Paris Fashion Week janvier 2026 : qui sont les nouveaux créateurs entrants à suivre ?
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Premiers pas à la Fashion Week Paris, au sein du calendrier de la FHCM ou en off, pour Jeanne Friot, KML, Georges Laurence, Algieri, LAD, FFF Postal Academy, Sonia Carrasco, ERL, Gardouch, Magliano, Ssstein et Meagratia. Une scène émergente marquée par l’engagement, la narration et la diversité des modèles créatifs.
Mardi 20 janvier : Jeanne Friot et KML
La créatrice française Jeanne Friot a ouvert la FW Paris janvier 2026. Bien connue de l’écosystème mode, elle avait déjà intégré le calendrier de la FHCM dans la section « présentation », mais c’est la première fois qu’elle intégrait le calendrier en tant que défilé (ce qui change la donne, du moins pour les subventions allouées).
Un show en forme de danse contemporaine (le Ballet de Lorraine, chorégraphié par Maud Le Pladec), symbole de célébration queer, organisé au Théâtre du Rond-Point. Le clou du spectacle ? Un baiser langoureux entre deux femmes. De quoi revendiquer la cause lesbienne dans un écosystème largement dominé par les hommes (gays ou hétérosexuels). De quoi également ouvrir la FW Paris sur une note disruptive.
Ce même premier jour, la marque KML organisait une présentation à l’Institut du monde arabe. Introduite à PFW via Burak Cakmak (Saudi Fashion Commission), la marque saoudienne KML, codirigée par Ahmed Hassan, s’était fait remarquer lors d’un premier défilé au Palais de Tokyo et d'un showroom à l’hôtel Mona Bismarck (juillet 2024).
Mais son entrée dans le calendrier a probablement été validée à l’occasion des premiers prix de la mode du monde arabe, présentés par Pascal Morand, président exécutif de la FHCM. Et par le fait que KML figurait parmi les semi-finalistes du LVMH prize 2025 pour lequel il avait précisé à FashionUnited la ligne directrice de sa vision mode : « la préservation de sa culture. En l’occurrence celle de l’Arabie saoudite. »
Mercredi 21 janvier : Georges Laurence, Algieri et Lad (hors calendrier)
Pour paraphraser Nietzsche, on pourrait dire à propos de Georges Laurence, maison de mode masculine parisienne créée par Nathaniel Benyanoum (le fils de Laurence Heller), que « la beauté est dans le détail ».
« Sa collection se concentre sur une trentaine de modèles iconiques et se construit sur les codes d’un classique revisité, un intemporel basé sur l’enrichissement, commente Patricia Lerat (PLC Consulting), en présence de FashionUnited. Ainsi, par exemple, il revisite la boutonnière en l’intégrant comme une broderie. Graphique, elle devient identitaire. »
Ses clients, il a tenu à les rencontrer dans son propre espace et non dans un showroom multimarques. Mû par une approche BtoB et BtoC (vente sur mesure) et fort d’un atelier de production italien, Georges Laurence peut fabriquer des petites séries.
C’est dans la chapelle Sainte-Jeanne-d’Arc (Paris 14ᵉ), que Raphaël Algieri a organisé son premier show dans le cadre de la FW Paris. Ex-élève de Lisaa Mode Paris, il a lancé sa marque il y a trois ans. « L’idée, explique le créateur à FashionUnited, c’est la Bunker Couture. Une bipolarité entre un aspect underground, proche de la scène techno et drag, et une approche plus raffinée ».
Raphaël Algieri précise qu’il a dû mener de nombreux combats pour réaliser sa collection « Le Jour d’Après », d’où un texte de présentation assez dark comme une « lettre d’adieu à l’ancien moi ». Ses matières proviennent de deadstocks : similicuir, fausses fourrures, vraies plumes, etc. Il possède son propre atelier.
LAD, fondée par le designer Ladislas Mande et sous la direction artistique d'Art Comes First, a jeté un pont entre le monde des sapeurs congolais, le savoir-faire tailleur italien et japonais et la FW Paris en faisant défiler sa collection automne-hiver 2026/2027 « Kinshasa to Capri » dans les différentes pièces de L'Appartement de l'hôtel The Hoxton Paris.
Jeudi 22 janvier : FFFPostalService, Sonia Carrasco, Yoke
Issue de la culture techwear et d’un imaginaire postapocalyptique, la marque coréenne FFFPostalService a organisé son premier défilé international (hors calendrier), nommé « Pilot » sur un podium de la rue Bréguet (Paris 11ᵉ). « Sa vision futuriste du design s'appuie sur des créations textiles en fibres naturelles, notamment en laine travaillée en tissu à carreaux ou en tricot complexe », indique le communiqué.
Si FFFPostalService s’appuie sur des silhouettes assez commerciales et assure sa présence internationale via Farfetch ou Ssense, elle reste une marque indépendante de niche. À travers ce show, elle se lance pour la première fois dans la conception de chaussures et de lunettes en interne.
Sonia Carrasco rejoignait pour la première fois le calendrier de la FHCM. À son propos, la fédération écrit : « En collaboration étroite avec des artisans et ateliers locaux, Sonia Carrasco intègre des techniques traditionnelles dans des vêtements contemporains. »
Yoke a signé son premier défilé parisien après sa victoire au Fashion Prize of Tokyo, dans une palette de couleurs sobres et avec une touche de surréalisme.
Vendredi 23 janvier : ERL, Gardouch
Lancée en janvier 2020, ERL (pour Eli Russell Linnetz) est une marque américaine de prêt-à-porter conçue à Venice Beach (Californie). Nommé CFDA Designer émergent de l’année 2021, lauréat du prix LVMH Karl Lagerfeld 2022 et guest designer au Pitti Uomo 2023, ERL incarne une esthétique inspirée de la culture californienne, du skate, du surf et du jeu.
À l’inverse, Gardouch, qui intégrait le showroom Sphère de la FHCM, semble venu de nulle part. Rémy Guerra, 25 ans, a fondé Gardouch, du nom du village de son enfance en Haute-Garonne.
Formé au cinéma, il aborde la création par le récit avant de développer Gardouch de manière autodidacte, sans avoir suivi une école de mode. Le projet naît en 2018, une première collection est finalisée en 2021 et diffusée uniquement via Instagram, l’inscrivant de fait dans une logique de marque digital native.
Présentée physiquement pour la première fois en septembre 2024 chez son service presse (PR You), la marque enchaîne avec une deuxième collection en juin 2025, puis une troisième intitulée « Les anneaux de Saturne » (Sphère janvier 2026).
Au micro de FashionUnited, Rémy Guerra insiste sur le fait que Gardouch n’a pas été conçue, à l’origine, comme une marque de vêtements au sens classique : « je trouvais qu’on avait déjà trop de choix dans le marché. Pas du tout envie de me lancer. Dans cette économie, j’essaie de combiner l’aspect artistique et le design. La contrainte commerciale me fait toujours très peur. »
Sur le plan de la production, Gardouch privilégie des matières issues de deadstock, en lien avec une réflexion sur le passage du temps. Les vêtements sont majoritairement fabriqués à Paris, notamment dans un atelier du Sentier, avec lequel le créateur travaille depuis le début du projet. Les jeans sont produits à Pantin. Le développement de maille est en cours avec une usine située à Castres.
Le designer précise ne pas rechercher une croissance massive, ni une production à grande échelle : « je ne compte pas faire une grosse production. Tant que je paye mon loyer, je suis content. »
Samedi 24 janvier : Magliano
En 2023, la marque italienne Magliano a remporté le Karl Lagerfeld Prize, décerné par le groupe LVMH aux jeunes talents de la mode, ce qui a fortement amplifié sa visibilité internationale. Elle s’inscrit dans une phase de développement international en participant aux Fashion Weeks européennes (notamment Milan et Paris).
Dimanche 25 janvier : Ssstein et Meagratia
Sstein, intégré au calendrier de la FHCM, est une maison japonaise, dirigée par Kiichiro Asakawa. Le premier emploi de ce créateur autodidacte fut celui de conseiller de vente chez Naichichi, une boutique multimarque à Tokyo. La fermeture de Naichichi en 2016 a marqué le début d'un nouveau chapitre pour Asakawa : la naissance de sa propre boutique, Carol. Honorée du Fashion Prize Tokyo 2025, ses revendeurs internationaux comptent Andreas Murkudis (Berlin) et L’Eclaireur (Paris).
Pour son troisième défilé à Paris, la collection automne-hiver 2026-2027 proposait des looks aussi bien masculins que féminins. Un fait remarqué sur de nombreux shows qui pose la question de la pertinence d’avoir une FW masculine et une FW féminine à l'heure du non-binaire. Sstein puise son inspiration dans des scènes du quotidien tokyoïte, ses saisons et les fragments de la vie ordinaire.
Unisexe et fondée en 2012 par le designer Takafumi Sekine, Meagratia est basée à Tokyo. « La collection AH 26, présentée hors calendrier, utilise des matériaux uniques et des techniques de haute qualité, comme des vestes et des pantalons luxueux en tissu Tama-ori, un artisanat traditionnel de Tokyo, des teintures qui reflètent la chaleur du travail manuel minutieux, et des articles dont la texture change et s'étale comme un dégradé dans une seule pièce », précise Autrement PR, son service presse.