parmi les basiques de nombreuses garde-robes, masculines comme féminines.

Pour accompagner l'exposition, le MoMA a fait fabriquer et commercialise plusieurs pièces inspirées de créations phares, notamment une marinière conçue par le français Armor-Lux, des carrés de soie ou un pull sans couture d'Issey Miyake. (AFP)

Photo: Jackie Mallon for FashionUnited

Projet de Pierre Bergé, le premier musée Yves Saint Laurent s'ouvre à Paris

C'était le projet de Pierre Bergé, disparu juste avant qu'il soit achevé: le musée Yves Saint Laurent Paris, inauguré jeudi, offre une immersion dans l'intimité de la maison de couture et le processus créatif du couturier de légende. "J'ai passé toute ma vie à aider Yves Saint Laurent à construire son oeuvre, et je veux qu'elle dure", disait Pierre Bergé, ancien compagnon de Saint Laurent et cofondateur de la griffe, décédé le 8 septembre à 86 ans. Une oeuvre conservée par les soins de sa fondation, et désormais également pérennisée par deux musées, l'un à Paris, l'autre à Marrakech, qui ouvrira le 19 octobre.

De taille bien moindre que le musée marocain accueilli dans un bâtiment tout neuf, celui qui ouvre au public le 3 octobre à Paris est situé dans l'hôtel particulier du 19e siècle de l'avenue Marceau où se trouvait la maison de couture jusqu'à sa fermeture en 2002 et qui a ensuite hébergé la fondation.

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'Une ruche'

"C'est un musée qui ne privilégie pas seulement une approche esthétique mais aussi historique, c'est un peu la radiographie d'une maison de couture à une certaine époque. C'était une véritable ruche!", explique à l'AFP Aurélie Samuel, directrice des collections de la Fondation Pierre Bergé-Yves Saint Laurent qui comptent 35.000 objets, dont plus de 7.000 créations de haute couture.

La visite se fait sur 450 m2 de parcours, dans de petits espaces cloisonnés, qui donnent une impression d'intimité. Dans l'atelier à l'étage, restitué quasiment à l'identique, on s'attend presque à voir surgir Saint Laurent: ses lunettes sont posées sur son bureau, sa blouse blanche sur le dossier de la chaise, la gamelle de son chien Moujik est disposée au pied de la table.

Dans ce musée uniquement consacré à la haute couture, les pièces emblématiques du couturier qui a "donné le pouvoir aux femmes" sont en bonne place: le smoking, la saharienne, le jumpsuit, le trench coat, devenues des classiques de la garde-robe féminine. Sur un podium voisin, des pièces de la première collection en 1962, et en face, des croquis et des photos de sa préparation.

Plusieurs salles abordent les sources d'inspiration de Saint Laurent, disparu en 2008. Dans la partie "voyages imaginaires", une robe africaine de 1967 se dresse comme un totem, ses seins coniques rappelant ceux des corsets, ultérieurs, de Jean Paul Gaultier. Une cape couverte de broderies de bougainvilliers évoque le jardin Majorelle à Marrakech, à côté d'un ensemble de la fameuse collection des ballets russes de 1976. L'oeuvre de Saint Laurent se nourrit de l'histoire de la mode, avec ses robes de vestales de l'Antiquité, ses longues robes de velours médiévales, jusqu'aux silhouettes des années 1940.

Grand absent

Elle dialogue aussi avec l'art, s'inspirant de tableaux de Picasso, Matisse ou Van Gogh, mais surtout avec la fameuse robe Mondrian, créée en 1965, qui donne corps au tableau. Alors que la mode est de plus en plus présente dans les musées avec des expositions à succès, Yves Saint Laurent avait été le premier couturier à se voir consacrer une rétrospective de son vivant, au Met de New York en 1983. "Pierre Bergé disait +la mode n'est pas un art, mais il faut un artiste pour la créer+", rappelle la conservatrice du patrimoine Aurélie Samuel. "Je crois que c'est l'histoire qui nous dira si la mode est un art, et quelle mode est un art".

L'homme d'affaires et mécène est le grand absent de l'inauguration du musée, jeudi, par la ministre de la Culture Françoise Nyssen. "Nous sommes profondément tristes qu'il ne soit pas là. Mais il aurait voulu qu'on continue", a déclaré à l'AFP le mari de Pierre Bergé, Madison Cox, désormais président de la fondation. "Il a suivi tout le projet et il m'a dit environ une semaine avant sa mort qu'il allait mourir totalement apaisé. Je pense qu'il était sincère. Il avait tout mis en place". Le musée, qui a reçu le label Musée de France garantissant l'inaliénabilité des collections, a vocation à accueillir à partir d'octobre 2018 des expositions temporaires. Le prix des billets va de 7 à 10 euros. (Par Anne-Laure MONDESERT / AFP)

Image: Studio KO, Musee Yves Saint Laurent, Marrakesh

Le turban, un "trophée" contre l'intolérance religieuse au Brésil

Rio de Janeiro - Quand la Brésilienne Rogéria Ferreira a été obligée d'enlever son turban pour prendre une photo destinée à sa carte d'identité, elle s'est sentie blessée dans son intimité. Cette styliste noire de 36 ans a pris l'habitude de couvrir son "ori" (tête en Yoruba) pour respecter les préceptes du candomblé, religion apparue au Brésil au XVIe siècle avec l'arrivée d'esclaves venus d'Afrique.

"Pour beaucoup de gens, c'est juste un morceau de tissu, une mode. Mais ce turban représente mes ancêtres. Si je sors sans turban, c'est comme si j'étais nue. Je me suis sentie humiliée, agressée", raconte-t-elle à l'AFP. Comme Rogéria a dû refaire sa carte d'identité dans l'urgence après avoir été victime d'un vol à main armée, elle n'a pas eu le choix. Mais, pour la première fois de sa vie, des fonctionnaires de l'état civil lui ont dit que pour prendre la photo avec son turban, il lui aurait fallu présenter un certificat médical disant qu'elle avait un cancer ou une lettre de sa "mère de saint" (prêtresse du candomblé). La jeune styliste a fini par se résigner: elle s'est découverte. Mais n'a pas baissé les bras.

'Esprits immondes'

S'estimant victime de "préjugé racial et religieux", elle a engagé une longue bataille judiciaire et a obtenu gain de cause un an plus tard. En mars, le parquet de Rio a autorisé des photos d'identité avec "tout type de couvre-chef pour des raisons de conviction religieuse". Rogéria a donc pu faire une autre carte, avec un flamboyant turban jaune orné de fleurs roses: "Cette carte d'identité, c'est mon trophée, un trophée collectif".

Son combat s'inscrit dans un contexte de plus en plus tendu, les épisodes d'intolérance religieuse s'étant multipliés ces derniers mois au Brésil. De nombreux adeptes du candomblé ont été victimes récemment d'agressions de la part de membres d'Églises évangéliques néo-pentecôtistes, dont certains étaient même des narcotrafiquants reconvertis. Le 17 septembre, la dixième édition de la Marche pour la liberté religieuse a réuni plusieurs milliers de personnes sur la célèbre plage de Copacabana à Rio. "Notre pays est laïc, mais nous sommes en train de revenir au temps de l'inquisition", s'était indigné à l'occasion le Doté (prêtre) Adriano, de la branche Sogbo du candomblé, entouré d'un groupe de fidèles, tous vêtus de blanc.

Début septembre, deux vidéos qui circulaient sur les réseaux sociaux montraient des individus forçant des fidèles de religions afro-brésiliennes à détruire des images saintes dans leurs lieux de culte. Ces tensions récentes ont eu lieu alors que la ville de Rio est administrée depuis le début de l'année par le maire Marcelo Crivella, pasteur de l'Église Universelle du Règne de Dieu, une des principales Églises évangéliques du pays. Avant de prendre ses fonctions, l'édile avait dû s'excuser publiquement de propos tenus dans son livre "Évangéliser l'Afrique", datant de 1999, dans lequel il parlait d'"extirper les esprits immondes".

'Voilà la sorcière'

"La discrimination à Rio est terrible. Quand je marche dans la rue, certaines personnes me regardent de travers et disent: 'voilà la sorcière'. Parfois, même quand le bus est plein, personne ne s'assied à côté de moi", explique Rogéria. "La discrimination est généralisée, mais à l'encontre des Noirs, elle est exacerbée", estime-t-elle. "J'ai appris à le prendre avec humour", admet-elle, regrettant l'"ignorance" de la population en ce qui concerne le candomblé.

Même si le port du turban n'est pas interdit dans ce pays laïc, et si cet accessoire est même devenu une mode pour les femmes, sans distinction de race, Rogéria n'est pas la première à se dire victime de discrimination. La militante noire Dandara Tonantzin a indiqué avoir été agressée l'an dernier lors d'une cérémonie de remise de diplômes dans le Minas Gerais (sud-est) où des jeunes lui avaient arraché son turban.

Le Brésil, pays à la plus grande population catholique au monde, est en pleine mutation religieuse. La proportion de catholiques est passée de 92 pourcent en 1970 à moins de 65 pourcent en 2010, selon le dernier recensement de l'Institut de géographie et de statistiques (IBGE). Sur cette même période, les églises évangéliques ont vu leur nombre de fidèles augmenter de 5,2 pourcent à 22,2 pourcent de la population. Pour ce qui est des religions afro-brésiliennes, ce chiffre tombe à 0,3 pourcent, mais certains analystes estiment que beaucoup n'osent pas assumer leurs croyances à cause des préjugés. ( Par Carola SOLÉ / AFP)

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