(publicité)
(publicité)
Casa Moda Academy attise la créativité des jeunes du Maroc

Le Maroc continue à s’émanciper côté création. Hormis les écoles de couture locales, qui respectent les codes traditionnels du pays et un savoir-faire qui généralement se transmet au fil des générations, puis l’Ecole Supérieure des Industries du Textile et de l’Habillement (ESITH), le Maroc compte dans son giron, depuis presque dix ans, l’unique école de mode à vocation contemporaine et internationale qui semble aujourd’hui s’instaurer dans le système et vouloir exporter ses talents.

Casa Moda Academy a été imaginée par l’Association Marocaine des Industries Textiles et de l’Habillement (AMITH) dans le but d’accompagner le développement du secteur et créée sous un partenariat entre l’AMITH et l’Etat Marocain. Depuis sa création en 2010, la France s’est également beaucoup investie dans le projet grâce à la participation de l’Agence Française pour le Développement (AFD) et l’expertise de Dominique Chardon-Savard, co-fondatrice de l’Atelier Chardon-Savard, disposant de deux écoles à Paris et Nantes, qui suit de près l’évolution de cette école.

Casa Moda Academy attise la créativité des jeunes du Maroc

Plus qu’un pays fournisseur de l’Union Européenne ?

Aujourd’hui le Maroc ne veut plus être vu simplement comme l’une des régions fournisseuses de textile et d’habillement de l’Union Européenne, puisqu’il se hisse à la 7ème place du classement mondial. Premier employeur industriel du pays, il compte actuellement 175.000 emplois stables et a réalisé, en 2015, un chiffre d’affaires de 31,4 milliards de Dirhams (environ 3 milliards d’euros). Ses 1.600 entreprises textiles sont là pour produire chaque année un milliard d’articles. D’ici 2025, les prévisions de croissance sont fort alléchantes. Le marché du textile marocain devrait doubler et atteindre les 100 milliards de dirhams (10 milliards d’euros de chiffre d’affaires) grâce à l’émergence de la classe moyenne et souhaite dans un second temps se faire reconnaître pour sa créativité.

Un plan d’accélération industrielle et la formation de 100 000 profils prévus pour 2020 devraient permettre au Maroc de renforcer sa capacité à attirer les investissements étrangers (lire notre article « Le Maroc se prédit un bel avenir entre accélération industrielle et créativité » du 26/10/2016). Surtout que dans la zone Euromed (pays du Maghreb et bassin méditerranéen), la concurrence est toujours aussi forte et la production de proximité, parfois au détriment des pays d’Asie, reprend pour les marques européennes qui y trouvent leur compte.

Casa Moda Academy attise la créativité des jeunes du Maroc

18 finalistes, 18 univers

L’avantage d’étudier à Casa Moda Academy est multiple. Cette école presque « révolutionnaire » dans le pays, qui offre la possibilité aux étudiants d’exprimer une vision moderne de la mode et conforme à leurs idées et émotions, forme en trois ans aux métiers de créateur de mode, styliste de vêtements et accessoires, de bureaux de style ou styliste photo pour la presse et les marques, entre autres. Au bout de ces trois années, une licence professionnelle est délivrée sous l’oeil aiguisé de Sylvie Billaudeau, la directrice pédagogique de l’école. Formée à Esmod Paris en 1987, elle a fait ses armes chez Chanel Haute-Couture, puis en tant que costumière pour le théâtre, avant de partir s’installer au Maroc avec son époux. Autre avantage pour un étudiant de classe moyenne n’ayant pas les ressources financières pour suivre des études de mode à l’étranger, Casa Moda Academy prend 26 000 dirhams (2 500 euros) par an de frais de scolarité. De quoi permettre « à tous » d’avoir accès à un cursus moderne et parfois de trouver un stage dans une maison de mode à l’étranger...et d’y rester ?

Il y a quelques jours, FashionUnited a rencontré à Casablanca les dix-huit finalistes du défilé de fin d’année « 7th New Generation’s Fashion Show ». « Un double challenge cette année car l’an dernier ils n’étaient que neuf », précise Dominique Chardon. On retrouvait autant de collections que de personnalités. Des univers complètement différents : du barroque chic de Kaoutar Ben Ali au tissage en 3D de Fatima Ezzahra Errih, en passant par la femme mutante d’Othmane El Gamah, au coup de coeur brésilien de Maroua Alla, au streetstyle de Mohammed Kahhouli, à la religieuse dark d’Ansar El Yacoubi ou encore à l’inspiration marine de la BD Corto Maltés de Sara Bousmah, jusqu’aux messages revendicateurs ultra-féministes « Brains are our new tits » de Zineb Benkirane...

Casa Moda Academy attise la créativité des jeunes du Maroc

Un pari réussi et « avec les moyens du bord », ajoutent les professeurs, car les étudiants ont dû acheter et se procurer eux-même leurs tissus pour monter leur première collection. « Souvent les tissus sont importés et ils n’ont pas forcément les moyens de se les offrir » commente Sylvie Billaudeau. « Cependant, un des élèves ayant très peu de moyens financiers a pu bénéficier de plusieurs mètres de toile denim por réaliser sa collection. C’est d’ailleurs le Cluster Marocain de Denim (MDC), un de nos partenaires très présents pour l’école, qui a soutenu le lauréat en lui fournissant les matières et en réalisant aussi les traitements jeans », ajoute Bechar El Mahfoudi, le directeur de communication, également enseignant de l’école et l’initiateur de FestiMode Casablanca.

Photos : courtoisie de CMA. Othmane el Gamah, Kenza Latif, Sarah Bousmah et Ansar El Yacoubi.

La course au brut

La haute joaillerie se porte bien, merci. C’est même aujourd’hui l’un des principaux relais de croissance pour les grands groupes de luxe (LVMH, Richemont, Kering) qui sont tous prêts à acheter à prix d’or les quelques rares maisons de joaillerie encore indépendantes sur le marché. La vogue de ce secteur s’explique, dans une certaine mesure, par la valeur d’investissement des pièces proposées. Les prix faramineux auxquels s’envolent les joyaux vintage proposés lors des ventes aux enchères publiques le prouvent. Mais la valeur d’investissement n’explique pas tout. Une pièce de haute joaillerie, c’est aussi une exaltation d’un artisanat fragile, d’un certain art de vivre précieux, une évocation d’un patrimoine et d’une histoire : des valeurs auxquels les consommateurs actuels en quête de sens sont plus que jamais sensibles. Les consommateurs, mais aussi le grand public qui n’a pas forcement les moyens d’acquérir de tels joyaux. C’est en tout cas l’enseignement que nous tirons du succès des expositions consacrés aux bijoux. On pense par exemple à l’exposition qui se tient actuellement au Grand Palais (jusqu’au 05 juin prochain) consacrée aux pièces de la collection Al Thani : des joyaux inestimables, composés de diamants, de gemmes de renom qui racontent l’histoire de la joaillerie indienne, de la période Moghole à nos jours.

Pour perpétuer cette magie, les grands joailliers n’ont d’autres choix que d’acquérir des gemmes d’exception. Hors, on le sait, ces pierres inouies sont rares. Les mythiques mines de Golgonde en Inde, qui ont fourni durant plusieurs siècles les diamants les plus gros et les plus purs, sont désormais épuisées. Les diamants de Golconde proposées aujourd’hui à la vente (c’est à chaque fois un grand évènement) proviennent de collections anciennes. La Terre n’est pas extensible et les trésors issus de ses entrailles ne sont pas inépuisables. Mais il reste encore, pour les diamants en tout cas, de merveilleuses trouvailles qui sortent, parcimonieusement des mines d’Afrique du Sud.

Pour créer l’exploit, un diamant brut doit conjuguer plusieurs critères dont les principaux sont le poids qui s’exprime en carat, et sa pureté qui s’exprime en grade. Sans entrer dans des détails trop techniques, disons simplement que lorsqu’un diamant satisfait les critères de pureté les plus exigeants, son grade est Flawless. C’est excessivement rare. Sa couleur aussi est un élément important ; la couleur blanche la plus parfaite est la couleur D. Inutile de dire que les diamants D Flawless sont excessivement rares. Aussi quand on a la chance de mettre un jour un tel prodige minéral, les esprits s’échauffent légitimement.

Un décryptage du brut qui va durer plusieurs mois

C’est la raison pour laquelle les maisons de joaillerie communiquent désormais sur l’acquisition de ces diamants bruts exceptionnels, avant même que ceux-ci ne soient taillés. Chopard a par exemple mis en lumière en janvier dernier un diamant rarissime de 342 carats découvert au Botswana. Caroline Scheufele qui co-préside la maison Genevoise s’était immédiatement rendue sur place, dans la mine à cœur ouvert de Karowe, pour se rendre compte en personne de l’énergie dégagée par le diamant. Elle a supervisé elle-même, une fois l’acquisition faite, chaque étape du parcours de la pierre, afin de lui offrir un destin à sa mesure : c’est ainsi que la pierre baptisée « Queen of Kalahari a donné naissance à un ensemble de 23 diamants dont cinq ont une taille supérieure à 20 carats. Ils composent désormais les six fabuleux bijoux de la collection baptisée « Jardin de Kalahari » au sein de laquelle scintille la plus précieuse parure jamais sortie des ateliers de haute joaillerie de la maison Chopard : un collier de lumière qui se décline en 4 options grâce à des mécanismes invisibles pour devenir au gré des envies, un tour du cou, ennobli ou non d’une fleur, elle même ornée ou non de trois pendants. Un exploit rendu possible par la présence sous le même toit de plus de 30 métiers différents.

Hier, c’est la maison Graff qui, à son tour, a annoncé l’acquisition d’un diamant brut exceptionnel. Ce n’est pas la première fois que le joaillier anglais nous surprend avec ce type de trouvailles. A travers son histoire, Graff a en effet dominé la liste des pierres exceptionnelles taillées et polies durant ce siècle. Quelques exemples : Le Venus (le plus large diamant D Flawless taille cœur au monde 118.78 cts), Le Constellation (le plus large diamant rond D Flawless au monde 102.79 cts) et Le Delaire Sunrise (le plus large diamant Fancy Vivid Yellow taille émeraude au monde 118.08 cts).

Ce diamant nouvellement acquis par Laurence Graff vient lui aussi de la mine de Karowe, au Botswana. Il avait été découvert au même moment que le “Lesedi la Rona”, le deuxième plus gros diamant brut de qualité jamais découvert depuis plus d’un siècle. Mesurant 48mm x 41mm x 22mm, la pierre brute pèse 373.72 carats. Classifiée de couleur D, Type IIa, elle a évidemment le potentiel de devenir une très importante pierre polie. Monsieur Graff, fondateur de la maison éponyme, ne cache pas sa joie : « Chaque diamant a un script intérieur, qu'il faut lire et respecter. Nous allons maintenant passer du temps à découvrir les secrets de cette magnifique pierre». Certaines données forcent effectivement l’admiration : les experts s’accordent pour dire que ce magnifique brut d’une transparence et qualité exceptionnelle a été formé il y a plus de 3 milliards d’années, pendant la création même de la Terre. Les gemmologues et les tailleurs ont commencé à décrypter ce brut pour en faire ressortir sa beauté interne. Le procédé prendra surement plusieurs mois.

Crédit photo : www.graffdiamonds.com, collier The Garden of Kalahari, Chopard. DR

Bauhaus:"l'art débraillé" plaît toujours à la mode

Une fusion entre les beaux-arts et les arts appliqués. Telle pourrait être la vocation de l’école du Bauhaus –tirant son éthymologie de Bauen, en allemand, (construire) et Haus (maison)- qui continue aujourd’hui d’inspirer les artistes, graphistes, plasticiens ou créateurs de mode.

Il y a quelques mois, le Musée des Arts Décoratifs à Paris exposait rue de Rivoli, « L’Esprit du Bauhaus » à travers plus de 900 oeuvres, objets, mobilier, dessins, textiles et créations de mode. En seulement 14 ans d’existence (de 1919 à 1933), le Bauhaus n’a cessé de se reproduire.

L’héritage du Bauhaus

Le mobilier, tel que la célèbre chaise de Wassily, s’impreignait de codes avant-gardistes de l’époque, de l’expressionnisme à l’art populaire. Les objets, comme la lampe Wagenfeld conçue par Wilhelm Wagenfeld ou la théière en argent et ébène de Marianne Brandt, alliaient technique et esthétique, dans le but de bâtir un meilleur environnement quotidien pour l’être humain.

Bauhaus:"l'art débraillé" plaît toujours à la mode

Les peintures de Paul Klee et Vassily Kandinsky défendaient un « art classique moderne », coloré et total, évoquant le « constructivisme » ou le « pêle-mêle ». Pour Olivier Gabet, directeur du Musée des Arts Décoratifs de Paris et commissaire de l’exposition “L’esprit du Bauhaus”, « l’idée de Walter Gropius – fondateur du Bauhaus- était que les pratiques artistiques se téléscopent. »

« Ne pas mélanger art et goût »

Le tourangeaux et historien d’art, Eric de Chassey, a récemment publié une longue étude sur l’art abstrait et son influence dans le design contemporain aux éditions Gallimard. Dans son livre, l’auteur semble vouloir clarifier cet « art abstrait bordélique », notamment régit par les artistes cubistes du Dada et Bauhaus et offre des réflexions nécessaires pour éviter de mélanger art et goût.

L’expérimentation des formes et des couleurs

Bauhaus:"l'art débraillé" plaît toujours à la mode

Dans la mode, nombreuses ont été les marques à utiliser le Bauhaus avec des lignes épurées et fonctionnelles, des découpes géométriques et des blocs de couleurs. Et parmi elles, Jil Sander, Ralph Lauren, Hermès, Robert Clergerie, Sportmax, Michael Kors, Issey Miyake, Chanel, Longchamps, Marni, Essentiel, Paule Ka, Fendi ou Pierre Hardy, entre autres.

Et même s’il reste des pièces (objets ou autres) d’époque, la productivité était limitée en raison de la courte durée de vie de l’école « littéralement saccagée par la gestapo en 1932 », indique Gabet lors d’une interview au journal belge La Libre. Les créateurs de mode, eux, sont depuis toujours très friands du Bauhaus pour sa philosophie mettant en oeuvre son artisanat et l’expérimentation des formes et des couleurs. Une façon originale de revisiter la mode loin des sentiers battus.

Rick Owens, Automne/Hiver 2017-18

Bauhaus:"l'art débraillé" plaît toujours à la mode

Rick Owens a présenté à Paris sa dernière collection Automne/Hiver 2017-18 : véritable ode à l’architecture et à l’expérimentation du Bauhaus allemand. Pantalons flotants très larges noirs, longues doudounes colorées, rembourrages extras placés en hauteur du buste et looks destructurés prennent une nouvelle dimension.

Bauhaus:"l'art débraillé" plaît toujours à la mode

La mise en scène du défilé rappelle le théâtre, comme il avait été dirigé dans l’école à l’époque par Oskar Schlemmer. Les corps féminins sont couverts de pièces qui semblent les protéger. De quoi ? Du froid et de toutes les menaces mécanistes du 21ème siècle.

Louis Vuitton s’y met aussi et incorpore dans sa collection de prêt-à-porter Printemps/Eté 2017, un t-shirt à l’esprit Bauhaus, réalisé par Stuart Tyson et vendu au prix de 385 euros.

Üterque choisit un design Mid-Century et Bauhaus

Autre exemple récent du Bauhaus dans la mode, la chaîne de mode et accessoires Üterque ayant adopté le style dans l’un de ses établissements. La marque du groupe espagnol Inditex a ouvert fin avril un flagship store à Barcelone sur l’emblématique Paseo de Gracia.

Bauhaus:"l'art débraillé" plaît toujours à la mode

La décoration intérieure se base sur le mouvement américain Mid-Century, qui a surgit dans les années 50, et incorpore des références de l’école Bauhaus et du style international architectonique. Ambiance minimaliste aux airs de boîte blanche, avec des murs et des plafonds suspendus pour conférer davantage de légèreté au magasin. Le sculpteur péruvien, Aldo Chaparro, a participé à la décoration avec la transformation de matières préfabriquées, comme au temps de la Bauhaus. Et pour ne pas perdre ses racines espagnoles, Üterque a choisi un éclairage éco-efficient qui recrée le soleil de la Méditerranée.

Photos : Lampe Wagenfeld (pinterest), Défilé Issey Miyake 1995, Défilé Rick Owens FW 2017/18, T-shirt Vuitton (site web Louis Vuitton), Üterque (coutoisie Inditex).

La tribu de Rei Kawakubo : Ne venez pas à moins que je vienne vous chercher

EXPOSITION Ce n'était pas un samedi matin comme les autres au Met Museum. Une crise éclata au troisième étage, des brins de fleur de cerisier parfumant le foyer. Personne ne parlait, mais la tension était palpable.

De quel côté es-tu ?

L'exposition Comme des Garçons s’appelle l’ « Art of the In-Between » qui veut dire l’art d’être entre les deux, mais Rei Kawakubo n’était pourtant pas prête à faire de compromis. Donc, nous nous trouvions un peu dubitatifs. Les irréductibles de la mode d'un côté, prostrés dans le silence, leurs pieds ornés de grosses chaussures bien ancrés dans le sol, habillés de chaînes, de volants et de plastiques ; de l'autre les partisans du jean et des sneakers, munis de leur New York Times , qui avaient prévus de bruncher après, parlant fort. Ces deux tribus sont donc entrer en guerre : la première religieusement dévouée à Rei Kawakubo et son refus du conformisme et des notions de genre, de beauté, ou d’idée même de création ; l’autre tribu, ayant vu sur les affiches de l’exposition des mannequins s'attendaient à voir des vêtements. Cela ne pouvait pas bien se terminer.

Je contourne un groupe de filles devant la « robe de Rihanna ». Selon Instagram, la célèbre chanteuse « a remporté le Met Ball », avec sa tenue Comme des Garçons, quelques nuits auparavant. Un groupe confond une robe que « Katy Perry aurait porté » avec une robe Comme des Garçons, or elle portait ce jour là une tenue Maison Margiela. Des novices.

Eviter la crise

Les références aux célébrités font partie intégrante de la mode aujourd’hui et en particulier quand on parle du Met Ball. Il était donc inévitable qu’un visiteur déclare dans les couloirs, comme ayant eu une vision, « Ohhh, je sens les vibrations de Lady Gaga ». Alors que Lady Gaga a effectivement porté quelques-unes des créations de Rei Kawakubo ces dernières années, cela reste douloureux pour un fan de la mode de résumer les quarante années de créations révolutionnaires de la Japonaise réduites à ... Joanne.

L'univers Comme des Garçons nécessite une immersion totale. Mais en échange de votre engagement, il offre la promesse de délectations qui développe l'esprit des amateurs d'art moderne. Observer ces décennies d'évolution subversive est comme suivre le parcours de Picasso, depuis les premières esquisses jusqu'à la période bleue jusqu'aux différentes représentations de Marie Thérèse et Dora Maar. Mais tandis que les peintres ou les sculpteurs sont autorisés à être abstraits et grandioses, les visionnaires qui travaillent autour des vêtements ne semblent pas pouvoir jouir de cette liberté. Rei Kawakubo s’est malgré tout permis cette émancipation, il y a quelques années, et a bien fait. Elle n’est pas une créatrice de mode à proprement parlé, n'ayant aucune formation officielle. Le monde entier lui a collé cette étiquette.

« Je n'ai jamais pensé à la mode ... Je n'y portais presque aucun intérêt. Ce qui m’a intéressé, ce sont les vêtements, ceux que l'on n'a jamais vu auparavant, qui sont complètement nouveaux, afin de trouver de quelle manière on peut les exprimer. Est-ce cela qu'on appelle la mode ? Je n’en sais rien. »

La tribu de Rei Kawakubo : Ne venez pas à moins que je vienne vous chercher

Une passe difficile

Un monsieur plus âgé s'écarte du mur sur lequel il s’était appuyé, en murmurant : « Je ne sais pas, rien de tout cela ne me plaît beaucoup ...» Sa femme, qui regardait l’installation Body Meets Dress, Dress Meets Body, (Le corps à la rencontre de la robe, la robe à la rencontre du corps) avec une robe de nylon en Vichy bleu et blanc, avec des rembourrages sur le côté, rend aussi son verdict : « ce ne serait pas une partie que je voudrais accentuer », et le suit. Pourquoi ne pas lire la description ? J’avais envie de courir après eux pour leur dire. Rei a juste voulu repenser le sablier comme modèle du corps féminin...

L'une de mes installations préférées s’intitule Child/Adult (Enfant/Adulte). De nombreux observateurs semblent également fascinés par ces pièces à motifs exotiques. Une robe florale au crayon, avec des volants et des tentacules, semble mettre de bonne humeur deux dames à côté de moi, clairement captivée de celle-ci. Mais je réalise qu'elles sont en train d’imaginer leurs petites-filles dedans. La sagesse qui vient avec l’âge n’est pas toujours un concept réaliste. J’hésite à intervenir mais je décide de me taire.

Je me mets à écouter une femme qui explique à son compagnon : « C'est comme si tu regardes une œuvre d’art de Claes Oldenburg, tu sais, ces sculptures en tissu ... » « Ou John Chamberlain ? », demande-t-il, espérons-le. « Exactement, ou John Chamberlain. » Ils continuent leur chemin en souriant. Je souris aussi.

Le jour du Seigneur

J'entends soudain le mot « SDF », pour décrire les pulls « holey » du début des années 80, capturés en noir et blanc par le photographe Peter Lindbergh, et m'abstiens de répondre que ses étudiants en mode, à l'époque, auraient préféré être sans abri pour avoir le privilège d’en avoir un.

« Mais il n'y a nulle part où mettre vos bras ! », s'écrie une voix derrière moi. Je regarde autour de moi. Vos bras sont pris au piège, mais votre esprit est libre, avez-vous déjà pensé à cela ? « Qui porte du noir à son mariage ? » Je regarde en arrière. En fait, tout le monde, avant que la Reine Victoria ne décide de passer au blanc.

La tribu de Rei Kawakubo : Ne venez pas à moins que je vienne vous chercher

L'installation intitulée Birth/Marriage/Death (Naissance/Mariage/Décès) suscitent beaucoup d'intérêt. Une dame blague devant : « Eh bien, ça résume bien la vie ! » Ses amis se mettent à rire trop fort. Cela semble rassurant de voir qu'ils ont trouvé quelque chose avec lequel se connecter.

Puis : « Imaginez une veuve arrivant aux funérailles de son maris comme ça. » Aurait-il quelque chose à dire à ce sujet ? Je pense. « On dirait un personnage crasseux de Charles Dickens. » Je crois que tu arrives à comprendre l’esprit. « J’aime le rose. Mais je n’aime pas la tenue. » Non, vous l'avez perdu de nouveau : vous utilisez le mot «tenue». Laissez ce genre de discours à la porte en arrivant.

de fade à gris

Les remarques les plus navrantes de la matinée viennent deux touristes, grognant à haute voix. « Tu es content d’être venu pour cela ? », se moque l’un d’eux, auquel son ami répond : « Honnêtement, il n'y a rien à sauver dans tout cela. »

Oh non ! didn’t. Pouvons-nous leur montrer la sortie ?

Mais je mène une bataille déjà perdue d’avance. Cette exposition est sur l'art de l’entre-deux, et cette zone grise est la source même du conflit. Juste parce que les vêtements sont placés dans un musée important, ne signifie pas que les visiteurs auront laissé derrière eux toutes les idées préconçues qu'ils ont sur les vêtements. Au lieu de cela, ils arriveront armés de leur connaissance sur les tapis rouges ou leurs tenues de tous les jours et les appliqueront à l’avant-garde de Rei Kawakubo, en dépit des explications de la brochure. Tout le monde possède des vêtements mais ils représentent le moyen d’expression le plus démocratique. Ce qui donne à tout le monde le sentiment d’avoir quelque chose à dire.

Par conséquent, je laisserai le dernier mot à Rei Kawakubo elle-même : « Personnellement, je ne me soucie pas de la fonctionnalité ... Quand j'entends « où pourriez-vous porter ça? » ou « ce n'est pas facile à porter » ou« qui porterait-il cela ? « Pour moi, c'est juste un signe que quelqu'un est passé à côté du but. »

Tout est dit.

La tribu de Rei Kawakubo : Ne venez pas à moins que je vienne vous chercher

Par la contributrice Jackie Mallon, professeure de plusieurs programmes de mode à New York et auteure de Silk for the Feed Dogs, un roman sur l’industrie de la mode internationale.

Photos prises par Jackie Mallon pour FashionUnited; photo en homepage The Met Facebook page.

Le couturier et photographe Karl Lagerfeld sera l'invité d'honneur de Paris Photo, première foire mondiale du secteur dont la 21e édition se tiendra du 9 au 12 novembre au Grand Palais, ont annoncé jeudi les organisateurs.

Quelque 150 galeries et 30 éditeurs internationaux participent à cette manifestation consacrée à la création photographique, qui attire chaque année plus de 60.000 visiteurs. "Karl Lagerfeld est un créateur extrêmement complet, c'est un photographe, un collectionneur, un éditeur", a souligné la directrice du salon, Florence Bourgeois, interrogée par l'AFP.

"C'est quelqu'un qui va offrir un regard transversal", a-t-elle poursuivi. "Il ne vient pas seulement de la photographie, il a une autre pratique qui nous intéresse, au même titre que David Lynch, qui avait été choisi comme invité d'honneur en 2012". Directeur artistique de Chanel, Fendi et de sa marque éponyme, Karl Lagerfeld, 83 ans, a commencé son travail de photographe en 1987. Il a reçu le Prix de la Culture de la Deutsche Gesellschaft für Photographie et le ICP Trustee Award de l'International Center of Photography, soulignent les organisateurs.

Lagerfeld avait exposé en 2015 ses clichés, pour la plupart des grands formats, à la Pinacothèque. "Aujourd'hui la photographie fait partie intégrante de ma vie. Elle crée un mouvement harmonieux entre ma fièvre artistique et mon effervescence professionnelle", a commenté Karl Lagerfeld, cité dans un communiqué.

Le "Kaiser de la mode" va sélectionner une centaine de photographies parmi les milliers qui sont présentées par les galeries de la foire. Ces photographies feront l'objet d'un parcours sur le salon, et d'un livre qui sera publié aux Editions Steidl. (AFP)

Festival de mode à Hyères: la Suissesse Vanessa Schindler couronnée

La Suissesse Vanessa Schindler a remporté dimanche le grand prix du jury Première Vision du festival de mode d'Hyères, tremplin de la jeune création dont la 32e édition a fait la part belle aux femmes.

La jeune femme de 29 ans, issue de l'école Head à Genève, a aussi décroché le prix du public et de la ville d'Hyères avec sa collection de mode féminine baptisée "Urethane Pool, Chapitre 2". "Le choix de Vanessa Schindler s'est imposé presque comme une évidence", a commenté le président du jury mode, Bertrand Guyon, directeur artistique de la maison Schiaparelli, ajoutant que le grand prix lui était attribué à l'unanimité.

"L'utilisation très subtile d'une matière pourtant pauvre (l'uréthane, un composé chimique) associée à la fausse fourrure, au jersey, a séduit le jury", a-t-il poursuivi, saluant "une alchimie inattendue, semblable à la plus précieuse des broderies qui semble bouger avec le corps" et "une beauté sensuelle et délicate, féminine et forte à la fois".

Le prix Chloé est revenu à l'Allemande Gesine Försterling, tandis qu'une mention spéciale a été attribuée par le jury à la Finlandaise Maria Korkeila pour une collection de mode homme. Dix créateurs de 8 nationalités différentes concourraient devant le jury mode. Du côté des accessoires de mode, qui constituaient la nouveauté de cette édition, c'est aussi une créatrice suisse, Marina Chedel, 28 ans, qui a été couronnée.

Le jury, présidé par le créateur Pierre Hardy, lui a attribué le grand prix Swarovski pour sa collection de chaussures baptisée "Over the peak" qui tourne autour de l'univers de la montagne, où elle a grandi. La Française Wendy Andreu a quant à elle remporté le prix du public et de la ville d'Hyères pour sa collection de sacs et de chapeaux.

Le jury photographie, présidé par le Britannique Tim Walker, a couronné l'Irlandais Daragh Soden, qui dresse le portrait de la jeunesse de Dublin avec sa série "Young Dubliners". Le prix de la photographie American Vintage a été décerné à l'Américain Luis Alberto Rodriguez, qui a également été récompensé par le prix du public et de la ville d'Hyères. Le prix de la nature morte est revenu à la Néerlandaise Roos Quakernaat.

Le Festival international de mode et de photographie à Hyères, qui s'achève lundi, se tient chaque année dans le cadre de la villa Noailles, sur les hauteurs de la ville, où sont organisés expositions, showrooms, rencontres et ateliers, ouverts au public. Ce rendez-vous, destiné à faire émerger et soutenir de nouveaux talents, a notamment distingué dans le passé Anthony Vaccarello, directeur artistique de Saint Laurent, mais aussi Julien Dossena (Paco Rabanne) ou encore le duo néerlandais Viktor&Rolf. (AFP)

Photo: Anne-Christine Poujoulat / AFP

La ministre de la Culture Audrey Azoulay a annoncé vendredi la création d'un fonds mode au sein de la collection du Centre national des arts plastiques (CNAP), qui s'enrichira grâce à l'acquisition de cinq pièces de créateurs à chaque saison.

Cette mesure est destinée à "permettre la constitution d'un fonds représentatif de la création contemporaine", indique le ministère dans un communiqué, après la remise d'un rapport sur le patrimoine de la mode en France réalisé par Olivier Saillard, directeur du Palais Galliera, Musée de la mode de la ville de Paris.

Ce rapport, qui dresse un état des lieux des collections de mode conservées au sein de 32 musées et 12 fonds privés de maisons de mode, souligne "la fragilité de ces collections en raison des disparités de moyens et d'expertise pour restaurer ou entretenir ce patrimoine".

Parmi les autres mesures retenues, la "création d'un label +patrimoine français de la mode+ pour souligner l'exemplarité du travail de conservation de certaines maisons de couture et des marques".

Le ministère a aussi annoncé le "lancement des premières rencontres professionnelles sur le patrimoine de la mode" et "le recensement des collections des 32 musées détenant des fonds de mode sur le portail du ministère dédié aux collections des musées de France". (AFP)

Le 32e Festival international de mode et de photographie de Hyères (Var), qui fait émerger des jeunes talents venus du monde entier, accueillera de jeudi à lundi expositions, défilés et rencontres, avec la création cette année d'un prix de l'accessoire.

Aux 10 jeunes stylistes et 10 photographes émergents en lice dans les deux disciplines historiques du festival --la mode et la photographie-- s'ajoutent cette année pour la première fois 10 créateurs d'accessoires en herbe. La jeune garde présentera à la villa Noailles ses créations à des jurys, présidés respectivement par Bertrand Guyon, directeur du style de la Maison Schiaparelli, par le photographe de mode britannique Tim Walker et par le créateur de chaussures Pierre Hardy.

Au prix "accessoires de mode", sponsorisé par le spécialiste de cristaux Swarovski à hauteur de 15.000 euros, s'ajoute également un nouveau prix de photographie créée avec la marque marseillaise American Vintage, doté de la même somme.

La villa Noailles, située sur les hauteurs de Hyères, a été construite dans les années 1920 par Robert Mallet-Stevens pour le couple de mécènes Charles et Marie-Laure de Noailles. En octobre 2016, une annexe de la villa - Le château Saint-Pierre, atelier de prototypage pour la mode et le design - a été détruit aux trois-quarts par un incendie.

"Les travaux de déblaiement ont commencé la semaine dernière et la reconstruction du bâtiment sera terminée après l'été", a précisé Jean-Pierre Blanc, fondateur et directeur du festival. Le 18 mars, le président de la République François Hollande lui a octroyé le label de centre d'art d'intérêt national, "une première pour un centre d'art", s'est réjoui M. Blanc, alors que ce statut est habituellement attribué aux lieux de spectacles.

Fondé en 1986 par ce Hyérois à la suite d'un projet de fin d'études, le festival est devenu un rendez-vous incontournable, qui a permis de révéler de nombreux talents. Parmi eux, Julien Dossena, directeur artistique de Paco Rabanne et Anthony Vaccarello, nommé chez Saint Laurent en 2016, tous deux récompensés en 2006.

L'événement, fréquenté par les créateurs, responsables des maisons de mode, acheteurs, agents, journalistes, est aussi ouvert au public. (AFP)

Rétrospective sur Christian Dior au Musée des Arts Décoratifs

Le Musée des Arts Décoratifs accueillera une exposition rétrospective sur Christian Dior, du 5 juillet 2017 au 7 janvier 2018, à Paris, pour célébrer le 70ème anniversaire de la célèbre maison française.

L'exposition qui durera six mois, intitulée « Christian Dior, Couturier du Rêve », présentera des créations non seulement du couturier emblématique, mais aussi de ses successeurs, comme Yves Saint Laurent, Marc Bohan, Gianfranco Ferré, John Galliano, Raf Simons, jusqu'à la directrice de création actuelle de la maison, Maria Grazia Chiuri.

Rétrospective sur Christian Dior au Musée des Arts Décoratifs

Accompagnant cette évocation de la Haute couture, résonnent aussi les créations de Frédéric Castet pour la haute fourrure, celles de Serge Lutens, de Tyen et de Peter Philips pour la beauté, ainsi que de François Demachy pour les parfums.

La précédente rétrospective parisienne consacrée à Christian Dior s’était tenue en 1987, au musée des Arts décoratifs. Elle était centrée sur les dix années de création du couturier, de 1947 à 1957.

Rétrospective sur Christian Dior au Musée des Arts Décoratifs

Christian Dior a profondément modifié l’image de la femme

Pour célébrer les soixante dix ans de la maison, cette nouvelle rétrospective montre comment Christian Dior et les six directeurs artistiques qui lui ont succédé ont conçu et construit le rayonnement d’un nom aujourd’hui synonyme de Haute couture en France et dans le monde entier.

Personnage-clé de la mode du 19ème siècle, depuis sa collection « New Look » de Printemps-Eté 1947, Christian Dior a profondément modifié l’image de la femme, renvoyant au passé la silhouette masculine des années de guerre. Ses robes expriment une féminité moderne, celle de sa femme- fleur, dessinant un corps aux courbes sinueuses et dont le port fait référence à la culture académique du ballet classique. Les épaules sont douces, la poitrine précisée, la taille marquée et les hanches magnifiées par l’envolée des jupes corolles.

Rétrospective sur Christian Dior au Musée des Arts Décoratifs

L’exposition s’ouvre sur un rappel de la vie de Christian Dior, son enfance à Granville, ses « années folles » de découverte de l’avant-garde de l’art et des spectacles parisiens, son apprentissage du dessin de mode et son entrée dans la Haute couture. Avant de se diriger vers la mode, Christian Dior a été directeur de galerie de tableaux en association avec ses amis Jacques Bonjean, puis Pierre Colle, de 1928 à 1934.

Amateur d’antiquités et d’objets d’art, collectionneur d’Art nouveau et décorateur passionné par le 18ème siècle, amoureux des jardins, il a puisé dans toutes ces sources tant pour agrémenter ses résidences privées que pour définir l’esthétique de sa maison de couture et de ses créations. On découvre, en effet, que ses robes sont empreintes de références à la peinture, à la sculpture, mais aussi à tout ce qui compose l’art de vivre : papiers peints, étoffes, porcelaines ou chinoiseries.

Photo : Musée des Arts Décoratifs website, par Nicholas Alan Cope

Nouvelle exposition d'Iris van Herpen

Une nouvelle exposition au Dallas Museum of Art est prévue pour célébrer le travail d’Iris van Herpen., Le musée présentera 43 de ses pièces de Haute couture les plus révolutionnaires, dans une exposition intitulée « Transforming Fashion », du 21 mai au 20 août.

L'année prochaine la marque fêtera son 10ème anniversaire. Pour son dernier défilé parisien, Iris Van Herpen a allié la féminité au minéral, avec des robes noires, grises ou écrues s'apparentant à des plaques de givre, des écailles de sirène ou des créatures marines. La créatrice joue de la transparence et des illusions d'optique.

Selon Agustín Arteaga, le directeur du musée Eugene McDermott, l'exposition fait appel non seulement à la mode, mais aussi à ceux qui s'intéressent au monde de la science, de la technologie et de l'innovation.

Diplômé d'ArtEZ Institute of the Arts Arnhem, Iris van Herpen a fait ses armes chez Alexander McQueen avant de monter sa propre marque. Passionnée par la technologie, elle allie les matières innovantes à la création Haute couture. Elle a déjà collaboré avec de nombreux artistes, architectes et photographes.

Photo : Iris van Herpen facebook