Bangladesh: un salaire minimum est-il possible ?

Cela fait 4 ans que la catastrophe du Rana Plaza a eu lieu, quatre ans pendant lesquels tout le monde s'est focalisé que la construction et la sécurité générale du lieu de travail dans les usines de vêtements au Bangladesh - ce qui est très bien en effet. Mais un autre point important, qui possède une influence majeure sur la vie des travailleurs, n'a pas trop attiré l’attention : les salaires. Avec un salaire minimum national de 35 dollars américains (32 euros) par mois et un salaire mensuel pour les travailleurs du vêtement à 61 dollars américains (56 euros) ou 68 dollars américains, selon la source (62 euros), le Bangladesh a encore un long chemin à parcourir pour que le salaire soit décent.

Comme le montre l'illustration choquante ci-dessus, il faut 18 mois pour un travailleur du vêtement pour gagner ce que gagne le pdg d'une marque de mode lors de sa pause-déjeuner. Cette comparaison a été recueillie dans le cadre de « The Garment Worker Diaries », un projet de recherche d'une année, mené par Microfinance Opportunities, en collaboration avec Fashion Revolution, et soutenu par la C&A Foundation. Le projet collecte des données sur la vie des travailleurs du vêtement au Bangladesh, au Cambodge et en Inde, et n’en est qu’à la moitié de l’étude.

Malheureusement, pour le moment, au Bangladesh, il semble qu'il y ait peu de place pour l’amélioration, alors que les groupes de chaque bord restent en désaccord : alors que les travailleurs et les syndicats du secteur de l’habillement pointent du doigt les salaires et les longues heures de travail qui rendent la vie des travailleurs difficile, les propriétaires d'usine et les organismes industriels comme le BGMEA (Bangladesh Garment Manufacturers and Exporters Association) mettent en avant d’autres faits : les acheteurs et les commandes s’orienteront vers des pays encore moins chers, comme l'Ethiopie, s’ils augmentaient les salaires au Bangladesh.

Les acheteurs vont-ils quitter le Bangladesh si les salaires augmentent ?

Cependant, les acheteurs ne changeront pas de crémerie du jour au lendemain, surtout car le Bangladesh est un pays puissant de production de textile et d'habillement. Les raisons sont nombreuses : tout d'abord, en dehors de la Chine et de l'Inde, il n'y a pas d'autre pays qui puisse fournir une main-d'œuvre aussi nombreuse de personnes déjà un peu qualifiées, désireuses de travailler et jeunes. Deuxièmement, il n'y a actuellement pas beaucoup de pays qui ont des salaires plus bas que le Bangladesh, dans le secteur du vêtement. Les voisins régionaux comme le Sri Lanka et la Birmanie possèdent déjà un salaire d’environ 88 dollars américains (80 euros) par mois et le Vietnam, le Pakistan et l'Inde restent au-dessus de cela.

Troisièmement, le Bangladesh a créé des centres de textile et de vêtements, avec des réseaux d'infrastructures et de fournisseurs, depuis de nombreuses années. Un pays producteur de vêtements à la fine pointe (et à bon marché) comme l'Éthiopie ne pourrait pas reproduire cela facilement et certainement pas du jour au lendemain. Ainsi, tous les acheteurs qui pensent à des pays de production moins chers, pèseront bien les pours et les contres.

Bangladesh: un salaire minimum est-il possible ?

Quatrièmement, regardons de nouveau la Chine. Ici, les salaires ont réellement augmenté au cours des dernières années. Ils ont triplé au cours des dix dernières années. En fait, la Chine est proche d'un salaire décent, avec une moyenne de 239 dollars (219 euros) par mois. Comparez cela avec les 61 (ou 68) dollars américains par mois du Bangladesh – on en est encore loin. De plus, les salaires en Chine n'ont pas augmenté drastiquement mais pas à pas. La même chose serait vraie au Bangladesh.

Enfin cinquièmement, les acheteurs internationaux, les marques de vêtements et les détaillants bien connus pourraient certainement bénéficier d’une publicité positive, s’ils soutenaient les ouvrier dans leur quête de salaires décents. Après tout, les clients s’intéressant de plus en plus à l'endroit où leurs vêtements ont été fabriqués (et donc en tiennent compte lors de leur décision d'achat), quelle marque ou détaillant ne voudrait pas être le premier à établir un contrat avec une usine au Bangladesh qui fournit des salaires décents, ou celle qui veille à ce que leurs travailleurs soient bien pris en charge ?

Ce qui nous amène au prochain point : si les propriétaires d'usine hésitent à augmenter les salaires, il existe de nombreuses autres façons d'aider. Pourquoi ne pas fournir aux travailleurs qui ont œuvré pendant des années des rations alimentaires ? Le riz, les légumes et les légumineuses sont moins chers en vrac et amélioreraient vraiment les régimes des travailleurs. En outre, l'assurance maladie. Pourquoi ne pas s'accorder avec un grand fournisseur et offrir des soins de santé gratuits ou subventionnés aux travailleurs et leur famille ?

Les propriétaires d'usine et les acheteurs internationaux peuvent aider de nombreuses façons - pour des raisons humanitaires, comme pour des raisons économiques. Après tout, les travailleurs heureux et en bonne santé et leur famille sont de meilleurs travailleurs et sont plus efficaces, ont besoin de moins de jours de congé, de maladie et d'urgence à domicile. De plus, ils seraient réticents à quitter un emploi où ils sont heureux ce qui empêcheraint ainsi l'exode des compétences et des connaissances propres à l'usine.

Et de c'est là tout l’intérêt de projets comme The Garment Worker Diaries - Fashion Revolution utilisera les résultats obtenus lors de son observation de la vie des travailleurs du vêtement, dans divers pays en développement pour « défendre les changements dans les comportements des consommateurs et des entreprises et les changements des politiques qui améliorent la vie et les conditions de travail des travailleurs du vêtement partout dans le monde ». Les économistes, les acheteurs, les propriétaires d'usine et les intervenants de l'industrie sont dans l’attente.

Illustration 1: par Georgia Keeling pour Money Fashion Power ; stat source : Labour Behind the Label ; illustration 2 : Stitches to Riches via worldbank.org

 

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